12.08.2008

CHRONIQUE DU MARDI 12 AOUT 2008

A-LL-EZ les Femmes!
846635497b60972436840d9071708970.jpgJe ne parle pas des sportives. Les spécialistes s’en chargent. Nous, nous étions déjà à Beijing : 1995, personne n’a montré nos belles jambes. Ce fût pourtant un sacré marathon toutes ces réunions, tant de rencontres, tant de discussions, de débats, de sourires, tant de travail, d’adresses échangées et de promesses d’essayer de rester en contact. Tout ça pour rien ? Nous n’avons pas eu droit à une fête grandiose. Encore moins aux médailles. Alors nous avons imaginé Pana polis, un festival Panafricain de la politique. Ça devait se passer au Cameroun en l’an 2000 : il y a 8 ans ! Hélas, le Cameroun n’est pas la Chine mais elles reviennent dans le peloton de tête avec l’Assemblée des Peuples. Parfum de femmes.

Un multinational nommé désir

Depuis des décennies, nous caressons l’espoir d’un grand Forum dans lequel les femmes parviendront à mettre en place des mécanismes qui peuvent privilégier l’avènement d’un projet féministe de société. On a tout essayé : Mexico, Nairobi, etc.…Rien. Absolument rien : les femmes sont toujours aux prises avec un genre de problèmes bf9cba2642a4374325eb16cfddce7a9d.jpgspécifiques : petits projets de développement, respect des quotas, promotion de la femme, violence faites aux femmes, santé reproductive. Vous connaissez un seul pays au monde où l’un de ces problèmes a été résolu ? Simone avait identifié un deuxième sexe : c’est devenu égalité de genre à généraliser. Françoise nous trouve des financements mirobolants tous les jours mais ce n’est jamais pour des entreprises initiées par les femmes, toujours les petits projets de développement ! L’ALVF n’en peut plus de lutter contre les violences faites aux femmes mais jamais, au grand jamais on ne dira qu’il s’agit d’une répression féroce et institutionnalisée contre les femmes.
Le temps n’est plus à l’identification ni à la reconnaissance de nos besoins. Nous avons fait tout ça toute notre vie. Raz le bol des séminaires de formation, et de renforcement de nos capacités. Marre de l’apprentissage du leadership au féminin ! Cela fait des décennies que nous étudions, analysons, synthétisons, et consultons. Des années que nous menons des luttes spécifiques sur la violence, que nous avons des conseils sur nos droits, sur notre statut dans la société traditionnelle avec la question des pratiques de veuvage. Les Eglises font semblant de découvrir ces pratiques monstrueuses. Vous allez voir, on va nous faire le coup de la mère Yao : qui ne savait pas que les femmes souffraient tant ! Quelle hypocrisie la curée, tout de même.
Est-ce que vos filles aussi devront lutter pour hériter de la terre de vos ancêtres, nos ancêtres aussi soient dits en passant. Elles devront toujours lutter contre la polygamie ? Pour quoi aucun homme ne se souvient jamais de l’oppression de sa mère ? Ces femmes qui ont souvent joué les mères pélican : s’ouvrant le ventre pour que ses enfants se nourrissent de ses boyaux…Ils ont été jusqu’ à renvoyer le Code de la famille aux calanques Grecques parce que les femmes juristes ont dit : Niet : la meilleure petite, épousée sur le tard, n’héritera que des biens et richesses qu’elle a contribué à produire !

La mère pélican

Aujourd’hui, avec la tenue de cette Assemblée des peuples, nous devons décider comment gérer toutes ces préoccupations dans une société moins oppressive pas seulement pour nous, mais aussi pour tous les Camerounais. Nous sommes tous d’accord que le Cameroun va mal. Tout ce qui a été préconisé jusqu’ici, imposé ou non, ça n’a pas marché. Que faut-il faire pour convaincre les hommes de ce pays, qu’ils comprennent, acceptent d’essayer autre chose. Un pays ne se transforme pas à coup de petites retouches : il nous faut une perspective, une grande idée. Mao avait fermé le Chine…Les femmes ont eu l’immense générosité de renoncer au pouvoir pendant des millénaires. Et si elles y revenaient au Cameroun ? Voilà une grande idée. Une véritable grande ambition !
11f1e8fe22e661d97058a77ffb296c30.jpgNous pensons sincèrement que les femmes, de par la vision différente qu’elles ont de la vie, peuvent bâtir une société moins oppressive et permettre la résolution de bien de nos problèmes d’aujourd’hui sans trop de dégâts. La notion de rupture fait peur en politique. On voit des convulsions et des flots de sang dans tous les sillons. Mais les femmes gèrent les ruptures tout au long de la vie : rupture tous les mois, elle régule la vie avec le sourire. Rupture de la poche des eaux : elle donne la vie tous les neuf mois. Rupture d’un contrat de mariage : pour elle c’est toujours plus qu’un contrat…Rupture tout court : c’est parfois pire qu’un tremblement de terre. Mais la vie doit continuer. Il faut couper le cordon ombilical. Qui se souvient en avoir jamais souffert : tout un art !
Elles se pencheraient réellement sur les problèmes des gens : elles sont si terrer à terre parfois ! Elles remettraient à l’honneur la notion de solidarité, elles préconiseraient l’harmonie plus que la puissance, la diplomatie plus que les armes. Que de guerres seraient évitées et des vies préservées: Dieu que la terre seraitbelle. Porté par les femmes (elles ne vous le diront peut-être jamais…) qui constituent – parait-il 52 % de la population, ce projet de société est sûrement très menaçant pour l’ordre établi puis que depuis des années nous assistons à toutes sortes d’attaques sournoises mais en règle contre le mouvement des femmes.

Pour un Cameroun au féminin pluriel

Chez nous, ils se proposaient de « barrer la route à ce mal naissant » dans les années 80. Mais le « mal » a persisté. Du coup, ils veulent le tuer tous les jours :
765feea77730be53021dc2a5d529eab8.jpgLe féminisme est mort, ou n’a plus de raison d’être puisque vous avez même un ministère ! Eux ils en ont 59 mais on ne va pas commencer les comptes d’épicerie. On risque d’atterrir sur le nombre de victimes de l’opération Epervier …Le temps presse, urge même, de réagir. Des solutions nous en avons. Elles se trouvent dans tous ces rapports sur lesquelles nous avons travaillé depuis nos nombreuses décennies, quand nous étions les seules cibles du « développement ». Elles vont se compléter les unes les autres et se confronter. Nul doute qu’au sortir de cette Assemblée, nous les femmes venues de toutes les provinces du Cameroun et de tous les milieux, nous aurons sinon un autre Cameroun du moins un bout de monde meilleur. Pour remettre le Cameroun à l’endroit il nous faut apporter notre touche à ce qui peut être un grand moment de l’histoire de notre pays pour accorder au moins le Cameroun au féminin pluriel.

Marie Louise Eteki Otabela

http://mle.blogspirit.com mle_otabela@hotmail.com

Post-Scriptum : Les T de R de ce pluri-acteurs réflexion vous arrivent en PDF cette semaine. N'oubliez pas de signer la pétition!

05.08.2008

L' arme fatale: la tribu

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Au commencement, il y avait les sauvages. C’est comme ça que les Blancs nous désignaient, nous tous, les africains, les indiens d’Amérique, et ceux d’ Asie, bref les gens différents d’eux et qu’ils vont découvrir au fil de l’Histoire. Or nous savons tout de même aujourd’hui que : « c’est dans le contexte des relations qui s’établissent entre les communautés humaines diverses, à la suite de conquêtes, de migrations, d’annexions que l’humanité des autres devient ethnicité ou tribalité »*.

De la démocratie apaisée

Il paraît que ça fait plus moderne de parler d’autochtonie. Nous sommes donc partis des individus possédant l’essence ethnique, c'est-à-dire une culture qui se manifeste uniquement en termes de coutumes et des traditions alimentaires, vestimentaires, artistiques, folkloriques, etc. Franchement de ce point de vue-là, je ne vois pas la différence entre l’homme bamiléké et les autres « l’homme » dans notre société. Tous sont capables de bien tenir la machette… n’en déplaise à François Soudan et ses nouvelles radios -mille collines !
Et Dieu créa donc les tribus. Puis qu’on partait de si loin, qu’il fallait bien évoluer, au bout de quelques siècles à opposer une définition an- historique du « vrai Douala », ou du « vrai Béti », une sorte de modèle figé à partir duquel, il était facile d’exclure ou de cantonner dans l’anormalité, toute personne n’exhibant point les qualités véritables de son groupe ethnique, on parla des minorités ethniques mais du peuple québécois. Malheureusement pour eux, la thèse du développement de l’évolution des systèmes politiques de ces minorités ethniques, du stade « traditionnel » vers le stade moderne ne s’est pas réalisée : ce processus de modernisation qui devait constituer l’une des données centrales de la vie politique contemporaine n’a pas eu lieu.
Pour la gloire de l’Etat autoritaire en néo colonie, il a fallu inventer des missions inédites: unir les tribus d’une part et assurer le développement (séparé, évidemment) d’autre part. Ils appelleront cela l’unité nationale des tribus occupées à la construction nationale. Ainsi après avoir posé la nécessité du parti unique et celle d’un Etat fort pour la réalisation de ces missions, la revalorisation de notre l’historicité va se faire à travers deux démarches : celle qui va rendre nos Etats responsables de l’échec de « la politique par le haut ». Elle avait tenté de donner un contenu positif à « l’autoritarisme » qui va réduire nos sociétés aux « politiques par le bas… » et une certaine visibilité aux modes populaires d’action politique. Au bout de 50 ans, ils sont bien obligés de reconnaître le double échec là- aussi de cette «débilité» d’ Etat.

Au raffinement de la Démocratie

Alors aujourd’hui, on nous sort du chapeau une démocratie tellement raffinée qu’elle va passer son temps à nous expliquer pourquoi malgré un discours basé sur le développement économique, l’Etat au Cameroun se charge en réalité de la destruction systématique des entreprises camerounaises alors que, parallèlement les entreprises étrangères connaissent chez nous , dans la même période , une expansion illimitée ; pourquoi, alors que tous les Etats de l’Organisation des Nations Unies assurent à leurs peuples à la fois des droits inaliénables attachés à chaque individu, des droits économiques et sociaux et le droit de disposer de lui-même à chaque peuple de la terre, nous, nous avons du renoncer aux libertés fondamentales, aux droits de la personne dans notre pays pour célébrer officiellement- pour la première fois, en ce mois d’Août 2008- les droits des minorités et des peuples autochtones… Pourquoi nos sociétés ne fonctionnent pas comme les autres ?
Nous avons assistés, impuissants à la destruction de nos capacités d’agir, à la fin de toute conscience morale au profit de l’immoralité : on se débrouille! Dans les administrations, du planton au ministre : on se débrouille. Dans nos pseudo usines, nos enfants (23, 43 ans !) sont broyés: il faut bien qu’ils se débrouillent. Dans les taxis, en ben skin, les femmes se font agresser tous les jours : chacun se débrouille. Ils appellent ça « l’insécurité ». Transport urbain, interurbain, ils n’y connaissent rien. Pour eux, aménager une ville c’est casser tout ce que l’on a d’abord laissé! Même le président (à vie) a failli y passer. Il n’avait qu’à ne pas appeler son avion l’Albatros : ils lui ont coupé les ailes ! Tu restes même dans ton village, l’insécurité vient t’y trouver: coupeurs de route, inondations, bière « 33 »…Même la lutte contre le sida !
Nous avons admis, trompés, l’abolition des libertés fondamentales dans ce pays au profit d’un corpus de lois, un arsenal de textes et de structures juridiques inextricables. Et tous les jours on en invente de nouveaux. La maîtrise du processus électoral, nous dépasse : on créé l’ Onel. Tout le monde reconnaît que ce grand « machin » ne sert à rien ? On créé Elecam. Même la Communauté internationale crie « au baudet ! ». A coup de milliards, on finance un soi-disant fichier électoral informatisé : là alors c’est la catastrophe : mon fils s’y trouve né avant son père ! Taux d’abstention record : on aurait mieux fait de continuer à garder nos vaches. Les voix électorales ça ne se compte pas à coup de têtes de bétail. Voilà que pour distraire la galerie, on ressuscite un mort : son testament propose enfin (!) le vote de la Diaspora (de Sarkozy) comme par hasard. Les médias oublient de nous annoncer la proposition la plus importante de ce rapport : l’interdiction des autres partis politiques. Ceux qui ne sont ni à l’Assemblée par décret ni sur le terrain communal confisqué par le RDPC et ses acolytes. Nous sommes revenus à la case Foccart…comme dirait l’autre.

Et toujours le même président

Nous concevons aujourd’hui la destruction de nos identités individuelles au profit d’une identité ethnique ! Bilao Ayissi a rompu la loi du silence : il ira peut-être en prison ou en tout cas, ils vont le lui faire payer… et alors ? Pour avoir exigé l’indépendance de son pays, Um Nyobè a bien été assassiné en forêt Bassa avant lui, un 13 septembre 1958 et Rudolf Douala Manga Bell, fût exécuté sur la place publique encore bien avant, le 8 Août 1814…pour avoir exigé la restitution de son territoire. Quand je dis que nos morts à Bakassi depuis six ans, c’est aussi la faillite d’un régime politique, incapable même d’avoir une diplomatie efficace, on me répond que je politise tout !
Quand est-ce que nous allons arrêter la méthode coué qui consiste à gérer un Etat- fiction ? L’Etat camerounais a accompli la vocation qui lui était assignée dans le cadre du système capitaliste mondial : il ne devait pas seulement, « encadrer », contrôler la force de travail depuis l’Indigénat: il doit pulvériser les forces productives au Cameroun tous les jours à coup de corruption et de décrets. Et c’est moi qui serai « anarchiste » ? Le premier Egocrate a abolit les libertés fondamentales pour instaurer la terreur comme mode de gouvernement. Son illustre successeur a fait sombrer le Cameroun tout entier dans la désolation, l’autre face de la terreur. En privant les citoyens et les citoyennes de ce pays d’une place dans le monde, c’est l’anéantissement réel ou symbolique du tissu social qui est constitutif de notre humanité que ce régime s’acharne à détruire.
Aussi lorsque je dis que nous devons tenir une Assemblée des peuples camerounais avant la fin de l’année, lorsque je dis que cette Assemblée doit être convoquée le 13 septembre…et que probablement, elle aura une session constituante, pour la restitution de notre Souveraineté, pour l’institution d’un Etat de droit et pour penser la tribu avant d’abolir le tribalisme, c’est moi que l’on met au défi : on attend de voir de quelle Autoch(é)tonie je me chauffe**.

Marie Louise Eteki- Otabela

http://mle.blogspirit.com mle_otabela@hotmail.com

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* (D. Juteau-Lee, citée dans Eteki-Otabela, 2001 : p.152)
** Dans tous les cas, nous avons battus le record des visites dans notre blog en juillet :1188 !!!

29.07.2008

J'autorise l' ONU

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Nous trouverons des techniques pour éviter le chantage. Nous sommes actuellement une multitude de faibles; n'oublions pas qu'une multitude de faibles réunie peut vaincre une grande force surtout si elle est de Satan. Face au manichéisme du monde, le mal fait des horreurs, se pavane et le bien fini toujours par l'écraser. Notre cause est juste parce que nous refusons tout simplement de mourir debout. Ce n'est pas aujourd'hui qu'ils nous tuerons car ils nous ont tué depuis longtemps. Nous allons trouver des techniques pour éviter la corruption… Continuez à croire que nous réussirons. C’est un Jeune Camerounais, Raphaël T. Il m’écrivait il y a une semaine à propos de l’Assemblée des Peuples et il terminait son message en me disant : merci maman !

Des techniques pour éviter le chantage à l’ordre public

Comme vous le savez l’ordre public a une bien curieuse signification au Cameroun. Si vous touchez soit aux intérêts français, soit au régime politique, vous tombez sous le coup de troubles à l’ordre public et parmi les « mesures légales » et les moyens légaux qui s’imposent alors , les autorités administratives ont le pouvoir de suspendre les libertés fondamentales ( !) , circulation des personnes et des biens, d’ arrêter les personnes et les biens, de requérir les forces de police et de gendarmerie, d’emprisonner (mesures de garde à vue de 15 jours renouvelables…) et surtout le droit d’utiliser les armes seulement si on leur tire dessus en premier : allez donc expliquer qu’aucun de nos enfants n’était armé et par conséquent ne pouvait tirer sur les policiers ! Pire, il fut un temps où entrer par effraction (vol) dans l’enceinte portuaire (territoire français au Cameroun ? !) était puni de peine de mort. Mais ça la loi de 90 ne l’évoque même pas…
Alors il nous est revenu en mémoire ce texte d’Abel Eyinga, expliquant en trois raisons l’attitude singulière de l’ONU dans l’affaire camerounaise : le revers que la France venait d’essuyer au Togo- en essayant d’organiser une véritable élection-, l’arrivée au pouvoir du Général De Gaulle dont l’un des objectifs était la reconstruction de la grandeur de la France…et comment l’ ONU abandonna les Camerounais à la vindicte française : ils seront massacrés par milliers et ça n’a pas arrêté depuis 50 ans. Or l’Accord de tutelle stipulait en son article 5 que : l’autorité chargée de l’administration pourra…procéder, le moment venu, aux consultations appropriées, en vue de permettre aux populations locales de se prononcer librement sur leur régime politique et atteindre les fins ( de développement et d’administration) définies par l’article 76 de la Charte des Nations Unies.
Il est dit expressément dans cet article que l’une des raisons d’être du régime de tutelle c’est « favoriser l’évolution progressive des populations vers la capacité à s’administrer elles-mêmes (c'est-à-dire l’indépendance) compte tenu des aspirations librement exprimées des populations intéressées » Ces aspirations ne pouvaient être clairement inventoriées qu’à l’occasion de consultations électorales libres et loyales. Or l’administration coloniale française ne se caractérisait guère par l’organisation de telles consultations ; d’où la nécessité d’un contrôle. Le gouvernement français avait lui-même reconnu qu’il revenait aux Nations Unies d’assurer ce contrôle. Voilà pourquoi, un demi-siècle après nos termes de référence pour une assemblée des peuples camerounais commencent par : j’autorise l’ONU…

Des techniques pour éviter la corruption

C’est donc parce que les Occidentaux portent une lourde responsabilité dans l’institution de l’Etat au Cameroun que nous pensons qu’il faut replacer ce projet d’assemblée sous l’égide de l’Organisation des Nations Unies. Mais il faut rappeler également ici que dans les années 50, il ne s’agissait déjà plus des seuls intérêts français au Cameroun. L’Amérique nous refusa la démocratie et préféra promouvoir le « développement d’abord » dans les pays africains. Dès lors se met en place une sorte d’idéologie du développement : à travers des décennies de concepts (tel celui de mise au travail ou encore celui de l’aide ) de programmes, d’agences publiques et privées, et surtout une production effrénée de projets qui se déclinent aujourd’hui dans des ONG de… développement pour nous aider à supporter le non développement.
Nous n’avons donc pas oublié que l’impérialisme s’oppose méthodiquement au développement de nos pays, les spécialisant dans la production et l’exportation des produits primaires, conservant jalousement la maîtrise des technologies et des produits essentiels et prenant prétexte de l’endettement du tiers-monde pour lui imposer, via le FMI et la Banque Mondiale, des politiques d’austérité draconienne, les fameux PAS. Le développement n’est alors qu’une procédure de maintien du statu quo à l’échelle internationale qui passe par l’extension des rapports pervers de production. Ce n’est pas une question de dignité comme le prétend un drôle de texte que nous avons reçu cette semaine : « Nos politiciens ont démontré leur incapacité à nous donner ce dont nous avions besoin pour vivre comme des personnes dignes... ». Par contre ce sont « les européens qui ont compris en mettant en notre disposition de moyens financiers qui nous permettraient si nous nous mettions au travail…de montrer aux yeux du monde que nous sommes des travailleurs, que nous sommes prêts à nous mettre au travail … Levons nous et mettons nous au travail » !
Discours de mise au travail, d’aide au développement, les Occidentaux ont reconnu eux-mêmes la bêtise, l’échec de ces politiques. Puis ils ont tenté de refiler le bébé aux chefs d’Etat africains avec le fameux NEPAD… et maintenant ce sont nos apprentis politiciennes qui proposent de nous sauver avec « le PACDEV » (le Pacte Africain pour le Développement) parce que les fonds ne transiteront plus par leur canal. Alors nous avons dû réaffirmer avec force dans nos termes de référence que : la corruption n’est ni une question de dignité, ni une question de moralisation des mœurs politiques : c’est la façon dont nos économies nationales sont impliquées dans le mode de production néo-impérialiste aujourd’hui. Voilà pourquoi les véritables solutions économiques à nos problèmes passent par le : j’autorise l’ONU…

Des techniques pour ne pas tomber dans le piège du tribalisme

Ce sera certainement un des débats les plus houleux de l’Assemblée des Peuples camerounais. Comment arriver à un projet de loi interdisant le tribalisme, faudra-t-il abolir les tribus ? Deux thèses s’affrontent ici : d’une part, les tribus sont une réalité ; à preuve, chaque Camerounais se sent d’abord d’une tribu et toute notre vie nationale est organisée depuis plus d’un siècle sur la base ethnique. D’autre part, les ethnies ont une histoire ; cela signifie qu’elles ont été fabriquées à des fins de domination et comme nous sommes socialisés à l’ethnie dès notre tendre enfance, il devient absolument impensable pour nos concitoyens que l’on puisse en sortir un jour. Nous aurons donc nos deux cent pétitions…
Pourtant nous savons que le gestion française du Cameroun après la seconde guerre mondiale était basée sur un certain nombre de principes racistes qui avaient été explicités dans le programme politique du parti nazi au pouvoir en Afrique du Sud dans le cadre de la politique raciale dite « d’apartheid » après l’échec des nazis en Allemagne en 1944 (Kum’à Ndumbè, 1973) : « une organisation administrative du territoire sur la base ethnique pour mettre fin au processus de détribalisation » : les tribus détruites devaient être reconstituées ! C’est à partir de cette politique de fixation des tribus que va se concevoir toute la politique camerounaise : d’abord celle de l’impérialisme français, puis celle de l’Etat camerounais. Là aussi, nous sommes bien obligés pour en finir avec le tribalisme de sortir de nos tribus et de dire chacun de nous : j’autorise l’ONU…

Marie Louise Eteki-Otabela