16.09.2008

une seance d'exorcisme nommée Assemblée des peuples

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C’étaient de beaux discours, tous les textes que nous avons écrits pendant cette semaine. Chacun de nous s’est assis et a consacré quelques heures de sa vie à celui que nous, nous avons baptisé le père de notre Nation ! Nation, je suis sûre qu’en Eton se dirait « mère » : Na pour Nam. Pas grave, on vous en laisse la paternité puisqu’une histoire d’amour cela se vit à deux. Celle de notre pays aurait pu commencer par : il était une fois, le père de la Nation et notre mère Patrie. C’est une drôle d’histoire en réalité parce que personne n’a dit ni quand ni comment tout cela a commencé…

Du père de la nation

Les choses apparaissent aujourd’hui comme si c’est une Nation, la Camerounaise, qui a deux pères : le père naturel et son père adoptif. Et donc cet enfant découvre son « vrai » père à 50 ans ! Il a été élevé par Ahmadou Ahidjo, premier président du Cameroun. Il a régné de 1959 à 1984, entre deux coups d’Etat. C’était le mode de passation de pouvoir à la mode en Afrique dans ces années-là. Il y en a eu beaucoup… Dès sa naissance en 1960, l’Etat camerounais a dû être extirpé au forceps : trop grosse tête pour une primipare. Même pour lui donner un nom ce fut tout une histoire : République Fédérale ? République unie ? République du Cameroun tout court, finalement…
Pendant des années cet enfant reçu une « éducation » (a)politique conséquente comme dit Me Muna : on lui a inculqué (un mot terrible) – comment aurait-il pu en être autrement !- un certain nombre de valeurs et de principes fondamentaux qui ont déterminé son attitude dans la vie : comment traverser la route sans se faire écraser ! Comment quémander le vote des citoyens, d’ailleurs certains sont encore dans la rue aujourd’hui à faire : Allah Karim, donnez cadeau monsieur…comment vendre les votes ou frauder aux élections, même avec un fichier électoral informatisé ! Comment se servir de la politique pour exploiter le Cameroun et les Camerounais, pour l’enrichissement et la gloire personnels…On reconnait bien là le pragmatisme anglo-saxon.
Sauf que ce discours relève de ce que j’ai appelé le syndrome du meilleur opposant qu’il soit de droite – du Prince errant de Bana au Professeur Asonganyi en passant par Célestin ou qu’il soit de gauche avec Odile et ses compagnons des bords de la Seine : on ne sort pas du ton accusateur, de la moralisation des consciences et autres démarches pouvoiristes qui préconisaient hier le « Biya must go » et qui confesse aujourd’hui l’urgence d’un gouvernement de salut public ou mieux de transition…Ils oublient que le premier gouvernement d’Ahidjo était un gouvernement provisoire d’un régime qui dure depuis 50 ans et qui a pour fondements : la haine de soi, allant jusqu’à l’autodestruction ; un régime qui a fini par faire de notre Peuple son propre ennemi ; son credo , c’est l’unité nationale, idéologie de tous les fascismes et basé sur la peur de l’ autre et donc son exclusion, en termes ethnico-raciales et enfin l’avènement d’un Egocrate aux pouvoirs spéciaux devenus absolus parce qu’il a commencé par abolir les libertés fondamentales dans ce pays.

Au père du nationalisme camerounais

A chacun son héritage donc. Notre père à nous avait une grosse tête : ce n’est pas n’importe qui, qui pouvait allait parler aux Nations unies dans les années 50, défendre la cause de tout un Peuple et même de tout un Continent contre et devant l’establishment occidental. Ils ne nous le pardonneront jamais…D’où le silence quasi absolu (Kelman) au royaume du président People-mania : aucun écho à notre célébration. Combattre les Français nécessitait une audace, un courage qui frisait l’effronterie au vu de l’inégalité des forces en présence, une détermination, et un amour de la patrie au nom de laquelle on peut aller jusqu’au sacrifice suprême.
Visionnaire, prophète, et super héros (Tchasse) : il parlait de souveraineté économique ; il réclamait notre souveraineté politique. « Ils sont encore et toujours aujourd’hui en train d’éliminer les meilleurs d’entre nous, de donner le pouvoir aux médiocres et aux incapables, les soutiennent tous les jours depuis 50 ans dans leurs exactions contre les populations, pour nous prouver que nous sommes incapables de nous prendre en charge, afin de mieux justifier leur entreprise de (néo)coloniale : oui la domination et l’exploitation continuent de façon éhontée en plein 21e siècle. La souveraineté politique et l’indépendance économique de notre pays restent à conquérir ». Voilà les premières communications de l’Assemblée des peuples camerounais !
Le 13 septembre, la convocation de cette Assemblée ayant été remise à une date ultérieure, j’ai assisté à une réunion des chefs du Nkondo, une trentaine de personnes. Passionnant. Ils parlaient comme d’habitude d’un « problème foncier ». Leurs terres auraient été proposées à la vente par un ancien ministre de l’urbanisme qui sollicitait il y a quelques années, un décret présidentiel pour faire de tout leur territoire une palmeraie industrielle ! Question fondamentale, prélude aux débats de fond de l’Assemblée des Peuples. Le droit à la terre ne se pose plus aujourd’hui comme hier dans la seule acceptation foncière. Il faudra d’abord établir un Code de la Terre et non plus simplement un appendice du Code civil car il n’existe pas de théorie du Droit vis-à-vis de la terre dans les systèmes juridiques occidentaux. La question s’y réduit à l’application du droit de propriété des individus sur la terre qu’ils occupent. Mais l’occupation elle-même n’est pas fondée en Droit. On est là, loin des stupides considérations fascistes sur les allogènes et les autochtones…

Les mères-porteuses, vous proposent une séance d’exorcisme

J’aurai voulu leur expliquer que la terre c’est comme le corps d’une femme…un média de réciprocité, ultime et infaillible garantie de la survie individuelle de chaque personne humaine, une sorte d’interface des multiples systèmes de relations humaines et de cet fait, bien des problèmes qui rendent le vivre-ensemble infernal sur cette terre de nos ancêtres depuis sa profanation par l’envahisseur occidental ont leur origine dans cette question de la terre. Dans le Cameroun féminin-pluriel de demain, il n’est donc pas question de réduire la terre à un simple objet d’usage, ou à n’être qu’un moyen de production dont l’utilité doit de mesurer en terme de rente (profit) foncière avec des perversions comme la conception occidentalo-capitaliste de mise en valeur. C’est comme nous parler de la « promotion de la femme » des concepts racistes comme la « machette », le « marigot » ou le « coupe-coupe » !
J’aurai voulu rappeler, annoncer à ces chefs que « la terre ne nous appartient pas, nous l’empruntons à nos enfants » et que la ville et notre territoire sont au cœur de la gouvernance de demain. C’est un texte très profond de Pierre Calame, qui repense le territoire comme un écosystème complexe de relations et d’échanges qui ne peuvent se réduire à une simple valeur marchande. Jean Marc Ela qui disait que la ville coloniale est la traduction territoriale du rapport de domination. Il semble que le 21e siècle sera le siècle des villes et des territoires. Pour accomplir ces deux grandes mutations, il faudra nécessairement une transformation radicale de la gouvernance (du pouvoir) locale. Voilà pourquoi, nous voulons mettre les quatre nations premières au centre de l’Assemblée des Peuples camerounais. Pour leur apprendre à aimer leurs enfants comme ils aiment leur terre. On n’entre pas sur la terre de l’Autre par effraction…
Peut-être parce que les femmes portent ces enfants neuf mois dans leur chair, elles savent tant les aimer. Cela demande tant de générosité, ce renoncement à soi, ce vivre pour l’autre. Elles viennent au monde sur cette terre. Elles y vivent pour eux. Et un beau jour, elles s’en vont sans rien demander en retour, même pas une reconnaissance posthume. Il va falloir que toutes nos autorités fassent cette mutation historique, que les autorités locales montrent la voie, deviennent le lieu où se relie la passé lointain et le futur lointain. Tout ça pour vous dire que j’ai bien aimé ces textes sur Um Nyobè. Et que les femmes camerounaises vous proposent depuis des mois, la meilleure façon d’assumer notre héritage commun (de Tayo) : donnons à cette séance d’exorcisme public la forme d’une Assemblée des peuples camerounais.

09.09.2008

LA CHRONIQUE DU MARDI 09 SEPTEMBRE 2008


Le fil d’Ariane ou le chemin parcouru

46fa58c83b20ba33f152ed2a91acbe15.jpgL’Assemblée des Peuples camerounais ne sera pas convoquée samedi prochain, 13 septembre. Les anciens demandent un peu plus de temps pour se préparer. Comme je vous disais, trois nations premières sur quatre ont déjà adhéré au “ projet ”. Nous sommes obligés d’attendre et de convaincre la quatrième. Mais si Um Nyobe revenait aujourd’hui sur terre, nous lui dirions : vous n’êtes pas morts pour rien. La lutte continue. Voici le chemin parcouru.

Trois générations, un combat
Au commencement, des patriotes se sont levés pour dire : rendez nous notre pays. Ils furent tous tués les uns après les autres. Le denier en date du 13 septembre 1958 s’appelait Ruben Um Nyobe. Ils combattaient un monstre à trois têtes… qui a confisqué ce pays. Depuis des générations, l’Esclavage avait organisé le territoire de capture en réserves de tribus, les autorités politiques de nos nations deviendront “ des commis d’ordre ” sous la Colonisation avant que le Totalitarisme n’en fasse des “ auxiliaires d’administration ” et nous trompe avec une fausse indépendance. Aujourd’hui c’est comme si nous avions perdu le fil d’Ariane : nous tournons en rond dans ce labyrinthe qui n’a qu’une issue : la sortie du régime politique instauré en 1960 au Cameroun.
Makembe Tholo Adolphe premier lieutenant sur le front de libération de la lutte armée à l’Ouest, emprisonné de 1971 à 1984, et décédé en fin d’année 2000 disait des rescapés du coup d’Etat de 1984 : à leur comportement aujourd’hui, on doit se poser des questions sur la façon dont nos hommes politiques conçoivent la politique…c’est absolument inimaginable parce qu’on dirait que ce sont des gens qui ont perdu la profondeur même de la conscience…Il peut y avoir des exceptions mais en général, le processus d’anéantissement aboutit toujours aux résultats que le Pouvoir recherche quand on y regarde de près* …. Il ne nous reste donc pas beaucoup de vétérans de la première heure.
9dfc719c81afe8e467a5f11f71edbfae.jpgIl y a ensuite la génération des 70 ans et plus. Ceux qui sont aux commandes et ceux qui désespèrent d’en avoir été exclus. Ceux que nous voulons pousser dehors et ceux qui nous demandent : comment vous allez procéder si vous n’avez aucune légitimité ! Ils ne comprennent pas que la souveraineté dans notre situation de pays totalement confisqué, ce n’est pas une institution publique qui va nous la donner mais le Peuple camerounais lui-même. Et ce pouvoir absolu, nous le tenons aujourd’hui de la fenêtre du monde où des milliers de jeunes Camerounais et Camerounaises de 40 ans et moins sont connectés. Ce sont ces patriotes des temps modernes qui veulent une chimiothérapie sociale et qui nous demandent de convoquer une Assemblée Constituante.

La question de l’idéologie
Alors se pose la question de l’idéologie : Comment notre Peuple peut-il être certain que cette fois-ci, il ne va pas encore être berné par des gens qui parlent en son nom, des gens qui disent combattre pour lui ? Parce que ce sont des gens qui depuis 50 ans sont avec lui, parlent de son côté. Qu’ils se disent nationalistes, socialistes ou féministes, ils appartiennent à ces Nouveaux Mouvement Sociaux qui ont été anti-développementalistes avant la mondialisation. Ils sont sortis de notre Société avant que les ONG ne mettent la Société Civile à la mode chez nous. Ils voulaient reprendre le destin de notre pays en mains et étaient membre du Comité National d’Action Civique. Ils ont même réussi à organiser un Contre-sommet France-Afrique depuis le Cameroun en l’an 2001.
Ce sont eux qui ont décidé deux ans après de changer la nature totalitaire du régime politique au Cameroun. Même s’ils ne sont pas tous sortis de polytechnique, même s’ils ne savent toujours pas tous c’est quoi exactement un régime politique(!), même si certains continuent à parler d’alternance – parce que le changement pour ces derniers venus resté lié à la fonction clé du régime actuel- la plupart vous parlent aujourd’hui de la nécessité d’une alternative politique. Avec les leaders de première génération, beaucoup ont pris la mauvaise habitude de jouer les éminences grises…oubliant que la politique c’est d’abord ce qui se donne à voir sur la scène publique ! C’est grâce à nous que notre Peuple a repris confiance en lui-même au point d’afficher un taux d’abstention historique aux dernières “ consultations électorales ”.
Alors comme d’habitude, depuis la guerre du feu…les femmes ont pris le monstre par les cornes : vous ne voulez pas de nous dans votre Assemblée, vous avez refusé d’envoyer cent femmes au Parlement, eh bien, nous aurons notre assemblée et ce sera l’Assemblée des peuples camerounais. Comme sous la colonisation, les administrateurs des colonies avaient leurs institutions et nos ancêtres organisaient les assemblées du peuple : cela s’appelait, le Ngondo chez les Sawa, cela s’appelait Anagsama chez les Beti, etc…. Comme au temps des pharaons…les femmes participaient à la direction des affaires publiques dans le cadre d’une assemblée féminine siégeant à part, mais jouissant de prérogatives analogues à celles des hommes, nous rappelait, le dernier des Pharaons.

L’autre Cameroun, dans 40 ans
Dans quatre décennies, les Camerounais qui ont 40 ans et moins aujourd’hui auront fait cette mutation profonde et nos descendants vivront dans cet autre Cameroun. Ce n’est pas juste un rêve, c’est de l’ordre du possible. Cela s’est passé en Chine. Um et Mao étaient certainement à Bandoeing. Ils ont peut-être échangé leurs vues sur ce projet d’avenir de leurs sociétés. Il n’est pas exclu que le Cameroun y arrive à son tour. C’est ce que nous demande la jeunesse de ce pays.
Ils s’appellent Etoke Nathalie, Charles Gérad, Arthur Awoumou, Ameli tabi, Moise Wouatchui, Jean crépin Nyamsi, Marcelin Ndabnemb, Julie Moufor, Charles Atangana, Tene Sop, Modeste Mba Talla, Jean Christ, David Fova, Valère Nketcha, Claude Tameze, Raphaël Tagne,René Nsoé, Paul Ngalle, Tchakounte Kemayou, Jean Pierre Wenang, Jean Pierre Kamayou, Eric Njitoyap, Antoine Nguidjol, Tchakounté Charlot Yves, Thierry Wandji,, Guy Simon Ngakam, Yanik Ngoko, Louise Ndiaye, Mimi, Badara, Barthélémy Z. Yomsi Luc, Paul Fum etc… ; tous les anonymes et bien évidemment tous les Eteki et tous les Otabela sur le Net.
Sans compter des milliers qui auront signé les pétitions pour une Assemblée des Peuples camerounais. Vous les connaîtrez d’ici décembre. Ils étaient 755 à nous rendre visite au blog de la Coordination des Forces alternatives en Juin. Puis au mois de juillet ils ont été 1188, et en Août ils avoisinent les 2000 ! Nous sommes aujourd’hui à une moyenne de près de 100 visites par jour : c’est bien la preuve que notre jeunesse attend cette Assemblée de notre Peuple et que cette légitimité nous l’aurons.

02.09.2008

La chronique du mardi 02/09/2008

La Convocation

466a5d08a3f5cd8281867f36917cac31.jpgLa convocation. Cinquante ans après la mort de Ruben Um Nyobè, quel Camerounais, quel Africain peut dire qu’il n’a pas l’expérience de ce que ce mot signifie pour chacun, chacune d’entre nous? Eh bien c’est exactement cela l’oppression ! Que ceux (trop jeunes ?) qui n’en ont aucune idée se reportent à n’importe quel film sur les nazis. Cette espèce d’angoisse qui vous saisit à l’idée d’être confronté à cette police (politique) que vous soyez coupable ou non et surtout si vous êtes innocent ! Combien de patriotes ont fini dans ses geôles ? Combien d’enfants du pays ont péri de ces traitements ? J’aurai tant aimé que le 13 septembre prochain, ce soit la dernière convocation.

Parce que cela fera 50 ans qu’ils l’ont assassiné

Il y a 50 ans qu’ils l’ont assassiné. J’avais à peine onze ans au moment de ces « évènements ». Ma famille habitait une villa ancienne au nouveau Bastos, encore un peu la brousse. En février1958, mon père a été nommé chef de cabinet de Charles Okala au ministère des Travaux Publics et nous avons déménagé au quartier du Lac… plus sécurisé. La nuit, nous étions souvent obligés de dormir sous le lit blottis contre ma mère pendant que mon père faisait le guet à la fenêtre avec son petit révolver : je me suis toujours demandé ce qu’il aurait pu vraiment faire en cas d’attaque des « maquisards » comme on appelait alors les nationalistes ! Et puis un soir, il est revenu complètement essoufflé. « Je viens de traverser une mare de sang, là, au carrefour Nlongkak : un homme égorgé… »
Cet homme aurait pu être Um. Mais lui, il était dans la forêt bassa…Cependant à l’époque, on le voyait partout… même dans mon village ! Combien de témoins seront convoqués devant le Tribunal de l’Histoire ? Tout ce que nous savons, c’est que nous avons été des milliers, peut-être même des millions au Cameroun, des centaines de millions sur toute l’étendue du Continent à être « entendus », ces fameux « aveux » extorqués sous la torture, la menace, les coups ou tout simplement la peur comme ceux arrachés à Albert Ndogmo en 1970, accusé et s’accusant du « complot des anges »!
Au fait, de quoi était-il accusé cet homme-là ? Pour les colons français, il propageait des idées subversives, une sorte de virus avant l’heure…Il voulait l’indépendance de son pays quand tous les autres leaders ne parlaient que d’autonomie ; cette indépendance, il la voulait totale et sans conditions ! Du radicalisme carrément, disaient les uns ! Le communisme, répondait l’Eglise « d’en haut » (bien avant Mao), crime numéro un contre l’establishment judéo-chrétien. Pour les protégés d’Aujoulat, c’était tout simplement un maquisard, une sorte de bandit de grand chemin. Il fût lui aussi convoqué…tant de fois, la cause était entendue jusqu’aux Nations-Unies mais il fut exécuté…pour l’exemple. J’aurai tant aimé que le 13 septembre 1958, ce soit la première convocation, celle du Peuple camerounais pour… une Consultation Générale : elle nous fut refusée.

Parce que cela fait 5 jours que Biya est parti

Un jeune homme me demandait ce matin : « Mais le Peuple va vous suivre pour qu’elle idéologie » ? Il est vrai que l’on ne connait les gens, ce qu’ils ont été réellement, qu’après leur mort. Um est aujourd’hui reconnu comme le père du nationalisme camerounais mais en 58, il pratiquait ce nationalisme depuis dix ans : combien de Camerounais savent alors qu’on l’avait assassiné pour cette idéologie ! Trop radical, disait-on, déjà… Les penseurs conçoivent l’idéologie avant. Les hommes politiques la pratiquent après. Et quand on essaie de faire les deux à la fois, c’est encore plus difficile : trop radical… nous dit -on !
Cela fait cinq jours que Paul Biya est parti. Il a mis ses derniers indéfectibles attachés dans un avion plus sûr…Il a abandonné les auteurs de l’Albatros et les autres sur les ailes de l’Epervier et surtout, il a pris des mesures saugrenues vis-à-vis de ses forces de défense nationale. L’opinion nationale s’est posée bien des questions au sujet de ces mesures : était-ce pour amadouer les généraux qui ont refusé de faire valoir leurs droits à la retraite ? Etait-ce pour nos vaillants soldats qui n’ont pas eu tellement l’occasion de se battre pour la patrie à Bakassi : tombés avant, les armes à la mains ? Maintenant qu’il est parti, il n’est pas interdit de penser que même Paul Biya voulait le bien de son pays : seulement, il a fait ce qu’il a pu. C’est probablement sa façon de dire aux Forces armées et autres armes légales : ne tirez plus sur mon peuple.
Retournez vos fusils ! Je vous laisse tout un Gouvernement. Je vous laisse tout un régime. En 50 ans, que de fortunes inexplicables ! Que de ministres enrichis ! Que de Pca et de Directeurs milliardaires ! Que de vieux nègres décorés ! Et pas un seul plus au patrimoine national. Tout au contraire. C’est un Ambassadeur qui nous recevait l’autre soir et l’opinion internationale qui se demande ce que notre Peuple attend. C’est vrai que la communauté internationale a fait sa part : allant les traquer jusqu’ à l’étranger. Débusquant les comptes protégés et autres secrets bancaires. J’aurai tant aimé que le 13 septembre 1992, ce soit la première convocation, celle du Peuple camerounais pour… une Conférence nationale souveraine...déclarée sans objet !

Parce que dans 15 jours, notre peuple va peut-être enfin se relever

Nous et des milliers de sympathisants, travaillons dans cette perspective depuis dix ans, (1997) date de légalisation de notre parti politique, la Coordination des Forces Alternatives. En Juillet –Août 1999, 60 Camerounais et Camerounaises déclarent à travers toute l’étendue du territoire, avoir décidé de « reprendre ensemble le destin de ce pays en mains » en mettant en œuvre un Comité National d’Action Civique. Le 13 mars 2003, 40 patriotes décident de « changer le régime politique du Cameroun », celui-là même qui nous a été imposé depuis 1960, et fin juillet, le Front des Forces Alternatives déclarait dans sa Charte : « Il n’y a pas de solution à l’intérieur de ce régime de prédation. Toutes les voies conduisant à l’émancipation du Peuple Camerounais sont soigneusement bouchées. Il n’y a plus d’issue sauf une : changer le régime politique, libérer le peuple. » Il s’agissait de 11 partis politiques et de 13 associations de la Société Civile et donc de nombreux compatriotes.
Au sortir d’une série de séminaires de préparation des femmes aux élections législatives de 2002, organisées par la Fondation Friedrich Ebert, nous proposons une fois de plus aux femmes des partis politiques de définir un objectif qui pourrait concrétiser l’ensemble des luttes des femmes dans notre pays. C’est ainsi que le CRI des femmes Camerounaises sera lancé à la veille de l’élection présidentielle de 2004…Les échos de ce CRI seront entendus jusqu’aux Nations-Unies qui ont soutenu « l’Opération 100 femmes au Parlement ». Malgré le refus du Parti au pouvoir, les femmes camerounaises enregistreront tout de même un record historique de 79 candidates aux fonctions électives en 2007.
e6232d4c117abdf3c24f81adcbce4f41.jpgEt ce sont ces honorables députées élues non déclarées qui lanceront pour la première fois en novembre 2007, le projet d’une Assemblée Constituante au Cameroun !
Alors quand on nous demande : « tout ça pour quel résultat ? » Quand on nous demande : « Où sont les opposants ? » Quand on nous demande : « Vous voulez que le Peuple vous suive avec quelle idéologie ? » Quand on me met au défi de voir enfin combien de personnes sont derrière nous ! J’ai envie de hurler : arrêtons l’auto-flagellation ! Nous combattons depuis des siècles une organisation mondiale, appelée « impérialisme… » Nous combattons depuis cinq décennies un régime politique du nom de « totalitarisme ». Nous sommes aux prises depuis des millénaires avec un racisme dénommée « tribalisme ». Les résultats d’un combat aussi titanesque ne se mesurent pas à l’aune de nos « stupides rivalités internes ! »*
J’aurai tant aimé que le 13 septembre 2008, ce soit la première convocation, celle d’une Assemblée des peuples camerounais pour… vous dire le chemin que nous avons parcouru.