02.12.2008

LA CHRONIQUE DU MARDI 02 DECEMBRE 2008

Les 100 qui vont changer le Cameroun


Des intellectuels qui voulaient écrire un livre blanc sur le Cameroun en 1997. Des patriotes qui ont organisé un contre-sommet France-Afrique en Janvier 2001.
Des leaders politiques qui ont pris l’engagement de changer le régime politique au Cameroun en 2003. Des femmes camerounaises qui voulaient l’alternance hommes-femmes au sommet de nos institutions et constituer la première Assemblée nationale avec une majorité de femmes en 2007. Il faudra prendre le temps de vous raconter l’histoire de ces 100 Camerounais qui vont peut-être changer le Cameroun. Nous n’en sommes pas là.

eteki.jpgDu monde du mourir
Que faire pour les aider ? Que pouvez-vous faire personnellement pour contribuer à ce combat aujourd’hui, pour sortir de l’impasse actuelle ? Parce que la domination absolue qui arrive à réduire 20 millions de personnes à l’impuissance politique est un pouvoir à la fois simple et en même temps la chose la plus complexe qui soit : en 1944, il a fallu une deuxième guerre mondiale pour en sortir. Les peuples africains comme ceux du Cameroun résistent à ce régime depuis près de cinq décennies. C’est parce que cette résistance existe, parce que cette résistance est réelle à travers toutes sortes de modalités que des “ fissures ” comme cette chronique peut être écrite ici depuis près d’un an ; que des rencontres avec cent patriotes arrivent de temps en temps mais cela implique aussi des choix individuels.
Qu’est-ce qui fait qu’un observateur indépendant part des USA pour venir suivre ce qui se passe dans un pays comme le Cameroun, par exemple au cours d’une élection présidentielle ? Sinon la conviction que malgré nos différences et contrairement à ce qu’affirme la Déclaration universelle des droits de l’ Homme – que nous allons fêter ce mois de décembre… “ Nous ne naissons pas égaux : nous devenons égaux en tant que membres d’un groupe en vertu de notre décision de nous garantir mutuellement des droits égaux ”. Il faut donc convenir que nos sociétés ne sont pas si différentes finalement parce que depuis 21siècles, la vie internationale repose sur la présomption que les hommes sont capables d’engendrer l’ égalité en s’organisant parce que l’homme peut agir dans un monde commun, qu’il peut changer et construire ce monde de concert avec ses égaux et seulement avec ses égaux.
L’importance des Droits humains pour un Américain, et la banalisation de ces mêmes droits pour une Camerounaise, un Algérien ou des Irakiens n’est pas juste le fait d’une histoire ou d’une culture différente. Le traitement d’une élection présidentielle remet fondamentalement en question, cette perception d’une humanité commune, cette énorme victoire humaine sur le règne animal qui a consisté à poser (après des siècles de lutte et d’hésitation de part et d’autre…) que tous les hommes de la terre ont une origine commune ! Je ne pense donc pas que le problème se pose en termes “ d’aider ” quelqu’un mais plus profondément, il s’agit de se dire que le totalitarisme comme le terrorisme n’est pas juste l’affaire des Africains ou des Américains ; il s’agit bien là de drames qui concernent toute la communauté humaine. Il s’agit de la survie même de l’Humanité : la nôtre est remise en question depuis si longtemps…

La résistance est possible
Ce que chacun de nous peut faire pour nous sortir de cette tourmente a d’abord à faire avec chaque conscience personnelle. Les situations de haine aveugle (terrorisme), de méfiance (haine raciale, sociale et totalitaire) ou de discrimination (homme/femme) sont caractérisées par le fait qu’elles s’appliquent toujours aux hommes qui ont perdu tout statut politique…c'est-à-dire précisément les qualités qui permettent aux autres de les traiter comme leurs semblables. Et perdre tout statut politique, c’est se voir dénier notre personnalité juridique, cette capacité qui nous est reconnue par l’ensemble de la communauté humaine (et par la suite par un gouvernement…) d’avoir des droits inaliénables…
Le Cameroun tout entier est cette “ vallée de la mort ”, du nom de ce quartier en plein centre de Yaoundé, avec l’immeuble qui abrite le service de renseignements, une sorte d’Etat dans l’Etat, le siège véritable du pouvoir exécutif au Cameroun. Le gouvernement, l’Assemblée nationale, l’appareil judiciaire ne sont que des structures de façade …Dans un pays totalitaire comme le Cameroun, les gens sont pris par le déchaînement du pouvoir, nous subissons une oppression sans borne conjuguée à une exploitation inestimable de la majorité des citoyens. Même les catégories de hauts fonctionnaires qui y échappaient avant sont plongées aujourd’hui dans la même enseigne, avec l’ Epervier à tête chercheuse. Et le silence des masses est tel qu’on ne peut plus mesurer leur résistance qu’à ses multiples tourments.
Notre pays est aujourd’hui ce “ lieu ” qui a été créé et où les hommes peuvent êtres torturés et abattus, sans que pour autant ni les tourmenteurs ni les tourmentés et encore moins les autres, à l’extérieur, ne s’avisent qu’il s’agit là de quelque chose de plus qu’un jeu cruel ou absurde, car tôt ou tard, votre tour peut arriver. Comme je disais à mon jury de thèse : il s’agit d’un camp de concentration au grand jour. La question alors n’est pas, ce que vous pouvez faire pour ces cent Camerounais qui vont convoquer l’Assemblée des Peuples dans 15 jours exactement, mais en fin de compte, la véritable question porte sur l’enjeu fondamental de l’institution et du maintien de ce régime depuis 50 ans. Si des hommes ont été capables d’instaurer une telle horreur et quand bien même il n’existerait qu’une seule personne victime de cette expérience de domination, tous les autres devraient se mobiliser pour en venir à bout, au nom de leur propre humanité.

11.11.2008

LA CHRONIQUE DU MARDI 11/11/08

Assemblée des Peuples Camerounais, Yes we can !



eteki2.jpgNous l’avons vu venir depuis le Char des dieux, le 8 janvier, avec cette autre façon d’être humain qui a l’art de vous dire : Je veux que tu sois ! Et nous avons su qu’il était réaliste de vouloir l’impossible. Elle rêvait comme Che Guévara d’internationaliser la révolution de Cuba au Congo. Myriam Makeba, la voix de notre oppression s’en est allée. Elle aura personnifiée ce fameux plafond de verre avec débat au fonds. Mais les agneaux ont été dévorés par le lion : les armes légales ont fait plus de 100 morts ! C’était en février dernier : quelque chose s’est passé. Trop tard pour avertir Sarko le terrible. Biya l’avait bien cherché. J’ai dû écrire une lettre à Valère X, celle que j’ai reçu commençait par Darling je vous aime beaucoup…

Des félicitations marquées
du syndrome de Vichy*
On m’a dit qu’en politique cela ne se fait pas. J’ai alors pensé : autorisons l’ONU à organiser une Assemblée des Peuples au Cameroun. Je vous ai expliqué deux ou trois choses que je sais d’elle et cela a donné lieu à une Pétition sur le Net et elle circule sur le terrain comme ils disent. Je t’aime, moi non plus ont répondu nos amis de France. Cette déclaration devait rester strictement personnelle. Mais dès le mois de mai, les enfants du pays se sont emparés du projet : les visites dans mon blog sont passées de 300 à près de 2000 par mois ! C’est là que nous avons eu la conviction qu’Obama allait renverser le mythe de Sisisphe. Alors si le Sénégal l’a fait, si les Sénégalais ont tenu ces Assises nationales, nous aussi nous pouvons convoquer cette 2è Assemblée du Peuple.
Et là les Blancs se sont tellement acharnés sur le président Mugabè du Zimbawe, que nous lui avons conseillé d’écrire son testament que nous avons appelé, le Testament d’ Edima. Les Jaloux ont alors commencé les manœuvres habituelles…du Meilleur Opposant. Triste, car il pleurait sur mon peuple pendant ce temps. Nous étions obligées de trouver des excuses à Biya et d’évoquer la difficulté des chefs d’Etat africains à partir…C’est toujours comme ça, dès que le peuple leur met la pression - et cette fois même la communauté diplomatique a dit : ça ne s’est pas bien passé les élections au Cameroun - ils sortent l’arme fatale : la tribu ! Après l’Opération 100 femmes au Parlement qu’ils ont torpillée, j’ai dû exhorter les femmes pour qu’ils sortent nos enfants de prisons : Allez, les femmes, allez les femmes ! Et tout ce que nous avons récolté c’est une médaille d’Or aux jeux Olympiques : elle s’appelait Françoise…
Bakassi aurait dû être le signal au moins pour une république du Golf de Guinée. Comme toujours on nous a répondu : vous n’ en avez pas les moyens. Alors au lieu de faire une demande de subvention en bonne et due forme. Nous avons fait de la poésie. J’ai l’honneur de ne pas demander ta main. Y a-t-il un nègre dans ce pays pour comprendre que c’était la Convocation de cette Assemblée des Peuples ? On nous mettait au défi de donner une date, au lieu de dire combien de personnes sont derrière nous pour qu’une telle idée aboutisse. Nous leur avons tendu le Fil d’ Ariane pour leur indiquer le chemin parcouru ensemble et celui qui nous reste pour sortir de ce labyrinthe. Cela ressemblait plutôt à une séance d’exorcisme, une sorte de Manifeste de la 25è heure, 50 ans après. Alors le 30 septembre, le compte à rebours a commencé.

Notre Obama, nous
leteki4.jpg’avons au Cameroun
On nous a appâté avec les rumeurs d’un Gouvernement, qui serait juste un remaniement comme d’habitude…Nous avons répondu “ qu’un gouvernement ne fait pas le printemps ”, qu’au point où en sont les choses dans ce pays, nous préférons attendre…l’annonce du 6 novembre. Rien ! Absolument rien.
Et quelqu’un m’a dit, merci pour ce que vous faites même si pour d’autres, je reste une femme invisible. Qui connaît madame Eteki, pas même deux millions de Camerounais… Alors il y a eu des signes avant coureurs. D’abord la prise en otage du pétrole camerounais par des “ individus ” que les journalistes français ont d’abord appelé les rebelles avant de s’aviser que cela pouvait dégénérer comme au Tchad ou au Congo. On leur a conseillé de parler plutôt des “ pirates ” dont un aurait été abattu ces jours-ci…Ensuite l’élection d’Obama, président des Etats-Unis d’Amérique. On en a encore tous les cernes sous les yeux : il y a ceux qui ont pleuré comme Jessie Jackson…et il y a celles qui ont veillé jusqu’au matin : j’étais curieuse en ce 6 novembre 2008 de voir les vôtres. Merci d’être venus. Vous n’avez pas fait le déplacement pour rien.
“ C'est avec beaucoup d'émotion que j'ai attendu ce jour de voir l'Amérique se réveiller. Enfin! Pendant 8 années d'un pouvoir insolent de Bush, beaucoup ont cru voir tous les espoirs fondre comme neige (au soleil). Heureusement les heures qui suivent vont nous donner raisons que les combats, les révolutions ne se gagnent pas toujours sur un champ de bataille militaire. Le drame serait de ne pas les mener. Les démocrates ont attendu 8 années, c'est une éternité pour eux. Mais l'Amérique toute entière a attendu plus de deux cent ans pour voir l'impossible se réaliser. Demain ils auront Obama, et l'Amérique, le monde connaîtra une nouvelle orientation qui sera à n'en pas douter positif à bien des égards. Nous attendons depuis 60 ans ce moment de gloire avec un combat idéologique permanent. Et les pouvoirs dictatoriaux, comme celui du Cameroun, donnent toujours l'impression d'être éternels. Evidemment je sais que le Cameroun n'est pas l'Amérique, je sais aussi que s'ils ont un Obama en Amérique, nous en avons des milliers chez nous, tapis dans l'ombre qui ne portent pas seulement ce nom, mais qui mènent un combat visible qui est en train de porter les fruits. Notre Obama nous l'avons au Cameroun, nous l'avons en nous, et il se présentera à nous pas comme quelqu'un qui sort du néant mais comme quelqu'un qui porte le lourd fardeau de ce combat idéologique qu'il mène depuis des décennies. Et par ce que nous nous reconnaîtrons en lui, par ce qu'il est nous. Nous serons alors fiers de célébrer nos Héros dont la mort prendra enfin un sens définitif avec notre liberté, mais surtout avec un Monument colossal sur les collines d'Ongola que nous érigerons à leur honneur. Et je sais que ce moment n'est plus loin... ”**

Ce sera le 15 décembre prochain
“ Bonjour maman, j’ai reçu ton message*** du 21 septembre avec tout son contenu que j'ai d'ailleurs déjà tiré 11 pages, je suis désormais eteki3.jpgmieux outillé quant à ce qui concerne notre Assemblée des peuples, merci maman tu es notre MESSI nous sommes désormais dans les affres de la libération du peuple camerounais grâce à ce grand projet de désaliénation de notre peuple, cette chimiothérapie sociale, c'est vrai pour l'instant, le poisson est dans le lac et il faut vider le lac pour attraper le poisson. Shanda Tonme disait, dans l'histoire, les peuples n'ont jamais triomphé de la peur, de la tricherie, de la guerre, de l'injustice et toutes sortes de travers et de menaces pour leur cohésion, leur dignité, leur respectabilité, leur souveraineté, sans qu'à un moment donné, les citoyens ne se lèvent individuellement pour enfin prendre position, s'exprimer sur la situation du moment sur les perspectives qui se dessinent pour leur destin. Maman de notre sang, de notre énergie nous allons défendre les acquis de ce projet, cela traduit la volonté de l'écrasante majorité des Camerounais destinés à sortir leur pays du précipice dans lequel il se trouve plongé aujourd'hui et Dieu nous a donné un guide, un vrai NOTRE ADORABLE MAMAN

04.11.2008

LA CHRONIQUE DU MARDI 04/11/08


Les canons de Pachelbel



eteki.jpgJ’aurai voulu donner un titre mémorable à cette chronique, la dernière ? Dans le style : Assemblée des peuples, c’est parti ! Rien n’est moins sûr. Vous lisez ce texte ce mardi et ce soir, peut-être demain, nous saurons si, pour la première fois en 200 ans, les Etats-Unis d’Amérique ont un président Noir, enfin d’origine africaine comme ils disent. Pourquoi c’est un évènement qui fera date dans l’histoire de l’humanité ? Parce que pour la première fois, la terre entière, ils appellent cela – la communauté internationale par euphémisme – accepte l’idée que les Noirs aussi sont des humains, mieux, qu’un Noir peut réellement diriger non seulement son pays mais le monde. Le Ciel avait déjà fait sa part quand l’Eglise a reconnu que nous aussi, nous avons une âme. Trois mille ans après, nous n’avons toujours pas vu le changement dans nos vies de nègres.

Obama, Change ? Yes we can!
Alors Obama vint. En français j’avais traduit son slogan par “ l’Autre Cameroun ” C’était en 2004, nos tee-shirts étaient sous presse. Il nous reste les échantillons mais vous n’en avez rien su…Aujourd’hui, je porte celui d’Obama. Un an donc que j’essaie de dire à travers ces chroniques, qu’une alternative est possible. Cela commence par l’idée que nous nous faisons de nous-mêmes. Se voir autrement. Arrêter d’être petit, de se planquer, de faire des petits calculs, des mauvais choix toute sa vie. Sortir de la logique des petits projets de…développement ! Mais parce que vous êtes importants, importants pour notre pays, importants forcément pour une femme, en tout cas pour quelqu’un, pour nous.obama.jpg
Pensez à tout ce que vous avez vécu ou à tout ce que vous pouvez encore faire. Tout ce savoir, toute cette expérience accumulée, ces millions d’expertises mais qu’est ce que vous en faites, qu’est-ce nous en faisons si nous ne les mettons pas au service des millions de nos concitoyens ! Des millions d’Obama qui devraient rester cachés ? Qui devraient se contenter d’une vie misérable ? Tant de problèmes à résoudre, de sérieux problèmes, dont certains durent depuis si longtemps qu’ils sont devenus comme une seconde nature. Arrêtons d’accepter cette image négative de nous-mêmes. Notre pays n’est ni un pays pauvre ni un pays très endetté. Sur quelle base de calcul économique ont-ils décidés ça, celle fictive qui est par terre ou celle que nous vivons, nous ?
En tout cas, j’aurai essayé de vous le dire de toutes les manières, de toutes mes forces que nous devons nous secouer. Il s’agit juste de s’asseoir ensemble, pas forcément en un lieu. Pour éviter que nos ex-humanitaires qui à propos du Rwanda ont juré à l’Assemblée nationale devant le peuple français que si c’était à refaire…ils n’hésiteraient pas, ne viennent nous annoncer maintenant, qu’il vient d’y avoir chez Kabila fils un massacre comme il y en a jamais eu en Afrique : il faut vraiment avoir la mémoire courte, qu’il se prépare chez nous aussi, une guerre “ civile ”.

Bakassi : le signal !
Cela fait une drôle d’impression d’entendre “ Cameroun ” parmi les informations sur l’actualité internationale. D’habitude, il s’agit de football, de l’heure qu’il est à Nguelmendouga (vous voyez, vous où se trouve un bled avec un nom pareil ?) au Cameroun, doivent-ils préciser ou d’un artiste en concert, une publicité qui coûte chère… Mais là, on dirait que c’est du sérieux. Même si le premier commentaire laisse entendre que les gens en question ne savent pas trop ce qu’ils veulent ! ça nous ressemble : éternels enfants jouant aux pirates… Ils auraient donc enlevé dix personnes en pleine mer, pour rire… Par contre dès lors qu’il s’agit de la vie des Français, l’affaire devient sérieuse et on parle alors des rebelles qui auraient enlevés six français, (accessoirement) trois Camerounais et un Portugais… Baie des Camaroes, oblige. Il paraît qu’il y a aussi un Sénégalais…
Essaieraient-ils de lui faire le coup de Bokassa ? Toujours est-il que le président qui était parti en visite privée… mais très accompagnée depuis deux mois – on s’y est fait – a dû revenir dar dar ce samedi pour tirer l’affaire au claire et aider nos “ amis ” de Total à négocier C’est le monde à l’envers ! Depuis quand le N°1 de notre pétrole négocie avec des “ rebelles ” ? En tout cas, ils ont d’abord laissé entendre qu’ils allaient tuer les otages si avant trois jours rien n’est fait pour leur rançon : ils demandent carrément que le gouvernement camerounais leur laisse et le pétrole de Bakassi et la plate-forme de Total. Pas étonnant que les journalistes français disent qu’ils sont contre le Gouvernement camerounais…D’ici qu’ils nous importent les rebelles du Tchad ou du Congo Kinshasa…Tous veulent négocier avec les gouvernements en place mais on y voit toujours la main de l’étranger : Soudan, Rwanda, Nigeria, comme à l’Est, il n’y a plus rien de nouveau ! Précision de taille : ces rebelles inconnus du gouvernement n’ont de rapport avec aucun parti politique ni aucune opposition. On savait bien que le RDPC en tout cas, n’est même pas un parti politique…
Mais qu’est-ce qu’ils croient ces Freedom Fighters ? Qu’on va leur refaire le coup d’il y a 50 ans : nous donner une coquille vide en guise de territoire. Apparemment, ils ne veulent pas se contenter d’une administration, ni de tout le tapage que le gouvernement y a fait en guise d’investissements. Ils veulent leur affaire du siècle. Et si c’est une affaire du siècle là à l’entrée du Cameroun, il peut y avoir des retombées, pardon, j’allais dire des répercussions au pays…Pourvu qu’il n’y ait pas une opération “ grand Epervier blanc ”, pour sauver les six Français : on sait ce qu’il nous en coûte dans ces cas-là, un Français valant au moins cent Camerounais !

On entend déjà les cloches de ce jour de gloire
“ Je pense qu'il n'y a point de raison de douter de la proximité de ce jour glorieux, et tu le verras ! Les jeunes gouverneront ce pays sans coup férir. A un moment donné on sait reconnaître les signes précurseurs du déclin de ce régime qui montre ses derniers signes de faiblesse. Je pense que la pourriture de ce régime a entamé une bonne partie du Baobab. Mais une chose est sûre, le Baobab contient les gènes thérapeutiques de sa remise en forme. Tu en as fait état toi-même lorsque tu parles des jeunes de ce pays. Et s'ils ne peuvent pas voir la Femme aujourd'hui dans son combat permanent, je veux dire ton combat, comme beaucoup d'autres, c'est un problème de culture politique dont la simplicité ne demandera pas un effort titanesque pour le résoudre le moment venu. Je te fais confiance car je sais que si tu es visible à mes yeux, tu peux l'être pour des millions sur place et ailleurs. Voilà, je suis la preuve que cet ailleurs reconnaît le combat à mener, ton combat, notre combat. Alors il est temps de redoubler les efforts et surtout utiliser les méthodes pédagogiques de répétitions pour ne pas dire de conditionnement en clamant ta présence par ce genre d'écrits qui me comblent tout simplement. ”
C’est le dernier message que j’ai reçu le 28 octobre et c’est signé J.P.W…
A vous de voir

23.09.2008

LA CHRONIQUE DU MARDI 23 SEPTEMBRE 2008

Manifeste de la 25è Heure

c062b1a08f413eab8b0a591a11b2a42b.jpgL’histoire de la 25è heure, vous connaissez ? C’est quand un évènement que l’on n’attendait plus, parce que le temps était déjà passé, vingt-quatre heures se sont écoulées, et tout d’un coup cet événement se produit. Alors on parle de la 25è heure. C’est un peu cela l’histoire de la libération de notre peuple. Nous la souhaitons tous. Nos héros sont morts pour cela. Nos enfants attendent impatiemment le signal. Et nous, nous hésitons parce que nous y avons consacré notre vie et que nous savons que notre heure va bientôt sonner. Nous aimerions partir tranquillement. Mais toute femme qui a attendu 9 mois, toute femme qui a accompagné les pulsions de la vie : nous savons que cette heure va certainement arriver.

Comme un pincement là, à l’aube
C’est une expérience extraordinaire, pour ceux qui ont vu le film. On a l’impression que tout s’organise hors de nous, autour de nous, et même loin de nous, juste pour aboutir à ce moment-là. Il y a d’abord un contexte général. Des situations plus importantes autour desquelles se focalise toute l’attention du monde. Cela pourrait être l’élection de Obama président, le premier Américain d’origine africaine, président de l’Etat le plus puissant de la planète. Un événement historique. C’est chacun qui voudra y lire un signe. Se souvenir de la longue oppression des Peuples Noirs depuis la nuit des temps.
Nous serons largués dans un coin ensuite. Même si ce matin-là, nous nous levons avec la certitude que c’est aujourd’hui que le jour de gloire va arriver. On se connaît. On fera semblant de s’occuper à tout autre chose. Engager un grand ménage... par exemple. Ou même la cuisine d’un plat compliqué qui n’a rien à voir avec nos habitudes alimentaires : “ le pain de 50 pour africains ” ou “ la baguette de 130 ”, on ne sait pas comment elle est faite pour coûter moins cher dès que les Blanc s’e vont en vacances. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a la viande pour chiens, et tout de suite après, c’est la nôtre, celle pour nègres, avant les métis et assimilés
(quelques négresses qui vivent avec des petits blancs) et enfin celle les Blancs, la vraie. D’ailleurs il y a des portes différentes pour acheter chacune de ces viandes !
Mais nous, nous sentons bien en nous –chez nous - qu’il se passe enfin quelque chose. Il y a eu ce pincement, ce matin-là, à peine perceptible : 100 morts tout de même, un coup de pied comme d’habitude ? Pas tout à fait. Bien sûr on nous a encore indexés : vous n’étiez pas dans la rue, vous n’avez pas pris la tête de l’insurrection, l’Opposition est incapable de s’unir ! Nous avons beau dire que nous ne voulons plus du parti unique : pas plus au pouvoir que dans l’Opposition. Rien n’y fait : un tel manque d’imagination, de créativité. Ils ne peuvent sortir ni des meetings, ni des marches et encore moins du leader charismatique derrière lequel nous devons tous nous aligner…afin qu’aucune tête ne dépasse.

Rupture de la poche des eaux
N’allez pas chercher l’image du barrage qui lâche. C’est quelque chose qui arrive sans violence. La vie s’écoule : des millions d’années qu’on la retenait, une éternité que nous n’avons plus éprouvé cette sensation : des milliers de patriotes debout, décidés à être, tout simplement. Ils ont commencé à se frayer un chemin…C’était une déclaration d’amour au peuple camerounais.

674c6fe0834f3a7dce66499d40ac3f0b.jpg

Elle commençait par : “ A l’exception d’une petite minorité de nos concitoyens qui profitent de la situation actuelle, le constat de tout le pays est unanime : le Cameroun est dans un état de désolation. Sur tous les plans. Ce n’est pas simplement le fait que nous sommes tous désolés. Il n’y a pas une seule personne aujourd’hui dans ce pays qui n’a pas souffert, ne souffre pas, ou ne souffrira des méfaits de l’Etat camerounais : même Ahidjo (le premier président) est enterré en terre étrangère, effacé… ”
Ils ont alors appelé pour un Contre-sommet (France-Afrique). Nous sommes Africains mais nous ne sommes pas fiers que l’Esclavage ait vidé l’Afrique de ses enfants pendant des siècles. Nous sommes Africains mais nous ne sommes pas fiers que la Colonisation ait vidé l’Afrique de ses richesses pendant un siècle. Nous sommes Africains mais nous ne sommes pas fiers que le Racisme comme mode de gouvernement ait vidé les Etats africains de toute souveraineté, en confisquant particulièrement leur souveraineté monétaire depuis 50 ans. Quand il a fallu y instaurer un processus de démocratisation, il n’y avait plus de ressources humaines, il n’y avait plus de ressources matérielles juste des tribus. La France, toujours elle, a été alors jusqu’à commettre un génocide au Rwanda, c’était en 1994 pour nous apprendre à rester tranquille au lieu de préconiser la rupture comme stratégie.
Dure la contraction : on a dû reprendre notre souffle pour dire que nous voulons sortir de ce régime politique. Personne n’a rien compris. Là tranquillement dix pour cent (11 partis politiques et 13 associations, alors que le Rdpc en compte 200 et 65 000) des citoyens et quelques femmes comme d’habitude pour le décor, profondément révoltés par la situation de misère et d’oppression que vit le peuple camerounais, fermement engagés à changer cet état de fait, avons fait un constat et pris une résolution. Nous avons constaté que le Cameroun est un pays doté de grandes potentialités économiques et humaines. Malheureusement des choix politiques discutables et une gestion calamiteuse d’un Etat illégitime et totalitaire empêchent les Camerounais depuis 40 ans de développer ces avantages et d’en tirer profit pour vivre mieux. Et là, les contractions se sont accélérées : panique en face, interdictions, fermeture d’établissement, menace, infiltration…jusqu’à assurer la victoire de Paul Biya en 2004.

Le premier Cri
8e4010d88f363e6157e537249e64dcbc.jpgIl y eu le Cri des femmes camerounaises, comme un mot de passe, un cri de ralliement, comme un cri de révolte créatrice, le cri de toutes les révoltes ; non pas un cri de guerre contre la marchandisation du monde et des femmes ni un cri contre les machines à décerveler et les pompes à finances que sont devenus les pays africains mais comme le cri de la vie, celle que nous mettons au monde chaque jour pour que vive le Cameroun. Nos douze commandements. Le premier cri de nos bébés !
Et puis il y a eu les échos de ce Cri. Il s’agissait d’un Parlement avec 100 femmes députés, cela devait être une première mondiale : elles n’auront qu’une médaille olympique pour se consoler mais tout de même la plus jeune députée à l’Assemblée de Biya… Il s’agissait d’une conditionnalité des Nations Unies lancée depuis 1999 : les fameux 100 mille francs pour chaque femme dès l’âge de 18 ans, pour chaque travailleur dans notre pays : un Salaire Minimum Social qui est devenu un malheureux SMS de 28 000 francs Cfa, glissé en catimini ; même les 100 francs qu’elles demandaient à chaque patriote pour pouvoir suivre nos exploits sur une vraie télévision, elles n’ont pas eu : faute d’une campagne de communication en bonne et due forme pour assurer cette levée de fonds…Pourtant les opérateurs de téléphone mobile ne savent plus quoi faire de l’argent que nous payons pour rester en contact, nous ne sommes plus à l’heure du tam-tam.
Fatiguées par ces longs mois d’attente, exténuées par tous ces efforts, n’en pouvant plus de crouler sous tant de douleur, les femmes camerounaises étaient obligées, fin novembre 2007 d’appeler à la tenue d’une Assemblée constituante. Un vrai pavé dans la marre : entre un Forum pour la CENI qui s’est terminé en queue de poisson, et un Epervier anti-corruption à tête chercheuse. On a bien essayé d’appeler Um à la rescousse le 13 septembre. Tout ce que nous ont conseillé “ les partisans du changement par les urnes ”- la grande trouvaille !- c’était un gouvernement de Salut public, celui que le président serait allé chercher à Paris ? Alors est-ce qu’on attend que la montagne accouche encore d’une souris ou…on fait ce saut effroyable dans l’inconnu en convoquant cette Assemblée des peuples ? Cela s’appelle la libération.

09.09.2008

LA CHRONIQUE DU MARDI 09 SEPTEMBRE 2008


Le fil d’Ariane ou le chemin parcouru

46fa58c83b20ba33f152ed2a91acbe15.jpgL’Assemblée des Peuples camerounais ne sera pas convoquée samedi prochain, 13 septembre. Les anciens demandent un peu plus de temps pour se préparer. Comme je vous disais, trois nations premières sur quatre ont déjà adhéré au “ projet ”. Nous sommes obligés d’attendre et de convaincre la quatrième. Mais si Um Nyobe revenait aujourd’hui sur terre, nous lui dirions : vous n’êtes pas morts pour rien. La lutte continue. Voici le chemin parcouru.

Trois générations, un combat
Au commencement, des patriotes se sont levés pour dire : rendez nous notre pays. Ils furent tous tués les uns après les autres. Le denier en date du 13 septembre 1958 s’appelait Ruben Um Nyobe. Ils combattaient un monstre à trois têtes… qui a confisqué ce pays. Depuis des générations, l’Esclavage avait organisé le territoire de capture en réserves de tribus, les autorités politiques de nos nations deviendront “ des commis d’ordre ” sous la Colonisation avant que le Totalitarisme n’en fasse des “ auxiliaires d’administration ” et nous trompe avec une fausse indépendance. Aujourd’hui c’est comme si nous avions perdu le fil d’Ariane : nous tournons en rond dans ce labyrinthe qui n’a qu’une issue : la sortie du régime politique instauré en 1960 au Cameroun.
Makembe Tholo Adolphe premier lieutenant sur le front de libération de la lutte armée à l’Ouest, emprisonné de 1971 à 1984, et décédé en fin d’année 2000 disait des rescapés du coup d’Etat de 1984 : à leur comportement aujourd’hui, on doit se poser des questions sur la façon dont nos hommes politiques conçoivent la politique…c’est absolument inimaginable parce qu’on dirait que ce sont des gens qui ont perdu la profondeur même de la conscience…Il peut y avoir des exceptions mais en général, le processus d’anéantissement aboutit toujours aux résultats que le Pouvoir recherche quand on y regarde de près* …. Il ne nous reste donc pas beaucoup de vétérans de la première heure.
9dfc719c81afe8e467a5f11f71edbfae.jpgIl y a ensuite la génération des 70 ans et plus. Ceux qui sont aux commandes et ceux qui désespèrent d’en avoir été exclus. Ceux que nous voulons pousser dehors et ceux qui nous demandent : comment vous allez procéder si vous n’avez aucune légitimité ! Ils ne comprennent pas que la souveraineté dans notre situation de pays totalement confisqué, ce n’est pas une institution publique qui va nous la donner mais le Peuple camerounais lui-même. Et ce pouvoir absolu, nous le tenons aujourd’hui de la fenêtre du monde où des milliers de jeunes Camerounais et Camerounaises de 40 ans et moins sont connectés. Ce sont ces patriotes des temps modernes qui veulent une chimiothérapie sociale et qui nous demandent de convoquer une Assemblée Constituante.

La question de l’idéologie
Alors se pose la question de l’idéologie : Comment notre Peuple peut-il être certain que cette fois-ci, il ne va pas encore être berné par des gens qui parlent en son nom, des gens qui disent combattre pour lui ? Parce que ce sont des gens qui depuis 50 ans sont avec lui, parlent de son côté. Qu’ils se disent nationalistes, socialistes ou féministes, ils appartiennent à ces Nouveaux Mouvement Sociaux qui ont été anti-développementalistes avant la mondialisation. Ils sont sortis de notre Société avant que les ONG ne mettent la Société Civile à la mode chez nous. Ils voulaient reprendre le destin de notre pays en mains et étaient membre du Comité National d’Action Civique. Ils ont même réussi à organiser un Contre-sommet France-Afrique depuis le Cameroun en l’an 2001.
Ce sont eux qui ont décidé deux ans après de changer la nature totalitaire du régime politique au Cameroun. Même s’ils ne sont pas tous sortis de polytechnique, même s’ils ne savent toujours pas tous c’est quoi exactement un régime politique(!), même si certains continuent à parler d’alternance – parce que le changement pour ces derniers venus resté lié à la fonction clé du régime actuel- la plupart vous parlent aujourd’hui de la nécessité d’une alternative politique. Avec les leaders de première génération, beaucoup ont pris la mauvaise habitude de jouer les éminences grises…oubliant que la politique c’est d’abord ce qui se donne à voir sur la scène publique ! C’est grâce à nous que notre Peuple a repris confiance en lui-même au point d’afficher un taux d’abstention historique aux dernières “ consultations électorales ”.
Alors comme d’habitude, depuis la guerre du feu…les femmes ont pris le monstre par les cornes : vous ne voulez pas de nous dans votre Assemblée, vous avez refusé d’envoyer cent femmes au Parlement, eh bien, nous aurons notre assemblée et ce sera l’Assemblée des peuples camerounais. Comme sous la colonisation, les administrateurs des colonies avaient leurs institutions et nos ancêtres organisaient les assemblées du peuple : cela s’appelait, le Ngondo chez les Sawa, cela s’appelait Anagsama chez les Beti, etc…. Comme au temps des pharaons…les femmes participaient à la direction des affaires publiques dans le cadre d’une assemblée féminine siégeant à part, mais jouissant de prérogatives analogues à celles des hommes, nous rappelait, le dernier des Pharaons.

L’autre Cameroun, dans 40 ans
Dans quatre décennies, les Camerounais qui ont 40 ans et moins aujourd’hui auront fait cette mutation profonde et nos descendants vivront dans cet autre Cameroun. Ce n’est pas juste un rêve, c’est de l’ordre du possible. Cela s’est passé en Chine. Um et Mao étaient certainement à Bandoeing. Ils ont peut-être échangé leurs vues sur ce projet d’avenir de leurs sociétés. Il n’est pas exclu que le Cameroun y arrive à son tour. C’est ce que nous demande la jeunesse de ce pays.
Ils s’appellent Etoke Nathalie, Charles Gérad, Arthur Awoumou, Ameli tabi, Moise Wouatchui, Jean crépin Nyamsi, Marcelin Ndabnemb, Julie Moufor, Charles Atangana, Tene Sop, Modeste Mba Talla, Jean Christ, David Fova, Valère Nketcha, Claude Tameze, Raphaël Tagne,René Nsoé, Paul Ngalle, Tchakounte Kemayou, Jean Pierre Wenang, Jean Pierre Kamayou, Eric Njitoyap, Antoine Nguidjol, Tchakounté Charlot Yves, Thierry Wandji,, Guy Simon Ngakam, Yanik Ngoko, Louise Ndiaye, Mimi, Badara, Barthélémy Z. Yomsi Luc, Paul Fum etc… ; tous les anonymes et bien évidemment tous les Eteki et tous les Otabela sur le Net.
Sans compter des milliers qui auront signé les pétitions pour une Assemblée des Peuples camerounais. Vous les connaîtrez d’ici décembre. Ils étaient 755 à nous rendre visite au blog de la Coordination des Forces alternatives en Juin. Puis au mois de juillet ils ont été 1188, et en Août ils avoisinent les 2000 ! Nous sommes aujourd’hui à une moyenne de près de 100 visites par jour : c’est bien la preuve que notre jeunesse attend cette Assemblée de notre Peuple et que cette légitimité nous l’aurons.

19.08.2008

LA CHRONIQUE DU MARDI 19 AOUT 2008

Bakassi : pour une République Fédérale du Golfe de Guinée


cc02cbc2ed389933d2bf628a4a5098c3.jpgSitué au fond du Golfe de Guinée, le Cameroun est un pays béni des Dieux. Mais il n’est pas exagéré de qualifier sa situation actuelle de catastrophique car c’est l’impasse totale. On arrive encore au bout de 50 ans à interdire la tenue du Congrès de notre premier parti politique ! Nous avons justifié la tenue d’une Assemblée des Peuples camerounais au triple plan historique, politique et diplomatique dans le cadre de cette chronique depuis des mois. Un pluri acteurs de réflexion sur l’avenir de ce pays vient de paraître sur le Net. Au-delà de toutes les trompettes, ce qui vient de se passer à Bakassi, devrait malgré tout nous sortir de notre triangle national pour aller rechercher l’espoir aux fondements – économiques et culturels – d’un Etat Fédéral d’Afrique Noire comme disait Cheikh Anta Diop, le dernier des pharaons.

D’une souveraineté virtuelle aux objectifs très spécifiques

C’est un document de treize pages (en comptant la page budget) dont l’objectif général est de mettre en place un cadre institutionnel d’expression de la souveraineté des Peuples camerounais. “ Nous proposons de l’appeler l’Assemblée du Peuple Camerounais ”. Il s’agit, de façon pacifique, de rassembler toutes les forces vives du pays, pour lui épargner des convulsions comme celles que nous avons connues en février dernier et ouvrir de meilleures perspectives pour notre peuple. Il s’agit, en approfondissant les acquis de la démocratie, en renforçant les droits et libertés, en consolidant le dialogue politique et social et en améliorant les conditions de vie de nos concitoyens, de recréer l’immense espoir suscité par le processus de démocratisation dans les années 90 et trahi par la suite. Cela a été dit à plusieurs reprises, “ ce projet d’une Assemblée du Peuple n’est pas une conférence nationale souveraine déguisée ”. Il s’agit en définitive de trouver une solution consensuelle, globale, efficace et durable à la grave crise multidimensionnelle de notre pays car un transfert d’autorité ne suffit pas : pas plus à Bakassi aujourd’hui que sur tout le pays depuis 1960. L’enjeu primordial ici comme dit J-B. Sipa, c’est l’exercice réel de la souveraineté nationale.
La séance d’ouverture commencerait donc par Faire l’état des lieux : le fameux bilan de 50 ans d’indépendance évoqué tant de fois : par nos intellectuels de renom en 1997, par Me Yondo Black en 1999 en ces termes : “ Je propose qu’on commence par faire une sorte de bilan général. C’est un préalable à toute action politique significative dans ce pays. On ne peut pas en faire l’économie ”. Dans la même séance d’ouverture, il nous faudra envoyer un message fort pour que toutes les forces en présence comprennent que ce dont il s’agit ici, c’est de Renégocier notre souveraineté nationale “ confisquée à l’extérieur par la France et à l’intérieur par l’Etat camerounais ”. Et là, on s’attend à ce que des solutions appropriées, aux urgences et priorités signalées soient proposées.
Ensuite vient le traitement de l’épineux problème de la démocratie dans notre pays : la France estime qu’il faut y aller progressivement. Le régime RDPC parle “ d’approfondir les acquis ” que le pouvoir (et ses alliés de l’opposition institutionnelle) se fera un devoir de nous représenter. Les forces alternatives proposent elles d’Instituer un Etat de droit au Cameroun en vue de l’instauration d’un régime politique démocratique. Toute la difficulté est d’arriver à bâtir un consensus dynamique sur les principes essentiels fondant une bonne gouvernance politique ; une gouvernance économique de qualité, transparente et soucieuse aussi des intérêts nationaux ; une gouvernance sociale et culturelle performante au lieu de faire miroiter aux Nigérians, des droits que nous n’avons pas. Tout le monde sait que les Camerounais n’ont jamais eu à compter que sur leurs capacités personnelles. Françoise Mbango vient encore d’en faire la démonstration pratiquement contre notre Etat.
C’est là que la jeunesse a proposé une chimiothérapie. En sciences politiques, cela s’appelle une Assemblée Constituante…
Enfin, pour Réorganiser une société moderne et qui tienne compte des nouvelles forces sociales dans notre pays d’aujourd’hui non seulement cela passe par des mécanismes d’un dialogue périodique et pérenne entre, d’une part, le pouvoir et l’opposition et, d’autre part, le pouvoir et les partenaires sociaux, afin de créer les conditions du développement du pays dans la paix civile, la stabilité et la sécurité mais également par la Relance du processus de constitution des Etats Unis d’Afrique.

Trois projets de lois révolutionnaires

Les activités préconisées dans ces Termes de Référence tournent autour d’une triple thématique, celle-là même que nous proposons dans les colonnes de cette chronique depuis des mois à savoir les questions de la c607327535c16873a9b9595fb7f361fd.jpgsouveraineté nationale, de la transformation de la nature de l’Etat camerounais et celle de la modernisation de notre Société. Aussi les projets de lois y afférant sont formulés en termes d’Abolition du décret français instituant le néocolonialisme au Cameroun. Ce serait le fameux signal fort dont nous sommes en droit d’attendre la constitution d’une Assemblée Constituante, la garantie de cette Souveraineté par l’avènement d’une autorité supra nationale dans le cadre d’un Etat fédéral du Golfe de Guinée, la renégociation des Accords de Coopération (intérieurs et extérieurs) ainsi que la tenue des Etats généraux de l’économie camerounaise.
Le projet de loi sur l’ Abolition de l’Etat totalitaire et du totalitarisme devrait entraîner l’institution des libertés civiles et politiques comme droits inaliénables de la personne ; la transformation de l’Etat totalitaire en régime démocratique devrait régler de la question des pouvoirs présidentielles… du statut des partis politiques évoquée récemment dans le rapport de l’ONEL , du statut des forces de l’ordre, des questions fondamentales qui ne sont pas abordées actuellement dans le document ni dans cette section ni dans le cadre méthodologique et organisationnel, probablement pour des raisons stratégiques. Bien entendu, il y est question aussi de l’Institution d’un corps judiciaire indépendant ainsi que le projet qui a suscité dans d’espoir depuis les années 90 à savoir, la création d’une CENI suivi d’un nouveau calendrier électoral.
Très attendus également la nouvelle société camerounaise avec le projet de loi sur l’Abolition des tribus et du tribalisme à la cérémonie des Autorités des premières nations qui devrait consacrer l’adoption de la Déclaration universelle des droits des femmes et des citoyens histoire de ressortir le projet du Code de la famille et des personnes des tiroirs de la république. C’est dans cette section sur la Société que se trouve instituée une armée citoyenne (de métier) et la suppression des polices politiques et des forces répressives, avec l’adoption des lois sociales (école gratuite, santé gratuite, sécurité sociale, salaire minimum social, etc.) et la réhabilitation des anciens combattants pour l’indépendance nationale et l’institution de la célébration de la mémoire de nos héros nationaux.

Assemblée des peuples : et si Bakassi était le signal ?

38fd58ae9d4e865a88b2bddf6898d44d.jpgAvec un tel programme c’est certain nous n’aurons pas trop de trois mois pour régler les questions de logistique et d’organisation. Du profil du président de cette assemblée à celui des présidents des différentes commissions. Ce qui est sûr c’est que tout Curriculum qui se propose de gérer ces débats, devra faire autorité sur la question soit par ses publications, soit par ses réalisations professionnelles de portée nationales. Pour le reste, le Comité national de pilotage du projet qui sera mis en place et qui va probablement convoquer cette Assemblée le 13 septembre prochain, a la lourde responsabilité de régler l’épineuse question du financement car de cette dernière question dépend, la mobilisation de l’opinion publique nationale et internationale ainsi que les modalités de participation des milliers de représentants des peuples camerounais à cette deuxième Assemblée des Nations unies. La dernière leçon de Bakassi, c’est que nos peuples se passent aisément des présidents actuels quand les enjeux sont d’importance continentale.

12.08.2008

CHRONIQUE DU MARDI 12 AOUT 2008

A-LL-EZ les Femmes!
846635497b60972436840d9071708970.jpgJe ne parle pas des sportives. Les spécialistes s’en chargent. Nous, nous étions déjà à Beijing : 1995, personne n’a montré nos belles jambes. Ce fût pourtant un sacré marathon toutes ces réunions, tant de rencontres, tant de discussions, de débats, de sourires, tant de travail, d’adresses échangées et de promesses d’essayer de rester en contact. Tout ça pour rien ? Nous n’avons pas eu droit à une fête grandiose. Encore moins aux médailles. Alors nous avons imaginé Pana polis, un festival Panafricain de la politique. Ça devait se passer au Cameroun en l’an 2000 : il y a 8 ans ! Hélas, le Cameroun n’est pas la Chine mais elles reviennent dans le peloton de tête avec l’Assemblée des Peuples. Parfum de femmes.

Un multinational nommé désir

Depuis des décennies, nous caressons l’espoir d’un grand Forum dans lequel les femmes parviendront à mettre en place des mécanismes qui peuvent privilégier l’avènement d’un projet féministe de société. On a tout essayé : Mexico, Nairobi, etc.…Rien. Absolument rien : les femmes sont toujours aux prises avec un genre de problèmes bf9cba2642a4374325eb16cfddce7a9d.jpgspécifiques : petits projets de développement, respect des quotas, promotion de la femme, violence faites aux femmes, santé reproductive. Vous connaissez un seul pays au monde où l’un de ces problèmes a été résolu ? Simone avait identifié un deuxième sexe : c’est devenu égalité de genre à généraliser. Françoise nous trouve des financements mirobolants tous les jours mais ce n’est jamais pour des entreprises initiées par les femmes, toujours les petits projets de développement ! L’ALVF n’en peut plus de lutter contre les violences faites aux femmes mais jamais, au grand jamais on ne dira qu’il s’agit d’une répression féroce et institutionnalisée contre les femmes.
Le temps n’est plus à l’identification ni à la reconnaissance de nos besoins. Nous avons fait tout ça toute notre vie. Raz le bol des séminaires de formation, et de renforcement de nos capacités. Marre de l’apprentissage du leadership au féminin ! Cela fait des décennies que nous étudions, analysons, synthétisons, et consultons. Des années que nous menons des luttes spécifiques sur la violence, que nous avons des conseils sur nos droits, sur notre statut dans la société traditionnelle avec la question des pratiques de veuvage. Les Eglises font semblant de découvrir ces pratiques monstrueuses. Vous allez voir, on va nous faire le coup de la mère Yao : qui ne savait pas que les femmes souffraient tant ! Quelle hypocrisie la curée, tout de même.
Est-ce que vos filles aussi devront lutter pour hériter de la terre de vos ancêtres, nos ancêtres aussi soient dits en passant. Elles devront toujours lutter contre la polygamie ? Pour quoi aucun homme ne se souvient jamais de l’oppression de sa mère ? Ces femmes qui ont souvent joué les mères pélican : s’ouvrant le ventre pour que ses enfants se nourrissent de ses boyaux…Ils ont été jusqu’ à renvoyer le Code de la famille aux calanques Grecques parce que les femmes juristes ont dit : Niet : la meilleure petite, épousée sur le tard, n’héritera que des biens et richesses qu’elle a contribué à produire !

La mère pélican

Aujourd’hui, avec la tenue de cette Assemblée des peuples, nous devons décider comment gérer toutes ces préoccupations dans une société moins oppressive pas seulement pour nous, mais aussi pour tous les Camerounais. Nous sommes tous d’accord que le Cameroun va mal. Tout ce qui a été préconisé jusqu’ici, imposé ou non, ça n’a pas marché. Que faut-il faire pour convaincre les hommes de ce pays, qu’ils comprennent, acceptent d’essayer autre chose. Un pays ne se transforme pas à coup de petites retouches : il nous faut une perspective, une grande idée. Mao avait fermé le Chine…Les femmes ont eu l’immense générosité de renoncer au pouvoir pendant des millénaires. Et si elles y revenaient au Cameroun ? Voilà une grande idée. Une véritable grande ambition !
11f1e8fe22e661d97058a77ffb296c30.jpgNous pensons sincèrement que les femmes, de par la vision différente qu’elles ont de la vie, peuvent bâtir une société moins oppressive et permettre la résolution de bien de nos problèmes d’aujourd’hui sans trop de dégâts. La notion de rupture fait peur en politique. On voit des convulsions et des flots de sang dans tous les sillons. Mais les femmes gèrent les ruptures tout au long de la vie : rupture tous les mois, elle régule la vie avec le sourire. Rupture de la poche des eaux : elle donne la vie tous les neuf mois. Rupture d’un contrat de mariage : pour elle c’est toujours plus qu’un contrat…Rupture tout court : c’est parfois pire qu’un tremblement de terre. Mais la vie doit continuer. Il faut couper le cordon ombilical. Qui se souvient en avoir jamais souffert : tout un art !
Elles se pencheraient réellement sur les problèmes des gens : elles sont si terrer à terre parfois ! Elles remettraient à l’honneur la notion de solidarité, elles préconiseraient l’harmonie plus que la puissance, la diplomatie plus que les armes. Que de guerres seraient évitées et des vies préservées: Dieu que la terre seraitbelle. Porté par les femmes (elles ne vous le diront peut-être jamais…) qui constituent – parait-il 52 % de la population, ce projet de société est sûrement très menaçant pour l’ordre établi puis que depuis des années nous assistons à toutes sortes d’attaques sournoises mais en règle contre le mouvement des femmes.

Pour un Cameroun au féminin pluriel

Chez nous, ils se proposaient de « barrer la route à ce mal naissant » dans les années 80. Mais le « mal » a persisté. Du coup, ils veulent le tuer tous les jours :
765feea77730be53021dc2a5d529eab8.jpgLe féminisme est mort, ou n’a plus de raison d’être puisque vous avez même un ministère ! Eux ils en ont 59 mais on ne va pas commencer les comptes d’épicerie. On risque d’atterrir sur le nombre de victimes de l’opération Epervier …Le temps presse, urge même, de réagir. Des solutions nous en avons. Elles se trouvent dans tous ces rapports sur lesquelles nous avons travaillé depuis nos nombreuses décennies, quand nous étions les seules cibles du « développement ». Elles vont se compléter les unes les autres et se confronter. Nul doute qu’au sortir de cette Assemblée, nous les femmes venues de toutes les provinces du Cameroun et de tous les milieux, nous aurons sinon un autre Cameroun du moins un bout de monde meilleur. Pour remettre le Cameroun à l’endroit il nous faut apporter notre touche à ce qui peut être un grand moment de l’histoire de notre pays pour accorder au moins le Cameroun au féminin pluriel.

Marie Louise Eteki Otabela

http://mle.blogspirit.com mle_otabela@hotmail.com

Post-Scriptum : Les T de R de ce pluri-acteurs réflexion vous arrivent en PDF cette semaine. N'oubliez pas de signer la pétition!

29.07.2008

J'autorise l' ONU

afd941895cf6dd3a26b53c97fa2d5c79.jpg


Nous trouverons des techniques pour éviter le chantage. Nous sommes actuellement une multitude de faibles; n'oublions pas qu'une multitude de faibles réunie peut vaincre une grande force surtout si elle est de Satan. Face au manichéisme du monde, le mal fait des horreurs, se pavane et le bien fini toujours par l'écraser. Notre cause est juste parce que nous refusons tout simplement de mourir debout. Ce n'est pas aujourd'hui qu'ils nous tuerons car ils nous ont tué depuis longtemps. Nous allons trouver des techniques pour éviter la corruption… Continuez à croire que nous réussirons. C’est un Jeune Camerounais, Raphaël T. Il m’écrivait il y a une semaine à propos de l’Assemblée des Peuples et il terminait son message en me disant : merci maman !

Des techniques pour éviter le chantage à l’ordre public

Comme vous le savez l’ordre public a une bien curieuse signification au Cameroun. Si vous touchez soit aux intérêts français, soit au régime politique, vous tombez sous le coup de troubles à l’ordre public et parmi les « mesures légales » et les moyens légaux qui s’imposent alors , les autorités administratives ont le pouvoir de suspendre les libertés fondamentales ( !) , circulation des personnes et des biens, d’ arrêter les personnes et les biens, de requérir les forces de police et de gendarmerie, d’emprisonner (mesures de garde à vue de 15 jours renouvelables…) et surtout le droit d’utiliser les armes seulement si on leur tire dessus en premier : allez donc expliquer qu’aucun de nos enfants n’était armé et par conséquent ne pouvait tirer sur les policiers ! Pire, il fut un temps où entrer par effraction (vol) dans l’enceinte portuaire (territoire français au Cameroun ? !) était puni de peine de mort. Mais ça la loi de 90 ne l’évoque même pas…
Alors il nous est revenu en mémoire ce texte d’Abel Eyinga, expliquant en trois raisons l’attitude singulière de l’ONU dans l’affaire camerounaise : le revers que la France venait d’essuyer au Togo- en essayant d’organiser une véritable élection-, l’arrivée au pouvoir du Général De Gaulle dont l’un des objectifs était la reconstruction de la grandeur de la France…et comment l’ ONU abandonna les Camerounais à la vindicte française : ils seront massacrés par milliers et ça n’a pas arrêté depuis 50 ans. Or l’Accord de tutelle stipulait en son article 5 que : l’autorité chargée de l’administration pourra…procéder, le moment venu, aux consultations appropriées, en vue de permettre aux populations locales de se prononcer librement sur leur régime politique et atteindre les fins ( de développement et d’administration) définies par l’article 76 de la Charte des Nations Unies.
Il est dit expressément dans cet article que l’une des raisons d’être du régime de tutelle c’est « favoriser l’évolution progressive des populations vers la capacité à s’administrer elles-mêmes (c'est-à-dire l’indépendance) compte tenu des aspirations librement exprimées des populations intéressées » Ces aspirations ne pouvaient être clairement inventoriées qu’à l’occasion de consultations électorales libres et loyales. Or l’administration coloniale française ne se caractérisait guère par l’organisation de telles consultations ; d’où la nécessité d’un contrôle. Le gouvernement français avait lui-même reconnu qu’il revenait aux Nations Unies d’assurer ce contrôle. Voilà pourquoi, un demi-siècle après nos termes de référence pour une assemblée des peuples camerounais commencent par : j’autorise l’ONU…

Des techniques pour éviter la corruption

C’est donc parce que les Occidentaux portent une lourde responsabilité dans l’institution de l’Etat au Cameroun que nous pensons qu’il faut replacer ce projet d’assemblée sous l’égide de l’Organisation des Nations Unies. Mais il faut rappeler également ici que dans les années 50, il ne s’agissait déjà plus des seuls intérêts français au Cameroun. L’Amérique nous refusa la démocratie et préféra promouvoir le « développement d’abord » dans les pays africains. Dès lors se met en place une sorte d’idéologie du développement : à travers des décennies de concepts (tel celui de mise au travail ou encore celui de l’aide ) de programmes, d’agences publiques et privées, et surtout une production effrénée de projets qui se déclinent aujourd’hui dans des ONG de… développement pour nous aider à supporter le non développement.
Nous n’avons donc pas oublié que l’impérialisme s’oppose méthodiquement au développement de nos pays, les spécialisant dans la production et l’exportation des produits primaires, conservant jalousement la maîtrise des technologies et des produits essentiels et prenant prétexte de l’endettement du tiers-monde pour lui imposer, via le FMI et la Banque Mondiale, des politiques d’austérité draconienne, les fameux PAS. Le développement n’est alors qu’une procédure de maintien du statu quo à l’échelle internationale qui passe par l’extension des rapports pervers de production. Ce n’est pas une question de dignité comme le prétend un drôle de texte que nous avons reçu cette semaine : « Nos politiciens ont démontré leur incapacité à nous donner ce dont nous avions besoin pour vivre comme des personnes dignes... ». Par contre ce sont « les européens qui ont compris en mettant en notre disposition de moyens financiers qui nous permettraient si nous nous mettions au travail…de montrer aux yeux du monde que nous sommes des travailleurs, que nous sommes prêts à nous mettre au travail … Levons nous et mettons nous au travail » !
Discours de mise au travail, d’aide au développement, les Occidentaux ont reconnu eux-mêmes la bêtise, l’échec de ces politiques. Puis ils ont tenté de refiler le bébé aux chefs d’Etat africains avec le fameux NEPAD… et maintenant ce sont nos apprentis politiciennes qui proposent de nous sauver avec « le PACDEV » (le Pacte Africain pour le Développement) parce que les fonds ne transiteront plus par leur canal. Alors nous avons dû réaffirmer avec force dans nos termes de référence que : la corruption n’est ni une question de dignité, ni une question de moralisation des mœurs politiques : c’est la façon dont nos économies nationales sont impliquées dans le mode de production néo-impérialiste aujourd’hui. Voilà pourquoi les véritables solutions économiques à nos problèmes passent par le : j’autorise l’ONU…

Des techniques pour ne pas tomber dans le piège du tribalisme

Ce sera certainement un des débats les plus houleux de l’Assemblée des Peuples camerounais. Comment arriver à un projet de loi interdisant le tribalisme, faudra-t-il abolir les tribus ? Deux thèses s’affrontent ici : d’une part, les tribus sont une réalité ; à preuve, chaque Camerounais se sent d’abord d’une tribu et toute notre vie nationale est organisée depuis plus d’un siècle sur la base ethnique. D’autre part, les ethnies ont une histoire ; cela signifie qu’elles ont été fabriquées à des fins de domination et comme nous sommes socialisés à l’ethnie dès notre tendre enfance, il devient absolument impensable pour nos concitoyens que l’on puisse en sortir un jour. Nous aurons donc nos deux cent pétitions…
Pourtant nous savons que le gestion française du Cameroun après la seconde guerre mondiale était basée sur un certain nombre de principes racistes qui avaient été explicités dans le programme politique du parti nazi au pouvoir en Afrique du Sud dans le cadre de la politique raciale dite « d’apartheid » après l’échec des nazis en Allemagne en 1944 (Kum’à Ndumbè, 1973) : « une organisation administrative du territoire sur la base ethnique pour mettre fin au processus de détribalisation » : les tribus détruites devaient être reconstituées ! C’est à partir de cette politique de fixation des tribus que va se concevoir toute la politique camerounaise : d’abord celle de l’impérialisme français, puis celle de l’Etat camerounais. Là aussi, nous sommes bien obligés pour en finir avec le tribalisme de sortir de nos tribus et de dire chacun de nous : j’autorise l’ONU…

Marie Louise Eteki-Otabela

22.07.2008

De la difficulté des chefs d’Etat africains à partir

Nous en étions à peine à nous demander quel mode de recrutement mettre en place pour la désignation de nos chefs d’Etat : démocratique, type de scrutin, Comité électoral indépendant, les cartes d’électeurs, les urnes, la transparence, le recensement et autres instrumentations permettant d’avoir l’illusion d’objectivité et d’équité, que déjà apparaît avec acuité cette réalité qu’il est difficile pour ne pas dire impossible de faire partir un président en Afrique sans drames. Car enfin, comment mettre un nouveau alors que l’ancien ne peut pas céder la place!

La politique assassinée

1e0345daf424d5ebca7d8b5a04b9598c.jpgC’était un éditorial de René*, il y a 8 ans. Il racontait l’histoire de nos républiques du Sud qui ne nous ont pas donné l’occasion de tirer des leçons par l’exemple ou de faire jurisprudence. Faut-il croire que chez nous la corvée du pouvoir soit si passionnante qu’aucun de nos chefs ne veuille partir ? Nenni. Si par lassitude ou un autre motif, l’envi leur en prend, ils trouvent sur leur chemin la barrière hérissée de mille sagaies : de leurs proches immédiats ou lointains, leurs frères du village se sentent orphelins, tous les margoulins et autres cercles étroits de profiteurs. Tout ce monde et demi-monde se sent désemparé et se mue en tueurs même de leur chef lui-même pour ne pas être découvert et perdre leurs privilèges. René citait alors quelques-uns qui ont eu la tentation du pouvoir chez nous : grand mal les en a pris. Le Pouvoir n’est jamais un lieu vide…et on le sait toujours assez tôt.
Une autre fois, c’est le bon peuple qui en a marre, veut changer de chef parce qu’il ne s’y retrouve plus ou pas. 82b926a171e968257d52a10d6c922a77.jpgAucun recours n’est prévu dans leurs institutions, et la seule impossibilité qui leur est offert est la descente dans la rue crevassée, face aux armes assassines des commandements opérationnels. On soupçonne depuis quelque temps (exemple du Sénégal : encore !) qu’un peuple politisé et une opposition responsable, peut, par les urnes changer le cours des choses. Diouf au Sénégal a eu la tentation de la mauvaise foi, il a compris qu’il vaut mieux négocier sa sortie. Parce que de cette manière non plus, la sortie n’est pas facile - Wade l’expérimente à son tour aujourd’hui - : les horreurs commises durant leur règne contraignent nos chefs à vouloir une immunité garantie pour leur après-règne. Mais qui peut le leur assurer ? Les pauvres, je les plains : ils sont coincés et ne peuvent faire autrement, condamnés à se succéder éternellement à eux-mêmes…C’est l’enfer.
Une autre fois, ce sont leurs parrains, les Français, les Anglais, les Américains…etc qui commencent à douter de leur capacité à garantir leurs intérêts. Il y a des incompétents mous, des incompétents trop durs, je ne cite personne. Le résultat pour leurs parrains est le même. Ils ne sont plus efficaces ni solvables, ou tout simplement ils ont des velléités d’indépendance. Il faut les changer. Mais selon les principes simples tels qu’un tiens vaut mieux que deux tu l’auras, on ne sait par qui remplacer nos chefs. Mobutu, on a du le doper jusqu’au dernier souffle et l’envoyer au charbon, alors qu’il n’en pouvait plus.


L’apartheid économique institutionnalisé

De toutes les manières, nos chefs sont les seuls à être obligés de ne défendre que le parti de l’étranger ; ils sont les seuls à être chef d’un Etat uniquement au profit d’un autre. Et s’ils ne le font pas, ils sont morts. Nous nous demandons parfois si nous devons leur en vouloir ! Ils nous font mal. Mugabe a essayé de défendre l’intérêt des siens, du temps de la Rhodésie Blanche : qui s’en souvient aujourd’hui ? Maintenant, pour la répartition des terres, l’Occident blanc et chrétien…l’a condamné ; quelques frères Noirs ont repris le relais en chœur et c’est l’amalgame total. Nous décrivons toutes les tares de l’individu Mugabe- nul n’est parfait (tous les vieux nègres n’ont pas que la médaille en partage : ils épousent souvent aussi les meilleures petites…) pour expliquer pourquoi, il ne peut pas défendre une cause juste pour les noirs. Même les Anglais ont dû mettre un bémol (en virant Blair ?) dans leur invective, promettant de financer la réforme agraire promise depuis 20 ans ! Mais avant, ils ont traité Mugabe de raciste : si Mugabe est raciste que sont les Anglais ? Les Blancs pensent toujours – naturellement- qu’ils peuvent faire l’économie de la réparation de tous les crimes qu’ils ont commis contre notre humanité. Et ça continue.cfb8d5ec20e80b7c86c311223e9d7548.jpg
“ L’aluminium va certainement remplacer le pétrole comme notre source première de recettes d’exportation ”déclarait Célestin Ndonga, conseiller technique au ministère des mines, l’année dernière. Hydromine Inc bénéficie de deux permis d’exploitation exclusive de la bauxite dans les régions de Minim Martap et Ngaoundal. La manière cavalière dont cette entreprise a été créée en Août 2004 dans le Delaware, sans objet social précis, démontre d’avantage que Peter Brigger est utilisé comme un individu écran de M. Biya, dont il serait par ailleurs l’agent immobilier en Suisse. L’entreprise Hydromine n’est rien d’autre qu’une boîte à lettres, dont le gouvernement camerounais se sert pour attribuer l’exploitation exclusive de la bauxite camerounaise à Paul Biya et sa descendance. Cette entreprise n’a pourtant aucune expérience connue dans le secteur des mines. L’entreprise dont le Cameroun attend son développement économique a pour siège social la chambre d’un immeuble de New York ! Et cette entreprise est supposée investir 5 milliards de dollars à partir de l’an prochain (c'est-à-dire cette année) au Cameroun ”. Alors on peut bien se gausser des partis politiques qui tiennent dans une cabine téléphonique.

Et toutes les polices de France et de Navarre à nos trousses

Au Cameroun en ce moment, non content de contrôler toute la société par les sectes, ils nous ont fabriqué un nouveau crime contre l’ Etat qui s’appelle l’insécurité pour amener Biya à durcir un régime que finalement ils trouvent un peu mou depuis 1984…Un de ces jours, c’est sûr et certain, nous aurons nos 800 morts (déjà 100 en février dernier on est bien parti). Mais en attendant, nos milliards financent ces sectes ou partent en fumée. Pendant qu’on assassine toute velléité d’alternance, les escadrons de la mort bousillent nos enfants, juste pour que le peuple se tienne tranquille.
Et on nous fait croire que les affaires reprennent au Cameroun. Quelles affaires pour un peuple qui vit au-dessous du seuil de la pauvreté ! Fini le semblant d’économie pénitentiaire baptisée “ informelle ” avec laquelle on a trompé les populations pendant un demi-siècle. Il n’y a plus rien. Ni eau ni électricité, ni routes ni logement sociaux. La spéculation immobilière bat son plein. Ni santé en l’an 2000 ni réforme de l’éducation. Ni Cameroon Air Lines, ni Intercity : on a oublié la Sotuc ! Que reste-il aujourd’hui du Cameroun ? Des vieux bus rafistolés et des ben skins ! “ N’est-il pas temps, de procéder à une répartition des ressources – ou ce qu’il en reste- par unités administratives selon une critériologie à définir ? se demandait Valentin Zinga dans un journal de la place. Au lieu de nous harceler nous et nos enfants, ceux et celles qui ont la moindre volonté de prendre des distances vis-à-vis de ce régime. C’est l’acharnement : on enlève les compteurs, on simule les vols intempestifs, on ressort les vieilles taupes du trou juste pour nous empêcher de survivre. Mais on survivra.

15.07.2008

Il pleure sur mon peuple

ade1bca059e6aad1790c573c22c35d25.jpg


Il pleure dans mon cœur comme il pleut sur la ville. Célèbre poème de Verlaine qui me value un quinze sur vingt jadis en dissertation, avec cette remarque : hors sujet ! En fait j’avais compris : il pleure dans mon cœur comme il pleut sur la vigne. Ce n’était pas encore le français facile et je me suis prise d’une folle passion pour une malheureuse feuille de vigne dont le destin était de subir les assauts interminables d’une goutte de pluie. Si je vous raconte cette histoire ce n’est ni pour vous parler de Douala sous la pluie au mois de juillet ni pour vous raconter Yaoundé pris dans l’orage et la tourmente d’aménagement de son Délégué du gouvernement. Simplement pour revenir à la charge à propos de ce projet d’Assemblée des Peuples camerounais. Récit des Termes de Référence.

De la Souveraineté nationale

Il était une fois, un pays nommé Cameroun. La situation de ce pays était celle de tous les pays africains. Décrite tant et tant de fois qu’on ne vous apprendra plus rien que vous ne sachiez déjà. Nos amis Sénégalais qui ont la bouche sucré ont résumé cela en disant tout simplement : le pays va mal. Ce constant est à la fois unanime et accablant. L’écrasante majorité des Camerounais en souffre quotidiennement et le déplore : moi, j’ai un marché de beignets installé devant ma porte… Ils ont décrit alors tous les secteurs de l’activité nationale et ils ont conclu que la situation est grave et préoccupante. Leur pays, mais le nôtre aussi, est en danger et son avenir hypothéqué. N’allez donc pas dire que nous exagérons quand nous, nous parlons d’une impasse totale et catastrophique.
La conception de nos « assisses nationale » se fait dans une démarche participative qui tente d’associer différentes composantes de la « nation ». C’est à partir des rencontres qui ont eu lieu sur les problèmes du pays et sur la nécessité de trouver des solutions que nous avons bâti un plaidoyer pour tous les secteurs de la vie nationale. C’est donc à la lumières de toutes ces expériences et expertises face à la crise globale et multiforme que traverse le pays, que nous proposerons la convocation de cette Assemblée des peuples, comme solution concertée, consensuelle, efficace et durable pour sortir de cette crise multidimensionnelle. Cela relève de notre souveraineté nationale.
Comme nos frères Sénégalais, notre objectif est de rassembler toutes les forces du pays (les forces vives au pouvoir et les forces alternatives de l’opposition), pour lui épargner des convulsions inutiles et ouvrir de meilleures perspectives pour le peuple. Ils ont parié sur
l’intelligence, la sagacité, l’expertise et la détermination des gens comme nous. Il n’y a rien là qui peut nous dépasser. Il s’agit d’investir de l’intelligence, c’est la chose la mieux partagée dans la république et qui a fait notre renommée ; de l’énergie, nos jeunes en ont à revendre pas seulement pour casser les biens « d’autrui » ; la volonté politique peut-être nous fait défaut aujourd’hui…C’est pour cela que nous avons appelé les femmes à la rescousse et du coup, ça prend le courage de sortir des sentiers battus pour faire la politique …autrement.

De l’Etat de droit

Nous l’avons dit la politique est une dimension de notre être au monde. Il ne s’agit donc pas pour nous de jouer à cache-cache avec le Pouvoir ni de raconter des histoires à dormir debout à notre peuple. L’assemblée des peuples ne sera ni une conférence nationale souveraine déguisée : l’opposant principal a été laminé : réduit à des interdictions médiatiques… ni une entreprise de subversion même si certains d’entre nous étions étiquetés subversifs à 20, 30 ans…et encore moins un complot puisque l’armée a été réduite aux marchés fictifs et que « les messieurs 10% » s’entretuent pour le partage des miettes qu’on leur jette ! « Honneur et fidélité » c’est du passé. Avec l’honneur perdu de…Katharina Blum, (vous connaissez ?) même la fidélité n’est plus que l’affaire des femmes.
Alors elles proposent que cette Assemblée des peuples soit un moment fort où la nation avec toutes ses composantes, renoue avec le dialogue. Une centaine d’organisations a été identifiées sur des milliers de structures : depuis les partis politiques, les associations de la société civile, et opérateurs économiques, les organisations syndicales des travailleurs, celle du monde rural ; toutes sortes de mouvements associatifs, des femmes aux sportifs ; les organisations professionnelles, les corps de métiers, les personnes âgées, les gens des Eglises, les mouvements des jeunes des élèves aux étudiants, en fait tout secteur organisé de notre vie nationale sans oublier les intellectuels de renom et autres personnalités sur une liste qui reste ouverte bien entendu.
Nous sommes un Etat dans lequel une seule personne a tous les droits. Nous voulons instituer un Etat dans lequel chaque Camerounais, chaque Camerounaise aura des droits inaliénables non seulement énoncés mais des droits garantis par l’institution d’un certain nombre de mécanismes qui fonctionnent. Pour le moment seul le président de la république s’est taillé une Constitution qui lui assure non seulement des droits- d’où il tire une puissance absolue…mais aussi une Constitution qui lui garantit l’impunité in vitam aeternam. Cela signifie que quelques soient les crimes politiques- comme les cent gosses assassinés récemment, les détournements économiques avérés ou l’absence de droits sociaux économiques : les gosses qui crèvent de paludisme ou de sida, des citoyens qui vivent comme des animaux : dans la m…tout le monde peut être accusé sauf le président de la république : il est (légalement) irresponsable ! Pas étonnant que nos deux cent leaders politiques rêvent tous de cette fonction et si chacun y met 40 ans, combien d’années nous faudra t-il pour sortir de cette sauvagerie ? Faites le compte.

Organisons une Société moderne et plurielle.

Cela a pris exactement 59 ans à la République populaire de Chine. Quand nous étions jeunes, la Chine de Mao c’était l’enfer sur terre pour les Occidentaux. Et bien évidemment nos maîtres colons nous fermèrent les portes de l’Orient pour nous protéger du communisme…Aujourd’hui non seulement les Chinois ont « envahis » l’ Afrique mais ils viennent d’organiser le plus grand happening sportif des temps modernes (le site officiel vaut le click) mieux, le président des Français jure la main sur le cœur qu’on ne pas faire ça aux Chinois et qu’il est de son devoir de gendarme de l’ Euro-peut-être de participer à l’ouverture des jeux Olympiques. Pour rien au monde il ne laisserait son auguste épouse aller le représenter. Cela ne lui vient même pas à l’esprit : trop dangereux les petits chinois : rien à voir avec les enfants de l’autre grand…Deby ! Comme lui a balancé l’enfant terrible de Mai 68, il est prêt à aller manger avec des baguettes pour vendre ses joujoux.
Sérieusement, nos enfants se posent la question de savoir si on ne devrait pas revenir à la fameuse, société sans Etat. Il parait que nos sociétés n’en étaient pas moins des entités politiques organisées. Voilà pourquoi la troisième séquence de cette Assemblée des Peuples peut être un moment crucial. A partir de nos quatre nations premières, organiser une cérémonie (de clôture ?) d’abolition des tribus. Bien entendu ses majestés font sauter au plafond. Il suffira de leur expliquer que nous voulons en réalité instituer un véritable contre-pouvoir au régime actuel en organisant quatre communautés humaines modernes dont ils auront la responsabilité non plus seulement culturelle -sur le plan folklorique- mais également la responsabilité de la gestion des ressources humaines, des richesses économiques et surtout la responsabilité de la gestion financière. Nous pensons qu’ils ne pourront résister à telle grande ambition pour leur pays bien aimé et pour les peuples sur lesquels ils pleurent tous les jours.

Marie Louise Eteki-Otabela

Toutes les notes