28.10.2008

La chronique du mardi 28-10-08


La femme invisible



otabela1.jpgIl est minuit passé. Je sors d’une émission de télévision qui a duré deux heures. Comme toujours je suis fatiguée mais surtout insatisfaite de n’avoir pas dit les mots justes, la phrase qui, peut-être vous aurait convaincu. Raconter ma vie, quel intérêt ? Il parait que ça fait people. Alors le journaliste-hôte s’en est donné à cœur joie : ses auditeurs on line aussi. Pas une seule femme ! Mais à la porte, un technicien me tend son portable : une auditrice qui veut absolument vous parler. Madame, je vous ai suivi du début à la fin, je partage entièrement vos positions : il faut absolument qu’on se voit.

Je donne mon adresse
Ce n’est pas compliqué. Tout le monde sait où me trouver à Douala. Mais c’est comme cette histoire d’un des plus magnifiques romans de la littérature nord-américaine, que rapporte Catherine Bastard à propos de l’élection américaine. Un jeune étudiant noir d’Alabama, le plus éminent de sa génération, se bat pour faire ses études, s’élever dans l’échelle sociale et atteindre le « rêve américain ». Mais avant de lui octroyer une telle position de pouvoir, il va être soumis à l’épreuve du feu. Une épreuve nommée « Bataille royale ». L’on exige de ce jeune qu’il lutte violemment contre d’autres Noirs, dans un pugilat féroce, qu’ils s’étripent et saignent à flots pour la jouissance d’un groupe de spectateurs blancs.
C’est le prix de son futur succès et, suggère l’auteur, le prix que doit payer tout homme noir dans la société nord-américaine : se soumettre à ce que veulent lui imposer les Blancs ou…devenir invisible. Tel est le destin final du protagoniste : il raconte son histoire depuis une cave secrète à New York, un souterrain dostoïevskien éclairé par 1367 ampoules allumées jour et nuit. Malgré une telle lumière, personne ne voit cet homme. Personne de le reconnaît. Personne n’accepte son droit à exister au-delà des stéréotypes.
Peut-être que le prix à payer quand on est une femme (noire), dans notre société, et que non seulement on dit faire la politique, mieux qu’on veut libérer son peuple, c’est devenir invisible : c'est-à-dire quoi que vous fassiez, on ne vous voit pas ! Vous vous présentez à une élection présidentielle, on refuse votre candidature pour que le peuple ne vous voit pas ! Vous voulez faire des meetings même dans votre village, on vous menace d’accident de voiture ! Vous battez campagne dans tout un département, un des plus peuplés du pays, on refuse de vous mettre sur la liste électorale pour que le peuple ne vote pas pour vous ! Vous réussissez à réunir l’opposition alternative dans un Front commun, on ne vous voit pas ! Vous organisez un contre-sommet France-Afrique, on vous traite juste « d’intellectuelle », d’accord, dans le journal « Le Monde » tout de même ! Vous réussissez même l’exploit de convaincre l’opposition institutionnelle de descendre dans la rue pendant ce Sommet mais on ferme les yeux très fort pour ne pas vous voir, parce qu’on ne veut pas vous voir : madame vous n’étiez pas au Carrefour Warda !

Soutenir une femme,
une prouesse difficile
Pour soutenir une femme – même dans la vie quotidienne-cela demande beaucoup de générosité : une prouesse difficile pour les hommes. Vous avez vu, cela a dépassé les Français. Même les Américains ont eu le choix facilité : un exploit déchirant ! Alors j’ai dit : mais demain, je ne serais plus là, il faut bien que cette lutte continue. Un mot terrible qui a marqué des femmes. Il paraît qu’elles n’ont retenu que ça sur deux heures de cette douce conversation, finalement. Et surtout la tranquillité avec laquelle j’aurai dit cela…
Alors venir me reprocher de vouloir faire carrière politique à 50 ans, - d’abord j’en ai dix de plus - à coup d’interviews et de petits articles (cela s’appelle les chroniques) dans la presse locale (!), c’est être un tantinet ratatiné quelque part… Le drame avec ces hommes-là c’est que parfois c’est jusqu’ au cerveau. Je ne suis pas satisfaite de ma réponse : je n’aurais pas voulu comparer mon invisibilité, entretenue, à celle du président Biya qui lui, a tout un pays, tous les moyens légaux et illégaux à sa disposition pour apparaître aux Camerounais. Il n’empêche qu’il n’a pas été élu président en 1982…qu’en 2004, il n’y a pas deux millions d’électeurs qui ont voté pour lui et que son Assemblée nationale actuelle a été mis en place avec un taux historique d’abstention. C’est une femme qui me disait en réaction à ces petits articles, en mars dernier, après les événements de février : vous avez tout dit ; une chose est sûre, nul ne peut cacher la lumière du soleil et on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps…
S’il y a 12 millions de femmes au Cameroun, je suis sûre qu’au moins six me soutiennent parce qu’elles savent que je défends leur cause depuis toujours et jusqu’à ce qu’elles libèrent ce pays et que par cette action héroïque, elles se libèrent d’une oppression millénaire. C’est cela être féministe. Nous avons contribué à mettre en place un TPI avec nos « ONG » et la question de la violence comme celle des droits des femmes y ont déjà connu des avancées même devant le refus de l’Etat camerounais de ratifier cette Charte. Nous nous battons depuis 1999, pour un salaire minimum social, à chaque femme citoyenne de ce pays, à chaque travailleur camerounais pour un SMS qui permette à chaque famille camerounaise de vivre au-dessus du seuil de la pauvreté, une pauvreté produite et entretenue…

Nos enfants sont sur face-book
Ce sont les anciens du collège de la Retraite ou de Vogt, du Lycée Leclerc, puis de Mont. Sur une population en âge de voter de 8 millions, 370 000 sont connectés au Cameroun. Si nous disons que les jeunes de 18 à 40 ans représentent 65% de ces fanatiques du Net, cela fait tout de même plus de deux millions. Lançons le sondage, ou si vous préférez un référendum sur le Net : juste cette question simple : oui ou non connaissez-vous madame…? C’est d’abord le dernier Salon où l’on cause, où l’on se montre, il faut qu’on vous voit : d’où le nom « Face book ».Certains ont été jusqu’à me proposer d’y être parmi leurs amies ! D’autres y sont non seulement avec leurs meilleures petites mais aussi avec leurs enfants (déjà!) ces bébés de 3 ou 4 ans qui surfent à l’aise ! Ils ne m’appellent pas seulement « mamaman » je suis aussi leur « lideur politique » ! « Nul doute que votre action rentrera dans l’Histoire » !
D’autres m’ont gratifiée de messages les plus émouvants sur mon blog, des milliers de visites chaque mois parce que : vous êtes la voix des sans voix : cela fait quand même pas mal de monde au Cameroun. Je sais désormais que j’aurai quelqu’un à qui m’adresser dans mes moments de détresse. Je suis de tout cœur avec vous et je vous soutiens dans vos entreprises. Allez de l’avant car nous avons besoin des personnes comme vous. Mme…qu’on ne présente plus car, étant une citoyenne engagé que l’on écoute avec intérêt et aime lire. Soyez tranquilles, nous avons l’équilibre physique et mental nous avons aussi la foi (!) qu’un jour ça va changer… nous ne voulons qu’une chose, que ce pays change et que chaque Camerounais …puisse trouver son compte. Pour moi, le bon Dieu est une femme. Je lutterai pour que les Camerounais et le monde entier vous connaisse, etc. etc.
Des centaines de déclaration d’amour…pour ce pays. Paul Ngallé vient d’éditer un livret percutant de quelques unes de ces réactions. Navrée pour ceux qui auraient voulu gardé l’anonymat, vieux réflexe certes compréhensible, des victimes de tout régime fasciste. Obama, c’est le jour J-7. Nous c’est deux jours après… Je veux voir ça de mon vivant : le peuple camerounais rassemblé, guidé par sa jeunesse, « ce jour de gloire…qui n’est plus loin, descendre, la main dans la main les allées flamboyantes de nos capitales en se tutoyant ».


21.10.2008

LA CHRONIQUE DU MARDI 21/10/08


Merci pour ce que vous faites.



eteki.jpgQu’est-ce que je fais au juste ? J’écris. Mais ça, ce n’est pas bien original. Le Cameroun compte parmi les pays africains qui ont produit de grands écrivains aussi bien en littérature que dans d’autres domaines même si le Nobel nous est passé sous le nez jusqu’ici. Je suis une femme qui écrit. Là non plus, rien de bien exceptionnel même si après avoir fait des pieds et des mains pour présenter mon premier manuscrit à Mongo Beti, après le coup d’Etat manqué de 1984, au plus dur de sa tourmente parisienne, il m’a posé la question suivante : comment peut-on être femme, mariée, avec enfants, vivant au Cameroun et prétendre écrire ? Je suis une femme qui écrit sur la politique. Là, ça commence à être intéressant, comme disent les Anglais. Mais alors, prétendre faire la politique après l’avoir pensé, c’est ça qui n’est pas très courant sous nos cieux. Je suis une femme qui pense la politique avant de la faire.

Penser la politique
La plupart de nos concitoyens se disent que pour faire la politique, il faut avoir de l’argent, que pour prendre le pouvoir il faut avoir une organisation au moins aussi puissante que le RDPC. C’est une conception de la politique. Il y en a d’autres. Dans ma tradition politique, l’argent a une odeur. Quand on a pillé tout un continent pendant des siècles, on fait partie des gens qui ont de l’argent. La plupart des grandes familles du monde développé aujourd’hui, ont trempé dans le pillage de l’Afrique. Certaines fortunes en Europe remontent au temps de l’esclavage : ils ont appelé ça le commerce triangulaire. Une histoire en trois “ D ” qui s’est poursuivie sous la colonisation avec force camps de concentration : dette, dollars et développement qui doit durer.
Une des marques de la noblesse occidentale fut de ne pas trop afficher cet argent “ sale ”. On était riche mais cela ne devait pas se savoir ni se montrer. On ne parlait pas d’argent à table…ni de religion et encore moins de politique chez les gens bien nés. Et puis vint la bourgeoisie, la grande, celle d’Amérique qui s’est enrichie sur le dos des nègres. Comme tous les nouveaux riches, elle, elle affichait ses signes extérieurs de richesse et n’avait pas honte de déclarer ses revenus ! Ce fût l’american way of life. Les Européens furent comme libérés du complexe de l’argent “ volé ”. Dès le moment où ils organisèrent l’économie pour pouvoir voler en toute légalité. Une des dernières inquisitions qui porta un coup aux lois sacrées du Marché fût…la prohibition. Elle a rapporté gros. Il semble que certaines fortunes présidentielles en Amérique lui doivent d’avoir dirigé les Etats-Unis. Ce ne sera pas le cas d’Obama.
Mais quand on est Africain, on ne prend pas le pouvoir : on vous le donne. Donc la question de l’argent n’aurait pas dû se poser chez nous. Nous n’en avons jamais vraiment eu. Nous avons toujours travaillé pour les autres. Ce que les Blancs nous laissent gérer – en termes de Budget national – c’est juste pour entretenir notre force de travail. Ecoutez, je n’invente rien là : c’est le B-A BA du marxisme ! Mais comme la noblesse de chez nous - eh oui, elle existe - a refusé de se salir les mains, il a bien fallu confier les Etats post-coloniaux aux gens qui n’avaient jamais vu le million de leur vie. Résultat, la plupart en perdent la raison et voilà comment on découvre aujourd’hui sous nos cieux, toute une race de forbans. Non, la politique n’a rien à voir avec l’argent. Non le pouvoir ce n’est pas confisquer un pays ou s’accaparer des biens qui ne vous appartiennent pas ! L’organisation qui produit cette “ mentalité ” a un nom : c’est la maffia.


Mobiliser les Camerounais
Pour mobiliser les gens, il faut d’abord une direction. C’est évident qu’une idéologie, ça ne se crée pas tous les jours. Parce que c’est compliqué. Elle doit concerner tous les aspects de la vie… Souvent ceux qui y sont arrivés ont consacré leur vie à cette recherche. Et encore, on découvre toujours que sur tel ou tel aspect, ils n’ont rien proposé. Jésus a oublié que l’amour du prochain devait commencer ici bas. Karl Marx n’a pas dit comment le prolétariat devait s’y prendre pour nous sortir du capitalisme, il a juste annoncé une crise qui devait se généraliser…prélude à la dictature du prolétariat. C’est depuis que même les femmes en sont revenues. Quant à Mahomet, c’est carrément in allah ! Qu’est-ce que vous croyez ? Quand on vous parle du Judéo-chrétien : ça date de plus de trois mille ans et toutes les politiques de la droite conservatrice, des extrémistes aux libérales y sont allées puiser leurs ficèles de génération en génération dans chaque pays. Il faudrait ici citer tous les “ isme ” du fascisme au…féminisme en passant par tous leurs sosies.
Ensuite, savoir pourquoi nous voulons mobiliser les Camerounais. Nous avons dit (et c’est écrit dans nos statuts) que nous voulons libérer les Camerounais de l’impérialisme étranger – à moins qu’Obama se fasse moins envahissant – du totalitarisme de l’Etat camerounais qui a tout confisqué dans ce pays depuis 50 ans et du tribalisme qui nous fixe au stade primaire, élémentaire de notre humanité. Les Camerounais sont pris dans ces trois carcans, il s’agit de les convaincre qu’il faut en sortir. Le capitalisme est par terre mais il ne vient à l’idée de personne que nous avons, pour en avoir été “ écarté ” depuis des siècles, peut-être aussi des propositions à faire dans la production, et la répartition des richesses du monde, puisque la plupart de ces richesses sortent de chez nous.
Comment s’y prendre enfin ? L’Europe et l’Amérique se concertent. Ils tentent d’entraîner la Chine dans le naufrage du Titanic. Le nom de l’Afrique n’est même pas prononcé. Nous les regardons en spectateurs…alors que c’est nos têtes qu’ils vont appuyer sous l’eau en premier. C’est peut-être l’occasion historique pour nous de secouer un joug millénaire. Trop, c’est trop. L’Afrique doit retirer ses billes. Et pourquoi le Cameroun ne prendrait pas la tête de ce sauvetage ? L’histoire du mariage de la carpe et du lapin, vous connaissez déjà ? Juliette Gréco a merveilleusement bien interprété ce petit poisson et ce petit oiseau qui s’aimaient d’amour tendre… mais comment s’y prendre quand on vit dans l’eau ou quand on est là haut ?

Proposer des solutions à nos problèmes
Voilà pourquoi nous avons proposé la tenue d’une Assemblée des Peuples pour nous sortir de ce cercle vicié. Comme vous le savez, nous n’avons ni pillé le peuple ni détourné des biens publics : “ distrait ”, serait plus…cool surtout quand il s’agit de la mère Françoise ! Nous ne sommes ni Bush ni roi de France. Là-bas, dès qu’ils annoncent une conférence, elle se tient aussitôt. Et nous, nous n’avons jamais demandé la tête de personne. Mais comme nous sommes au jour J-53, il s’agit simplement de savoir sur qui nous pouvons compter.
Parmi vos messages, Jean Pierre Djemba nous a félicités cette semaine “ pour l’excellent et courageux travail que vous faites à travers notamment vos écrits ”…Il a même ajouté “ merci encore pour tout ce que vous faites ”. Ce que j’essaie de faire relève de l’idéologie de la libération. Après avoir résisté pendant 50 ans à un régime politique, nous voulons être proactifs aujourd’hui et prendre nos distances vis-à-vis de tous les va-t-en guerre de quelque “ tribu ” que ce soit. Nous voulons redéfinir quel genre de relations avoir avec eux.
Cela s’appelle un nouveau statut politique. La Chine l’a fait : ils ont maudit la révolution culturelle mais aujourd’hui, ils sont tous devant sa porte. Parce qu’elle s’est réveillée.

14.10.2008

LA CHRONIQUE DU MARDI 14/10/08

L’annonce du 6 novembre, on attend.

imagespeuple.jpgNous sommes au jour J-60. Le projet d’une Assemblée des Peuples a fait le tour du pays. Tout le monde est pour mais personne ne veut réellement en assumer la responsabilité devant l’Histoire. Mais demain, quelque soit le lieu ou la forme que mes compatriotes donneront à cet événement historique, qu’on ne dise pas comme d’habitude : encore elle ? Cette semaine j’ai appris qu’un Camerounais voulait être président d’une Cour internationale dont notre pays a refusé de ratifier la Charte et puis j’ai écouté un autre nous donner un cours d’économie qui n’avait rien à voir avec le pays réel, comme disent nos maîtres à penser, mais alors rien à voir avec l’économie réelle. Il faudrait qu’on en reparle ; au lieu que certains communicateurs nous invitent à participer à de faux débats : Rendez-vous à l’Assemblée des Peuples.

Kamto devant le Tribunal Pénal International

images.jpgNous avons dans la culture de ma famille, une tradition de table ouverte. Elle prend des formes différentes selon les générations…Et je me souviens avoir reçu Maurice Kamto à cette table, un soir, il accompagnait une amie, Géné. Généralement nous recevons à cette table « l’autre Cameroun ». Rien avoir avec les convictions politiques. Mon père y recevait les évêques de la très catholique Eglise romaine autant que les ministres… femmes du régime, essayant de me convaincre d’en être. Mais à cette compagnie, je préférais plutôt Cheik Anta Diop ou Mongo Beti : mes enfants ont pris le relais et cela s’appelle non plus déjeuner en ville mais Xpace-Club. Rassurez-vous, il y est toujours question de débattre de l’avenir du pays.
Voilà donc qu’à notre retour du Canada en 96, nous apprenons que Mr. Kamto est devenu un très honorable correspondant du côté de Ngoa. Comme vous savez, ce n’est pas un honneur accordé à n’importe quel porteur de parchemin : il faut présenter d’autres atouts…probablement. Comment donc un gosse en qui nous avions placé tant d’espoir se retrouve de ce côté-là à défendre l’infamie ? Le TPI est créé en juillet 1998.Quatre organisations camerounaises participent à la mise en place des textes constitutifs dont notre Conseil sur les Droits des Femmes (le CDF). Comme d’habitude, nos services de renseignements se sont organisés pour que nous ne puissions participer à la Conférence constitutive du 17 Juillet 1998.Or de 120 pays signataires de du statut de Rome contre l’impunité, il y a aujourd’hui* 139 signataires dont 106 ratifications. Notre pays n’a pas jugé utile en 10 ans de ratifier ce Traité.
Comment donc, le Cameroun peut se lever aujourd’hui et prétendre présenter un candidat à la présidence de ce Tribunal, fût –il, le professeur Kamto qui comme bien d’autres, a contribué brillamment à l’institutionnalisation de l’impunité dans notre pays ! Comme le rappelait un anonyme à l’occasion de son tortueux plaidoyer pour Biya dans l’affaire « des 9 de Bépanda »**, c’est l’histoire de l’huile et du vinaigre. De Gaule disait : essayez d’intégrer les deux, agitez la bouteille, au bout d’un moment, ils se séparent à nouveau sauf à faire jouer la reconnaissance du ventre au niveau de la justice internationale. Et là, le vrai et le faux ne peuvent pas toujours se mélanger, heureusement pour l’Humanité.

Ekoka Penda , l’expert qui venait de l’Ouest

C’est un peu le même son de cloche qu’est venu nous livrer l’ami Penda Ekoka l’autre soir sur le plateau de notre grise CRTV nationale comme l’autre qui devient nazi à la fin de la guerre. Un cours d’économie en bonne et due forme. On reconnaissait les chapitres, les grands « un » et les petits « a » de toute cette vaste mystification occidentale qui aujourd’hui se casse royalement la figure. On parle même de la fin du capitalisme. Alors que pour les rejetons de l’ oncle Tom comme les descendants de Reagan, l’Etat n’a jamais été une solution mais un problème ( pour nous non plus d’ailleurs mais pas pour le même problème), et l’ Eurogroupe des Etats vole au secours des banques et du système financier en faillite. Chez nous, c’est le calme plat : on continue à faire joujou, et à réciter la leçon.
D’accord quand on est expert financier faisant de l’économie, et qui plus est, « moderniste » depuis un moment, que voulez-vous qu’on raconte aux rares patriotes qui regardent encore cette chaîne de télévision nationale : il faut bien que l’on se positionne en réserve de la république de sa majesté, au cas où il faudrait colmater les trous et les postes vacants, laissés par l’Epervier au long cours. Il s’agit de rompre l’inertie institutionnelle. Le Cameroun est sous ajustement depuis 1988. Cela fait donc 20 ans que les Camerounais souffrent de la baisse des salaires, du chômage, de l’augmentation des impôts et de privation disait Abanda Kpama (en début d’année) de tous les services publics. Sauf la pression fiscale cette répression économique des entreprises citoyennes qui n’a pas arrêté d’augmenter.
Mais nous sommes quand même quelques uns encore à savoir que cette économie là ne nous concerne pas ou si peu…Habituellement, les plus honnêtes parlent de « marginalisation » de l’Afrique. Là où nous, nous n’avons pas arrêté de démontrer – depuis la mort de Karl Marx, (car même lui, nous a fait le coup des sociétés primitives allergiques à l’accumulation du Capital …) que nous sommes ici en plein apartheid économique : la richesse pour eux, la pauvreté pour nous et les vaches, les folles et les moins folles, sont bien gardées ! Aucun Etat réel au monde n’accepterait de garantir l’appauvrissement de son pays et de ses citoyens. Il n’y a qu’aux Africains que l’on demande ce genre de crime économique s’ils veulent assurer leurs arrières…Nous sommes de plus en plus nombreux à savoir que cette situation est liée à la nature de notre régime politique , à la façon dont nos économies sont articulées au système néolibéral qui est par terre aujourd’hui : autant dire qu’avec ce qui fut le libéralisme communautaire, nous, nous sommes morts et enterrés définitivement.

Rendez-vous à l’Assemblée des Peuples

Ni la doctrine néolibérale avec son explication justifiant le développement inégal, en fait séparé, ni la critique néo-marxisant avec son credo de la dépendance économique ne permettent de comprendre entièrement les transformations opérées dans la logique de
l’accumulation nous concernant au niveau international et par conséquent, elles ne peuvent en aucun cas, constituer une réponse au niveau de notre « économie » nationale. Il faudrait ici faire le procès et de l’économisme des néolibéraux africains et celui des archaïsmes de nos forces productives proposé par les nationalistes autant que les socio-démocrates camerounais.
Notre point de vue est que, le problème politique que pose la place des économies africaines dans le système international ne peut trouver de solution adéquate tant que développement ou dépendance repose entre les mains d’un Etat totalitaire, dès lors que du fait même de cette nature qui est la sienne, cet Etat postcolonial est posé comme « instance nécessaire et exclusive à la reproduction du système sociopolitique »***. Que les capitalistes reviennent à plus d’Etat aujourd’hui, devrait plutôt nous amener à nous demander si notre problème à nous n’est pas une alternative à cet- Etat-là comme à leur sacrosaint « Marché ».
Au lieu de nous fixer sur une réalité africaine telle qu’elle est advenue, ne serait-il pas possible de prendre en compte des forces sociales porteuses de transformations plus significatives dans la perspective des intérêts, et du devenir de l’humanité africaine. Comme je dis souvent,s’il est vrai que l’histoire est indépendante des volontés individuelles ou mêmes collectives, c’est peut-être quand même à ceux qui font profession de leur intelligence d’en préparer l’avènement. Rendez-vous est donc pris à l’Assemblée des Peuples camerounais.
notes
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* le dernier Moniteur n°36 ( le journal de la Coalition des ONG pour la Cour Pénale Internationale date mai-octobre 2008)
** Relire le journal « Sujet Tabou » n°023 de septembre 2001 pps 3 et.12
*** Rapports Etat-Société(civile) de Eteki-Otabela dans l Afrique des années 80, Codesria, 1988 ; pp : 71-103


http://mle.blogspirit.com Eteki Otabela Marie Louise mle_otabela@hotmail.com

07.10.2008

La chronique du mardi 7 Octobre 2008


Un nouveau gouvernement ne fera pas le printemps


Vous connaissez le proverbe français : une hirondelle ne fait pas le printemps ? J’ai envie d’expliquer aux nouveaux venus à la politique – ceux et celles qui n’en faisaient pas jusqu’ici, planqués dans la “ Société Civile ” – et qui découvrent tout d’un coup au soir de leur vie (privée et/ou professionnelle) que la politique c’est l’alpha et l’oméga de tout dans une communauté humaine. Ceux et celles que l’on envoie nous proposer govmt.jpgcomme grande trouvaille, un gouvernement de salut public, ils ne disent même pas cela : ils parlent de transition. Pour les professionnels de la politique africaine, les transitions c’est bien connu c’est un “ régime ” politique qui dure parfois 50 ans. J’ai envie de leur expliquer à eux et aux partisans des réformes, les ex- futurs de cette nouvelle Coalition, pourquoi un gouvernement de ne nous sortira pas de l’impasse actuelle. Genèse d’une erreur.

Se penser une destinée
1990. Le Peuple Camerounais descend dans la rue pour réclamer un nouveau régime politique. Je n’étais plus sur place. Contrainte à l’exil pour …20 ans de “ subversion ”. Mais du Canada, (tiens, comme Modeste) je bombarde dans le quotidien national, Le Devoir, un coup d’Etat électoral au Cameroun, le titre sera repris peu après par Ngayap dans la presse locale. Le seul projet politique alors sur la table, qui pensait notre destinée, datait de 1948 : d’une certaine Upc radicale…
Onze personnes sont arrêtées, dont l’ancien bâtonnier de l’Ordre des avocats, Me Yondo Black, pour avoir projeté la création d’un nouveau parti politique (en février). Elles seront jugées et condamnées à trois ans de prison. Le Sdf de John Fru Ndi organise une manifestation. Elle est réprimée par les forces de l’ordre et fait six morts. C’est le début du processus démocratique. L’Upc était sortie de la clandestinité. Grève générale, villes mortes et désobéissance civile. Nombreuses arrestations de journalistes, de leaders politiques. Douala, le port et principale ville économique est paralysée pendant des mois. Il paraît qu’ils ont perdu des milliards…Les gens qui disent que nous n’avons pas d’idéologie, font comme si on allait inventer la démocratie*.
Le Pouvoir cède et négocie avec l’Opposition politique (qui trahit les associations ?) des échéances électorales établies pour 1993. Ce sera finalement les élections anticipées de mars 1992. Soutenu par la France, Biya récupère une partie de l’Opposition, la sociale démocrate à l’Assemblée nationale et Bello à l’extrême droite, rentre au…gouvernement.

Une plate-forme commune
2003. Nous réussissons à faire apparaître les deux mouvances de l’Opposition camerounaise.
Ce n’est plus seulement des théories comme vous dites. C’est “ quelque chose que l’on peut voir et toucher, quelque chose qui parle et surtout quelque chose qui prend des initiatives et qui a agi ”**. Ce quelque chose c’est deux mouvements, deux organisations bien distinctes. D’abord en février 2003, le Front des Forces Alternatives. Un an de travail ensemble, un objectif : changer le régime politique au Cameroun ; des statuts, un fonctionnement démocratique : des présidents d’un mois (!) dont certains ont été jusqu’en France, négocier…faire connaître l’Organisation.
D’autres sont allés à Yaoundé convaincre l’honorable Ndam Njoya de démissionner de l’Assemblée de Biya, toute l’opposition se serait mise derrière lui…La réponse fût claire et nette : C’est le peuple du Noun qui m’a envoyé là, il ne comprendra pas que j’en parte dans l’intérêt national ! Et vous parlez d’une Assemblée nationale ? Ensuite, après que Biya ait dénoncé l’inertie dans son camp, il y a eu la Coalition en Octobre 2003 : la recherche d’un candidat unique, puis ses marches, ses scènes de ménage et…ses trahisons.
La réconciliation nationale devait se faire autour d’une plate-forme commune d’action à savoir : la Réforme de la Constitution (qu’ils viennent d’avoir…), une réforme des institutions en général et enfin ce qu’ils ont appelé les reformes pour une administration de développement (Code électoral, un code médiatique ?!). Pour y arriver ils préconisaient une fois de plus un programme commun de…gouvernement. Nous, pour arriver un jour à un Etat de droit, nous devions sortir de l’Etat totalitaire en limitant au moins les pouvoirs “ spéciaux ”du président, sortir des institutions de façade, en convoquant une assemblée nationale au service des intérêts de notre peuple pour voter un nouveau statut de nos populations dans le cadre des nations premières. Ils ont eu leur Constitution. Nous voulons notre Assemblée des Peuples.

Un projet : l’Assemblée des Peuples
2007- Le Peuple camerounais décide – plus ou moins contraint - de reprendre sa souveraineté par un taux d’abstention historique. La situation est tendue. Nous sommes au bord de l’implosion. Certains parlent de guerre civile. Trois mois après, les femmes camerounaises lancent le mot d’ordre de convocation d’une Assemblée Constituante. Cela fait un an que nous expliquons le bien fondé de cette initiative. Nous avons négocié que les chefs des Quatre premières nations prennent l’initiative d’une cérémonie d’abolition des tribus. La direction de notre plus vieux parti politique s’est dite intéressée à s’impliquer dans l’organisation. Ainsi que des composantes du mouvement syndical. La jeunesse camerounaise à travers le Net a pris le relais de la communication, avec des pétitions, des propositions qui vont jusqu’à vouloir sacrifier leur vie pour libérer leurs concitoyens : certains se sont probablement immolés dans la rue en février 2008, on ne le saura jamais…sans parler de l’engagement de la Diaspora.
A part ça, les intérêts égoïstes partisans c’est nous ! Le Front voulait un nouveau régime politique, une pensée politique basée sur une analyse systématique de ce que nous ne voulons plus. La Coalition voulait réformer le régime en place depuis 1960. Nos fameux fondamentaux, un projet politique articulé autour de trois axes : Souveraineté nationale sur le plan économique, Etat de droit sur le plan politique et Nouvelle organisation de notre Société. La Coalition ne proposait rien sur le plan économique, (le Régime est au service des intérêts étrangers en priorité et accessoirement des leurs propres au dire de l’Epervier !) et rien non plus sur le plan social puisqu’en réalité, il s’agit là de son fonds de commerce politique : ils pratiquent le misérabilisme.
RUE-CAMEROUN.jpgIl n’y a pas eu négociation à propos de leur nouvelle Constitution. Bien au contraire, ils ont contribué à institutionnaliser probablement une monarchie totalitaire. Et aujourd’hui, c’est nous, que l’on met en position de négocier l’Assemblée des Peuples là où leur intransigeance appellerait notre radicalisme. On nous ressort donc du placard un plat réchauffé et déjà servi tant de fois et dont les principaux épices sont : la haine des partis politiques (quand on n’a pas pu créer le sien !) la mythique CENI qui devra organiser des élections démocratiques, honnêtes et transparentes, bla, bla, bla ! Le tout orchestré par ce fameux gouvernement re-sorti, une troisième fois, du chapeau de quelques taupes, usées et abusées pour ne pas dire désabusées. Ils ont pris en otage quelques héritiers tombés sur la tête. Heureusement qu’est tout de même envisagée, l’éventualité de l’opposition des autorités néocoloniales à tout cela. Vous comprendrez-donc que certains d’entre nous s’en tiennent au Front pour préconiser un Cameroun parallèle avec une Assemblée des Peuples comme plate-forme institutionnelle d’action de notre souveraineté nationale.

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