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14.10.2008

LA CHRONIQUE DU MARDI 14/10/08

L’annonce du 6 novembre, on attend.

imagespeuple.jpgNous sommes au jour J-60. Le projet d’une Assemblée des Peuples a fait le tour du pays. Tout le monde est pour mais personne ne veut réellement en assumer la responsabilité devant l’Histoire. Mais demain, quelque soit le lieu ou la forme que mes compatriotes donneront à cet événement historique, qu’on ne dise pas comme d’habitude : encore elle ? Cette semaine j’ai appris qu’un Camerounais voulait être président d’une Cour internationale dont notre pays a refusé de ratifier la Charte et puis j’ai écouté un autre nous donner un cours d’économie qui n’avait rien à voir avec le pays réel, comme disent nos maîtres à penser, mais alors rien à voir avec l’économie réelle. Il faudrait qu’on en reparle ; au lieu que certains communicateurs nous invitent à participer à de faux débats : Rendez-vous à l’Assemblée des Peuples.

Kamto devant le Tribunal Pénal International

images.jpgNous avons dans la culture de ma famille, une tradition de table ouverte. Elle prend des formes différentes selon les générations…Et je me souviens avoir reçu Maurice Kamto à cette table, un soir, il accompagnait une amie, Géné. Généralement nous recevons à cette table « l’autre Cameroun ». Rien avoir avec les convictions politiques. Mon père y recevait les évêques de la très catholique Eglise romaine autant que les ministres… femmes du régime, essayant de me convaincre d’en être. Mais à cette compagnie, je préférais plutôt Cheik Anta Diop ou Mongo Beti : mes enfants ont pris le relais et cela s’appelle non plus déjeuner en ville mais Xpace-Club. Rassurez-vous, il y est toujours question de débattre de l’avenir du pays.
Voilà donc qu’à notre retour du Canada en 96, nous apprenons que Mr. Kamto est devenu un très honorable correspondant du côté de Ngoa. Comme vous savez, ce n’est pas un honneur accordé à n’importe quel porteur de parchemin : il faut présenter d’autres atouts…probablement. Comment donc un gosse en qui nous avions placé tant d’espoir se retrouve de ce côté-là à défendre l’infamie ? Le TPI est créé en juillet 1998.Quatre organisations camerounaises participent à la mise en place des textes constitutifs dont notre Conseil sur les Droits des Femmes (le CDF). Comme d’habitude, nos services de renseignements se sont organisés pour que nous ne puissions participer à la Conférence constitutive du 17 Juillet 1998.Or de 120 pays signataires de du statut de Rome contre l’impunité, il y a aujourd’hui* 139 signataires dont 106 ratifications. Notre pays n’a pas jugé utile en 10 ans de ratifier ce Traité.
Comment donc, le Cameroun peut se lever aujourd’hui et prétendre présenter un candidat à la présidence de ce Tribunal, fût –il, le professeur Kamto qui comme bien d’autres, a contribué brillamment à l’institutionnalisation de l’impunité dans notre pays ! Comme le rappelait un anonyme à l’occasion de son tortueux plaidoyer pour Biya dans l’affaire « des 9 de Bépanda »**, c’est l’histoire de l’huile et du vinaigre. De Gaule disait : essayez d’intégrer les deux, agitez la bouteille, au bout d’un moment, ils se séparent à nouveau sauf à faire jouer la reconnaissance du ventre au niveau de la justice internationale. Et là, le vrai et le faux ne peuvent pas toujours se mélanger, heureusement pour l’Humanité.

Ekoka Penda , l’expert qui venait de l’Ouest

C’est un peu le même son de cloche qu’est venu nous livrer l’ami Penda Ekoka l’autre soir sur le plateau de notre grise CRTV nationale comme l’autre qui devient nazi à la fin de la guerre. Un cours d’économie en bonne et due forme. On reconnaissait les chapitres, les grands « un » et les petits « a » de toute cette vaste mystification occidentale qui aujourd’hui se casse royalement la figure. On parle même de la fin du capitalisme. Alors que pour les rejetons de l’ oncle Tom comme les descendants de Reagan, l’Etat n’a jamais été une solution mais un problème ( pour nous non plus d’ailleurs mais pas pour le même problème), et l’ Eurogroupe des Etats vole au secours des banques et du système financier en faillite. Chez nous, c’est le calme plat : on continue à faire joujou, et à réciter la leçon.
D’accord quand on est expert financier faisant de l’économie, et qui plus est, « moderniste » depuis un moment, que voulez-vous qu’on raconte aux rares patriotes qui regardent encore cette chaîne de télévision nationale : il faut bien que l’on se positionne en réserve de la république de sa majesté, au cas où il faudrait colmater les trous et les postes vacants, laissés par l’Epervier au long cours. Il s’agit de rompre l’inertie institutionnelle. Le Cameroun est sous ajustement depuis 1988. Cela fait donc 20 ans que les Camerounais souffrent de la baisse des salaires, du chômage, de l’augmentation des impôts et de privation disait Abanda Kpama (en début d’année) de tous les services publics. Sauf la pression fiscale cette répression économique des entreprises citoyennes qui n’a pas arrêté d’augmenter.
Mais nous sommes quand même quelques uns encore à savoir que cette économie là ne nous concerne pas ou si peu…Habituellement, les plus honnêtes parlent de « marginalisation » de l’Afrique. Là où nous, nous n’avons pas arrêté de démontrer – depuis la mort de Karl Marx, (car même lui, nous a fait le coup des sociétés primitives allergiques à l’accumulation du Capital …) que nous sommes ici en plein apartheid économique : la richesse pour eux, la pauvreté pour nous et les vaches, les folles et les moins folles, sont bien gardées ! Aucun Etat réel au monde n’accepterait de garantir l’appauvrissement de son pays et de ses citoyens. Il n’y a qu’aux Africains que l’on demande ce genre de crime économique s’ils veulent assurer leurs arrières…Nous sommes de plus en plus nombreux à savoir que cette situation est liée à la nature de notre régime politique , à la façon dont nos économies sont articulées au système néolibéral qui est par terre aujourd’hui : autant dire qu’avec ce qui fut le libéralisme communautaire, nous, nous sommes morts et enterrés définitivement.

Rendez-vous à l’Assemblée des Peuples

Ni la doctrine néolibérale avec son explication justifiant le développement inégal, en fait séparé, ni la critique néo-marxisant avec son credo de la dépendance économique ne permettent de comprendre entièrement les transformations opérées dans la logique de
l’accumulation nous concernant au niveau international et par conséquent, elles ne peuvent en aucun cas, constituer une réponse au niveau de notre « économie » nationale. Il faudrait ici faire le procès et de l’économisme des néolibéraux africains et celui des archaïsmes de nos forces productives proposé par les nationalistes autant que les socio-démocrates camerounais.
Notre point de vue est que, le problème politique que pose la place des économies africaines dans le système international ne peut trouver de solution adéquate tant que développement ou dépendance repose entre les mains d’un Etat totalitaire, dès lors que du fait même de cette nature qui est la sienne, cet Etat postcolonial est posé comme « instance nécessaire et exclusive à la reproduction du système sociopolitique »***. Que les capitalistes reviennent à plus d’Etat aujourd’hui, devrait plutôt nous amener à nous demander si notre problème à nous n’est pas une alternative à cet- Etat-là comme à leur sacrosaint « Marché ».
Au lieu de nous fixer sur une réalité africaine telle qu’elle est advenue, ne serait-il pas possible de prendre en compte des forces sociales porteuses de transformations plus significatives dans la perspective des intérêts, et du devenir de l’humanité africaine. Comme je dis souvent,s’il est vrai que l’histoire est indépendante des volontés individuelles ou mêmes collectives, c’est peut-être quand même à ceux qui font profession de leur intelligence d’en préparer l’avènement. Rendez-vous est donc pris à l’Assemblée des Peuples camerounais.
notes
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* le dernier Moniteur n°36 ( le journal de la Coalition des ONG pour la Cour Pénale Internationale date mai-octobre 2008)
** Relire le journal « Sujet Tabou » n°023 de septembre 2001 pps 3 et.12
*** Rapports Etat-Société(civile) de Eteki-Otabela dans l Afrique des années 80, Codesria, 1988 ; pp : 71-103


http://mle.blogspirit.com Eteki Otabela Marie Louise mle_otabela@hotmail.com

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