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07.10.2008

La chronique du mardi 7 Octobre 2008


Un nouveau gouvernement ne fera pas le printemps


Vous connaissez le proverbe français : une hirondelle ne fait pas le printemps ? J’ai envie d’expliquer aux nouveaux venus à la politique – ceux et celles qui n’en faisaient pas jusqu’ici, planqués dans la “ Société Civile ” – et qui découvrent tout d’un coup au soir de leur vie (privée et/ou professionnelle) que la politique c’est l’alpha et l’oméga de tout dans une communauté humaine. Ceux et celles que l’on envoie nous proposer govmt.jpgcomme grande trouvaille, un gouvernement de salut public, ils ne disent même pas cela : ils parlent de transition. Pour les professionnels de la politique africaine, les transitions c’est bien connu c’est un “ régime ” politique qui dure parfois 50 ans. J’ai envie de leur expliquer à eux et aux partisans des réformes, les ex- futurs de cette nouvelle Coalition, pourquoi un gouvernement de ne nous sortira pas de l’impasse actuelle. Genèse d’une erreur.

Se penser une destinée
1990. Le Peuple Camerounais descend dans la rue pour réclamer un nouveau régime politique. Je n’étais plus sur place. Contrainte à l’exil pour …20 ans de “ subversion ”. Mais du Canada, (tiens, comme Modeste) je bombarde dans le quotidien national, Le Devoir, un coup d’Etat électoral au Cameroun, le titre sera repris peu après par Ngayap dans la presse locale. Le seul projet politique alors sur la table, qui pensait notre destinée, datait de 1948 : d’une certaine Upc radicale…
Onze personnes sont arrêtées, dont l’ancien bâtonnier de l’Ordre des avocats, Me Yondo Black, pour avoir projeté la création d’un nouveau parti politique (en février). Elles seront jugées et condamnées à trois ans de prison. Le Sdf de John Fru Ndi organise une manifestation. Elle est réprimée par les forces de l’ordre et fait six morts. C’est le début du processus démocratique. L’Upc était sortie de la clandestinité. Grève générale, villes mortes et désobéissance civile. Nombreuses arrestations de journalistes, de leaders politiques. Douala, le port et principale ville économique est paralysée pendant des mois. Il paraît qu’ils ont perdu des milliards…Les gens qui disent que nous n’avons pas d’idéologie, font comme si on allait inventer la démocratie*.
Le Pouvoir cède et négocie avec l’Opposition politique (qui trahit les associations ?) des échéances électorales établies pour 1993. Ce sera finalement les élections anticipées de mars 1992. Soutenu par la France, Biya récupère une partie de l’Opposition, la sociale démocrate à l’Assemblée nationale et Bello à l’extrême droite, rentre au…gouvernement.

Une plate-forme commune
2003. Nous réussissons à faire apparaître les deux mouvances de l’Opposition camerounaise.
Ce n’est plus seulement des théories comme vous dites. C’est “ quelque chose que l’on peut voir et toucher, quelque chose qui parle et surtout quelque chose qui prend des initiatives et qui a agi ”**. Ce quelque chose c’est deux mouvements, deux organisations bien distinctes. D’abord en février 2003, le Front des Forces Alternatives. Un an de travail ensemble, un objectif : changer le régime politique au Cameroun ; des statuts, un fonctionnement démocratique : des présidents d’un mois (!) dont certains ont été jusqu’en France, négocier…faire connaître l’Organisation.
D’autres sont allés à Yaoundé convaincre l’honorable Ndam Njoya de démissionner de l’Assemblée de Biya, toute l’opposition se serait mise derrière lui…La réponse fût claire et nette : C’est le peuple du Noun qui m’a envoyé là, il ne comprendra pas que j’en parte dans l’intérêt national ! Et vous parlez d’une Assemblée nationale ? Ensuite, après que Biya ait dénoncé l’inertie dans son camp, il y a eu la Coalition en Octobre 2003 : la recherche d’un candidat unique, puis ses marches, ses scènes de ménage et…ses trahisons.
La réconciliation nationale devait se faire autour d’une plate-forme commune d’action à savoir : la Réforme de la Constitution (qu’ils viennent d’avoir…), une réforme des institutions en général et enfin ce qu’ils ont appelé les reformes pour une administration de développement (Code électoral, un code médiatique ?!). Pour y arriver ils préconisaient une fois de plus un programme commun de…gouvernement. Nous, pour arriver un jour à un Etat de droit, nous devions sortir de l’Etat totalitaire en limitant au moins les pouvoirs “ spéciaux ”du président, sortir des institutions de façade, en convoquant une assemblée nationale au service des intérêts de notre peuple pour voter un nouveau statut de nos populations dans le cadre des nations premières. Ils ont eu leur Constitution. Nous voulons notre Assemblée des Peuples.

Un projet : l’Assemblée des Peuples
2007- Le Peuple camerounais décide – plus ou moins contraint - de reprendre sa souveraineté par un taux d’abstention historique. La situation est tendue. Nous sommes au bord de l’implosion. Certains parlent de guerre civile. Trois mois après, les femmes camerounaises lancent le mot d’ordre de convocation d’une Assemblée Constituante. Cela fait un an que nous expliquons le bien fondé de cette initiative. Nous avons négocié que les chefs des Quatre premières nations prennent l’initiative d’une cérémonie d’abolition des tribus. La direction de notre plus vieux parti politique s’est dite intéressée à s’impliquer dans l’organisation. Ainsi que des composantes du mouvement syndical. La jeunesse camerounaise à travers le Net a pris le relais de la communication, avec des pétitions, des propositions qui vont jusqu’à vouloir sacrifier leur vie pour libérer leurs concitoyens : certains se sont probablement immolés dans la rue en février 2008, on ne le saura jamais…sans parler de l’engagement de la Diaspora.
A part ça, les intérêts égoïstes partisans c’est nous ! Le Front voulait un nouveau régime politique, une pensée politique basée sur une analyse systématique de ce que nous ne voulons plus. La Coalition voulait réformer le régime en place depuis 1960. Nos fameux fondamentaux, un projet politique articulé autour de trois axes : Souveraineté nationale sur le plan économique, Etat de droit sur le plan politique et Nouvelle organisation de notre Société. La Coalition ne proposait rien sur le plan économique, (le Régime est au service des intérêts étrangers en priorité et accessoirement des leurs propres au dire de l’Epervier !) et rien non plus sur le plan social puisqu’en réalité, il s’agit là de son fonds de commerce politique : ils pratiquent le misérabilisme.
RUE-CAMEROUN.jpgIl n’y a pas eu négociation à propos de leur nouvelle Constitution. Bien au contraire, ils ont contribué à institutionnaliser probablement une monarchie totalitaire. Et aujourd’hui, c’est nous, que l’on met en position de négocier l’Assemblée des Peuples là où leur intransigeance appellerait notre radicalisme. On nous ressort donc du placard un plat réchauffé et déjà servi tant de fois et dont les principaux épices sont : la haine des partis politiques (quand on n’a pas pu créer le sien !) la mythique CENI qui devra organiser des élections démocratiques, honnêtes et transparentes, bla, bla, bla ! Le tout orchestré par ce fameux gouvernement re-sorti, une troisième fois, du chapeau de quelques taupes, usées et abusées pour ne pas dire désabusées. Ils ont pris en otage quelques héritiers tombés sur la tête. Heureusement qu’est tout de même envisagée, l’éventualité de l’opposition des autorités néocoloniales à tout cela. Vous comprendrez-donc que certains d’entre nous s’en tiennent au Front pour préconiser un Cameroun parallèle avec une Assemblée des Peuples comme plate-forme institutionnelle d’action de notre souveraineté nationale.

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