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29.07.2008
J'autorise l' ONU

Nous trouverons des techniques pour éviter le chantage. Nous sommes actuellement une multitude de faibles; n'oublions pas qu'une multitude de faibles réunie peut vaincre une grande force surtout si elle est de Satan. Face au manichéisme du monde, le mal fait des horreurs, se pavane et le bien fini toujours par l'écraser. Notre cause est juste parce que nous refusons tout simplement de mourir debout. Ce n'est pas aujourd'hui qu'ils nous tuerons car ils nous ont tué depuis longtemps. Nous allons trouver des techniques pour éviter la corruption… Continuez à croire que nous réussirons. C’est un Jeune Camerounais, Raphaël T. Il m’écrivait il y a une semaine à propos de l’Assemblée des Peuples et il terminait son message en me disant : merci maman !
Des techniques pour éviter le chantage à l’ordre public
Comme vous le savez l’ordre public a une bien curieuse signification au Cameroun. Si vous touchez soit aux intérêts français, soit au régime politique, vous tombez sous le coup de troubles à l’ordre public et parmi les « mesures légales » et les moyens légaux qui s’imposent alors , les autorités administratives ont le pouvoir de suspendre les libertés fondamentales ( !) , circulation des personnes et des biens, d’ arrêter les personnes et les biens, de requérir les forces de police et de gendarmerie, d’emprisonner (mesures de garde à vue de 15 jours renouvelables…) et surtout le droit d’utiliser les armes seulement si on leur tire dessus en premier : allez donc expliquer qu’aucun de nos enfants n’était armé et par conséquent ne pouvait tirer sur les policiers ! Pire, il fut un temps où entrer par effraction (vol) dans l’enceinte portuaire (territoire français au Cameroun ? !) était puni de peine de mort. Mais ça la loi de 90 ne l’évoque même pas…
Alors il nous est revenu en mémoire ce texte d’Abel Eyinga, expliquant en trois raisons l’attitude singulière de l’ONU dans l’affaire camerounaise : le revers que la France venait d’essuyer au Togo- en essayant d’organiser une véritable élection-, l’arrivée au pouvoir du Général De Gaulle dont l’un des objectifs était la reconstruction de la grandeur de la France…et comment l’ ONU abandonna les Camerounais à la vindicte française : ils seront massacrés par milliers et ça n’a pas arrêté depuis 50 ans. Or l’Accord de tutelle stipulait en son article 5 que : l’autorité chargée de l’administration pourra…procéder, le moment venu, aux consultations appropriées, en vue de permettre aux populations locales de se prononcer librement sur leur régime politique et atteindre les fins ( de développement et d’administration) définies par l’article 76 de la Charte des Nations Unies.
Il est dit expressément dans cet article que l’une des raisons d’être du régime de tutelle c’est « favoriser l’évolution progressive des populations vers la capacité à s’administrer elles-mêmes (c'est-à-dire l’indépendance) compte tenu des aspirations librement exprimées des populations intéressées » Ces aspirations ne pouvaient être clairement inventoriées qu’à l’occasion de consultations électorales libres et loyales. Or l’administration coloniale française ne se caractérisait guère par l’organisation de telles consultations ; d’où la nécessité d’un contrôle. Le gouvernement français avait lui-même reconnu qu’il revenait aux Nations Unies d’assurer ce contrôle. Voilà pourquoi, un demi-siècle après nos termes de référence pour une assemblée des peuples camerounais commencent par : j’autorise l’ONU…
Des techniques pour éviter la corruption
C’est donc parce que les Occidentaux portent une lourde responsabilité dans l’institution de l’Etat au Cameroun que nous pensons qu’il faut replacer ce projet d’assemblée sous l’égide de l’Organisation des Nations Unies. Mais il faut rappeler également ici que dans les années 50, il ne s’agissait déjà plus des seuls intérêts français au Cameroun. L’Amérique nous refusa la démocratie et préféra promouvoir le « développement d’abord » dans les pays africains. Dès lors se met en place une sorte d’idéologie du développement : à travers des décennies de concepts (tel celui de mise au travail ou encore celui de l’aide ) de programmes, d’agences publiques et privées, et surtout une production effrénée de projets qui se déclinent aujourd’hui dans des ONG de… développement pour nous aider à supporter le non développement.
Nous n’avons donc pas oublié que l’impérialisme s’oppose méthodiquement au développement de nos pays, les spécialisant dans la production et l’exportation des produits primaires, conservant jalousement la maîtrise des technologies et des produits essentiels et prenant prétexte de l’endettement du tiers-monde pour lui imposer, via le FMI et la Banque Mondiale, des politiques d’austérité draconienne, les fameux PAS. Le développement n’est alors qu’une procédure de maintien du statu quo à l’échelle internationale qui passe par l’extension des rapports pervers de production. Ce n’est pas une question de dignité comme le prétend un drôle de texte que nous avons reçu cette semaine : « Nos politiciens ont démontré leur incapacité à nous donner ce dont nous avions besoin pour vivre comme des personnes dignes... ». Par contre ce sont « les européens qui ont compris en mettant en notre disposition de moyens financiers qui nous permettraient si nous nous mettions au travail…de montrer aux yeux du monde que nous sommes des travailleurs, que nous sommes prêts à nous mettre au travail … Levons nous et mettons nous au travail » !
Discours de mise au travail, d’aide au développement, les Occidentaux ont reconnu eux-mêmes la bêtise, l’échec de ces politiques. Puis ils ont tenté de refiler le bébé aux chefs d’Etat africains avec le fameux NEPAD… et maintenant ce sont nos apprentis politiciennes qui proposent de nous sauver avec « le PACDEV » (le Pacte Africain pour le Développement) parce que les fonds ne transiteront plus par leur canal. Alors nous avons dû réaffirmer avec force dans nos termes de référence que : la corruption n’est ni une question de dignité, ni une question de moralisation des mœurs politiques : c’est la façon dont nos économies nationales sont impliquées dans le mode de production néo-impérialiste aujourd’hui. Voilà pourquoi les véritables solutions économiques à nos problèmes passent par le : j’autorise l’ONU…
Des techniques pour ne pas tomber dans le piège du tribalisme
Ce sera certainement un des débats les plus houleux de l’Assemblée des Peuples camerounais. Comment arriver à un projet de loi interdisant le tribalisme, faudra-t-il abolir les tribus ? Deux thèses s’affrontent ici : d’une part, les tribus sont une réalité ; à preuve, chaque Camerounais se sent d’abord d’une tribu et toute notre vie nationale est organisée depuis plus d’un siècle sur la base ethnique. D’autre part, les ethnies ont une histoire ; cela signifie qu’elles ont été fabriquées à des fins de domination et comme nous sommes socialisés à l’ethnie dès notre tendre enfance, il devient absolument impensable pour nos concitoyens que l’on puisse en sortir un jour. Nous aurons donc nos deux cent pétitions…
Pourtant nous savons que le gestion française du Cameroun après la seconde guerre mondiale était basée sur un certain nombre de principes racistes qui avaient été explicités dans le programme politique du parti nazi au pouvoir en Afrique du Sud dans le cadre de la politique raciale dite « d’apartheid » après l’échec des nazis en Allemagne en 1944 (Kum’à Ndumbè, 1973) : « une organisation administrative du territoire sur la base ethnique pour mettre fin au processus de détribalisation » : les tribus détruites devaient être reconstituées ! C’est à partir de cette politique de fixation des tribus que va se concevoir toute la politique camerounaise : d’abord celle de l’impérialisme français, puis celle de l’Etat camerounais. Là aussi, nous sommes bien obligés pour en finir avec le tribalisme de sortir de nos tribus et de dire chacun de nous : j’autorise l’ONU…
Marie Louise Eteki-Otabela
13:11 Publié dans chronique du mardi | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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Opération "100 femmes au parlement", le combat continue.
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