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17.06.2008

CRHONIQUE DU MARDI 17/06/2008: Si le Sénégal l'a fait...

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Si le Sénégal l’a fait, le Cameroun peut le faire. Il ne s’agit pas de football ici mais de politique. La vraie. Celle que l’on dit que nous sommes incapables de faire. Depuis les premiers jours de la colonisation (scientifique et politique) les dominateurs et leurs descendances ont toujours prétendu que nos sociétés sont apolitiques parce qu’elles ne sont pas capables de trouver en elles-mêmes le dynamisme nécessaire à leur propre remise en cause et donc à leur propre épanouissement. Cela s’est passé le1er Juin dernier, les Sénégalais ont tenu des assises nationales qui feront date dans l’histoire de la démocratisation des Etats africains. Procès d’une idée.

Vends-moi l’idée

Annoncées en novembre 2007, l’opposition sénégalaise critiquée comme toutes les oppositions africaines, est cependant à l’initiative de ce projet. Un regroupement d’une quarantaine de partis politiques d’opposition avaient annoncé leur désir d’y participer. Une fois le processus engagé, ces partis (de l’opposition parlementaire et non parlementaire) n’ont plus agi que comme membres parmi les organisations patronales et religieuses, les associations de la Société civile et de défense des droits de l’homme, les syndicats et des personnalités de tous horizons. Parmi ces derniers, Amadou Maakhtar Mbow, ancien ministre de Senghor ( !) et ancien Directeur Général de l’Unesco ( présidait la séance d’ouverture) tout comme le célèbre auteur de l’Aventure ambiguë, Cheikh Hamidou Kane. Au total plus de 80 organisations, un millier de personnes à l’ouverture : donc, un succès !
L’objectif était de faire le point sur la situation politique, économique et sociale du pays ; et faire des propositions pour l’avenir…Les participants avaient beau répéter que cette instance de dialogue (à prétention institutionnelle) n’était en aucun cas dirigé contre le président Wade, qu’ils ont appelé même à participer, pour Wade, ce n’était rien d’autre qu’une tentative de le renverser illégalement. La direction du Pds (parti au Pouvoir) a donc convoqué parallèlement à ces assises, un Comité directeur élargie (aux organisations de femmes et des jeunes…) pour dénoncer une tentative de déstabilisation du pays. Les responsables du Parti et des membres du gouvernement ont déclaré que c’étaient les vaincus de l’an 2000 qui voulaient en réalité organiser une insurrection mais que les Sénégalais qui ont plébiscité le candidat Wade, n’accordent aucune importance à ces assises qui sont loin de leurs préoccupations de l’heure.
Qui jurerait qu’il ne s’agit pas du Cameroun ? A trois différences près : les personnalités au Pouvoir au Sénégal n’ont pas parlé d’apprentis-sorciers, eux ; il y a déjà eu alternance au Sénégal entre les socialistes et les libéraux ; il y a eu réellement une insurrection en février dernier au Cameroun avec une centaine de morts à la carte… Quand en 2003, nous avons été voire Grégoire Owona- sur les Conseils de certains milieux diplomatiques qui voulaient financer notre projet d’assises similaires- le Secrétaire Général du RDPC, nous a répondu : « pour une fois que vous avez un projet positif, vendez-moi l’idée » !

Cheik Anta Diop m’ a confié

Cheik Anta Diop m’a confié lors de son dernier passage au Cameroun (sa dernière conférence publique au Palais de Congrès à Yaoundé avant de mourir quelques semaines après) que la première fois qu’il a entendu un africain parler de l’indépendance de son pays c’était un Camerounais: un certain Ruben Um Nyobè! Alors comment se fait-il que cinq décennies après, les Sénégalais nous font la leçon ? Ils ont eu de grands hommes de culture et nous, des hommes politiques forts…
Senghor a été un des rares présidents africains à se retirer démocratiquement du pouvoir en 1981. Il restera un immortel aussi pour ce geste. La démocratie est peut-être d’abord une question de culture, de culture politique avant d’être une démarche politique. « Ce qui est le plus important à retenir de Cheikh Anta Diop est la manière dont il a su montrer à toutes les populations du monde que la barbarie que l’on qualifié sur ce continent de grands hommes n’est point codifié ; par contre il a toujours été un grand artisan de la lutte pour la revalorisation des valeurs africaines et la restauration de cette histoire tant soumise à des ambigüités très diverses. Mais je voudrais simplement que les Sénégalais comprennent que Senghor a été un pur produit de l’Occident et c’est par ce biais qu’il a continué la colonisation mais indirectement. Nous sénégalais avions raté le départ, pour le développement mais bon, peut être qu’en continuant à étudier les théories de Cheikh Anta nous aurons une idée du développent fulgurant » disait un Sénégalais*.
Je pense que la tenue de ces assises nationales, restera comme un moment fulgurant dans l’histoire du Continent africain. Ce n’est pas une consolation de savoir que : ce n’est qu’en 1870-1871, avec l’expérience révolutionnaire de la Commune (de Paris) qu’arrive à son dénouement historique tout ce qui, en 1789, n’était qu’à l’état de germe et qui avait était préparé bien avant par le siècle des Lumières. C'est-à-dire plus de 81 ans après.

Vous allez encore dire que je me vante

Les Camerounais doivent savoir que le discours du régime qui consiste toujours à tenter de dévaloriser, de discréditer et même d’opposer une certaine classe politique (l’opposition non- parlementaire : tous ces intellectuels qui ne parlent que devant leurs ordinateurs, dans des bureaux climatisés !) à la Société civile, plus courageuse… ( on ne les a pas vu dans la rue en février dernier !) relève moins de la lutte des classes que de ce que Gramsci appelle l’hégémonie. Dans l’opposition Société politique , Société Civile, le révolutionnaire italien est plutôt du côté de la Société Civile, mais dans la primauté de la masse sur les politiques, il s’agit de faire ressortir ce qui relève de la domination idéologique et qui créé une conscience aliénée dans les classes opprimées. La priorité de la lutte se situe donc sur le plan idéologique non (de pousser les masses) dans la rue !
Tant que nous n’aurons pas inscrit nos façons d’être, nos façons de vivre et donc nos façons de faire la politique dans notre réalité sociale, la poussée spontanée, due aux facteurs économiques, sera freinée, bloquée provisoirement brisée par les « armes légales » en fait, par l’idéologie « traditionnelle ». Il n’y a pas d’hégémonie possible sans l’éclatement de la Société politique et sans l’éclatement de la Société Civile. Cela signifie que nous ne sortirons pas de ce régime politique avec les seuls partis d’opposition qui préconisent la rupture. Nous avons aussi besoin d’une (partie de la) Société Civile qui est prête à signer l’indien devant un Pouvoir experte en manipulation de la volonté collective.
Quand nous parlons pour la première fois du 8 mars au Cameroun en 1984, personne ne pouvait savoir que 24 ans après, les femmes camerounaises seraient des millions à descendre dans la rue. Pourtant ce sont les mêmes associations de femmes (et de jeunes) –de la Société Civile que le Pouvoir va mobiliser contre nos initiatives chaque fois qu’elles apparaissent comme menaçant l’ordre établi…Depuis le Contre-sommet France –Afrique, le Front des Forces Alternatives, Le CRI des femmes, l’Opération 100 femmes au Parlement, notre campagne électorale sur le terrain dans la Lékié-Ouest en Juillet 2007. Aujourd’hui nous voulons juste convoquer et tenir cette Assemblée du Peuple Camerounais, à partir de notre classe politique et notre Société Civile. Alors vous signez cette pétition, où…nous devenons tous Sénégalais !
Marie Louise Eteki-Otabela
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*(Diop Doro Mamadou) à propos d’un merveilleux article de Boubacar Boris Diop sur l’apport réciproque des ces deux hommes de culture à leur Peuple : « LE SENEGAL ENTRE CHEIKH ANTA DIOP ET SENGHOR » .

11:45 Publié dans chronique du mardi | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

Commentaires

belle initiative mais nous voulons plus d'engagement pour les femmes

Ecrit par : Rabiatou | 18.06.2008

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