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25.03.2008
Le terrible malentendu

Dans sa dernière sortie, le président des français a évoqué les « intérêts vitaux » de la France. et toute la presse a glissé sur ce concept sous prétexte du « flou » qui l’entourait dans son discours. Ses analystes nous assurant que ce flou était volontaire et les critiques préférant s’étendre sur l’aspect militaire et belliqueux de ses propos : « tous ceux qui menaceraient de s’en prendre à nos intérêts vitaux s’exposeraient à une riposte sévère, entrainant des dommages inacceptables pour eux, hors de proportions de leurs objectifs ». Sécurité de l’Europe et ajustement du nucléaire français obligent, nous a-t-on expliqué. Certains ont même été jusqu’à préciser que cette déclaration de guerre ne visait personne ni aucun Etat (sauf l’Iran) en particulier ! Jamais un homme politique a proféré de telles menaces en temps de paix, a fait remarqué un…anti-sarkozyste. Mais une centaine d’enfants viennent d’être tués sous nos yeux au Cameroun. Etait-ce pour protéger les intérêts vitaux de la France ?
Nous sommes en guerre.
La terrible dissuasion à la camerounaise
Quand Nicolas Sarkozy dit que la dissuasion française doit rester strictement défensive, les présidents africains comprennent qu’il faut prendre les devants : Biya nous impose un parlement par décret ! Quand il dit que des choix seront faits…pour que la politique de défense soit la plus utile, la plus pertinente, au service d’une grande ambition pour la France et pour l’Europe, nos présidents ne voient pas qu’il n’est pas question de l’ Afrique là-dedans : mais Biya comprend que si la France le choisit, il pourra réaliser ses grandes ambitions d’ici 20 ans ! Quand il dit que les intérêts de la France n’ont pas de frontières… Les présidents africains démarrent la chasse à l’homme et Biya sort les moyens légaux…pour que force reste à la loi : la loi d’un parlement par décret ! Quand le président français parle du terrorisme de masse qui empêche les occidentaux d’aller chercher les matières premières des autres, les présidents africains entendent qu’il faut leur laisser l’accès libre à nos matières premières : d’abord qu’est-ce qu’on en ferait si non ? demande Bongo. Biya tire sur sa jeunesse, Déby sort ses rebelles : 100 morts au Cameroun, 200 au Tchad, 600 en Algérie, en Côte d’Ivoire, etc. Les intérêts français : c’est au moins jusqu’en néo-colonie. L’engin a une portée de 8000 km !
Alors me revient cette image de la passation de pouvoir entre Giscard d’ Estaing et François Mitterrand descendant l’escalier pour prendre contrôle de l’arme nucléaire : la carte de l’Afrique affichée au mur juste avant qu’il entame la première marche…
L’ordre public au Cameroun c’est la défense des intérêts vitaux de la France. Alors il y a eu des arrestations en masse. Tous ceux qui ont échappés aux moyens légaux vont être passibles d’une justice aveugle qui réinvente une responsabilité collective, de jugements expéditifs et des condamnations à la peine capitale. Cent morts dites-vous ? C’est ne pas compter avec les armes légales : nous sommes tous présumés coupables au Cameroun. Et la machine concentrationnaire
refonctionne à plein tube…C’est ça la dissuasion à la Camerounaise.
La terrible riposte du docteur Folamour
Tout le Cameroun a donc été remis sous état de siège depuis cette fameuse semaine de février : tous les réseaux de renseignement et des nombreuses polices politiques ont été réactivés. Tous les enfants de Papa Foch sont réapparus avec leurs faux airs d’appariteurs musclés qui vous veulent du bien. Installant des fliquettes dans tout établissement public. L’opération épervier qui devait nous permettre de moins mendier les visas, de moins demander l’aumône de la France a été rangée aux oubliettes et les commissariats et autres Palais de « justice » ont retrouvé leur statut de camp de concentration en plein jour ! C’est « le désespoir dépassé par l’horreur » : Docteur Folamour tropicalisé.
Quand nous réclamons une Assemblée Constituante :est-ce que nous nous méprenons sur la délimitation des intérêts vitaux de la France dont le président déclare défendre avec détermination son existence en tant qu’Etat-nation? Quand nous revendiquons notre souveraineté nationale est-ce une atteinte aux intérêts vitaux de la France qui elle-même est jalouse du libre exercice de notre souveraineté ? Quand nous voulons sortir des tribus pour que notre humanité s’inscrive enfin dans notre réalité sociale, n’est-ce pas à partir des éléments constitutifs de notre identité qui ont permis à Monsieur Sarkozy d’être élu président des français?
Mais non, on nous dit que nous avons tort de prendre les effets d’annonce du président Sarkozy au premier degré. Pourtant après nous avoir insultés à Dakar, le président français voulant se raccrocher aux branches après sa déculottée aux élections municipales a prouvé que « l’homme africain » était définitivement figé : Houphouët avait demandé la tête de Jean-Pierre Cot, cette fois Bongo reçoit celle de Bockel. Et après ça, on nous dira qu’à l’UMP(1), ils ne sont pas racistes. Ils n’avaient qu’à voter Rama Yade ! C’est encore un anti-Sarkozy qui a trouvé la bonne explication. On ne peut pas mépriser les gens à ce point –là et prétendre leur tendre la main.
Le terrible sous-marin jaune, yellow submarine (2)
Les Camerounais doivent savoir qu’il existe des techniques totalitaires de destruction de nos libertés et de nos droits, de destruction de nos entreprises et de nos capacités d’agir, de destruction de notre identité personnelle et de notre sens moral. L’une de ces techniques, c’est l’art de la suggestion : quand Hitler disait qui me débarrassera jamais de ses « bandes de jeunes » (3), Himler le nettoyeur en chef comprenait qu’il fallait exécuter tous les « délinquants attirés par la possibilité de pillages » (4). C’est au moins 60% de notre population ! Une autre technique totalitaire qui a prouvé son efficacité c’est le traitement des « politiques ». D’abord leur identité : qui sont-ils ? Ils ne sont rien. Ils n’ont pas fait d’études, n’ont pas les mêmes diplômes que Biya, ne sont sortis d’aucune grande école, ne se réclament d’aucune idéologie, leurs partis même tiennent dans une cabine téléphonique, n’ont pas de statut - sauf un, celui de « l’Opposant principal » - bref, se sont des apprentis-sorciers ! Ensuite comment et en quoi font-ils la politique ? Ils sont tapis « dans l’ombre », puis qu’ils n’ont bénéficié d’aucun décret, faisant d’eux des « hommes politiques ». Ils « instrumentalisent » c’est le mot à la mode- la grève des transporteurs « à des fins politiques » tout de même ! Quant aux femmes , assignées encore il y a quelque temps à l’apolitisme, comment pourraient-elles faire de la politique ? Elles ont « boudé » le pagne ce 8 mars…le jour de la « fête » de la femme ! Si on a fermé Equinox, les radios c’est parce que les promoteurs n’étaient pas en règle… non pas parce qu’ils ont ouvert la Grande Tribune à certains leaders politiques…Enfin, il s’agit de ramener la lutte contre ce régime politique à « un conflit social ».Bien évidemment les seuls personnes qui font de la politique au Cameroun ce sont les militants du RDPC, parti au Pouvoir, Parti-Etat. Le président oublie que son administration a légalisé plus de 200 partis politiques ! Mais hors du RDPC, point de politique : on fait du social ! Alors ce discours débile est repris en cœur par la population : on n’a pas vu les hommes politiques quand le « petit peuple » est descendu dans la rue ! Les opposants sont absents, on ne vous entend plus ! On ne vous voit pas, etc…Le plus drôle ça a été justement l’opposant principal accusé par Biya d’avoir manipulé les bandes de jeunes, il s’en est défendu, puis s’est avisé que son statut risquait de lui échapper (pris par Nitcheu) , s’est rétracté pour finalement demander audience à Biya, tout en portant plainte à ses ministres !
Ce serait pour un French Kiss ou mieux, le baiser de l’araignée, que ça ne nous surprendrait pas !
Marie Louise Eteki-Otabela
------------------- mle_otabela@hotmail.com; http://mle.blogspirit.com
1- Le parti politique du président français
2- la célèbre chanson des Beatles
3- 3et 4- le dernier discours du président Biya sur les émeutes de février 2008.
12:55 Publié dans chronique du mardi | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
20.03.2008
Vous l'aurez cherché

Je pensais que nous étions dans le cadre de cette chronique entre gens de bonne compagnie. Que lorsqu’il nous arrive de nous référer à la nature du régime politique du Cameroun, nous savons de quoi nous parlons et de ce fait, que nous sommes quelques uns à savoir ce que nous combattons. Quand nous disons « le système totalitaire » nous entendons un certain nombre de valeurs universelles et de principes qui fondent tout pouvoir mais qui nous sont déniés depuis des siècles. Quand nous parlons de « pratique totalitaire » nous faisons appel à une expérience de vie que nous partageons avec des millions de personnes depuis près de 50 ans, ceux que l’on appelle « le peuple » et dont le destin est de subir- non pas que nous nous désintéressons de leur sort –(lutte de classes oblige) parce que l’extraordinaire est qu’ils sont abolis, dissous dans la représentation de l’Etat : je ne connais pas un seul Camerounais, et même une seule Camerounaise, qui ne se définit pas par rapport à Biya ! Ce que je dis, c’est que j’ai vu ce peuple apparaître en face de ce pouvoir. Cette fameuse semaine de février noir ( !) ce n’était ni « le vent d’Est »…ni les chaises musicales libérées pour des tribus en quête de leader charismatique. Mais Tienanmen (1) en plein Douala simplement.
Il y eut un matin
« ça » a commencé comment ? Ne comptez pas sur moi pour vous redonner le fil des évènements : on vous a déjà décrit tout ça en long et en large et sous toutes les couleurs. Dommage d’ailleurs qu’on ne puisse les décliner en nos deux cent langues. C’est pour le coup que le film de ces journées aurait pris une dimension épique. Laissons ce travail aux artistes et autres historiens de la nation future. C’est en fait un certain Um Nyobè qui a commencé par parler de totalitarisme. C’était en 1949 ! En voulant mettre les Camerounais en garde, il rappelait à feu Soppo Priso que : l’engouement des Camerounais vis-à-vis de la Jeucafra(2) était juste une occasion de manifester publiquement notre attachement pour la liberté ( et non pour la France) et contre le Totalitarisme . Cela nous a été rapporté par un américain (noir) du nom de Richard Joseph en 1986 ! Donc dix ans avant l’indépendance, le père du nationalisme camerounais savait déjà que nous n’aurons ni l’indépendance nationale, ni la démocratie, ni même le progrès social.
Puis ils ont camouflé tout cela comme ils ont pu : tiens, à coup de mesurettes. Qui a dit que l’histoire ne se répète pas ! Déclaration (d’indépendance) : vous aurez votre drapeau national (vert, rouge et jaune comme tout le monde !), votre armée : très important l’armée comment aurions-pu nous en passer…, et surtout, surtout, votre hymne national! Pour le reste, il faut voir venir. Sauf qu’au bout de 50 ans, nous, ne voyons toujours rien.
Cinquante ans de terreur. C’est un Français (3) cette fois qui racontait à Mongo Beti que « le Cameroun est ce pays d’Afrique noir où (exception faites des affreux génocides du Nigéria, du Congo-ex-belge et on ajouterait aujourd’hui, le Rwanda), nulle part, tant de sang n’a coulé, depuis le déclenchement « en chaine » des indépendances africaines. Des dizaines, des centaines de milliers de morts depuis 1960, du fait des rébellions continuelles, de leurs sanglantes répression, (…) La rébellion, noyée dans le sang, dix fois écrasée, dix fois renaissante »!
Il y eut un soir
Je faisais une communication sur le fameux processus de démocratisation dans un Congrès d’ Entraide Missionnaire au Canada en 1992 quand à la pose, une religieuse est venue me dire à voix basse : « c’est extraordinaire le travail que vous faites sur le Cameroun, mais savez-vous qu’au Gabon c’est pire…Il y a un livre qui est sorti sur ces prisons là-bas, vous devriez vous le procurer ». Je n’ai toujours pas lu ce livre sur les camps de la mort de Bongo, mais je sais maintenant que le totalitarisme existe dans tous les pays africains et qu’il faut au moins trois types de négociation pour en sortir.
Nous devons renégocier les Accords de Coopération. Bagbo l’a tenté en Côte d’Ivoire…Ils lui ont balancé une guerre civile pour cause d’Ivoirité. Mais Sarkozy sait qu’on n’en fera pas l’économie au Cameroun. Aucun de nos problèmes économiques (ni les fondamentaux ni ceux posés par les émeutiers) ne peut trouver de solutions par le genre de mesures ponctuelles et conjoncturelles qui peuvent avoir effet dans une Nation souveraine, qui maîtrise ses richesses, sa production et assure la redistribution au moins équilibrée entre les patrons et les travailleurs. Ce n’est pas le cas dans nos pays parce qu’y sont détruites des millions d’entreprises d’africains comme nous le vivons au Cameroun pendant qu’une seule entreprise étrangère arrive à faire 6 milliards par jour dans la seule ville de Douala…Biya n’a aucun pouvoir de tenir même ces petits engagements : les Patrons sont sceptiques, a titré un journal …Il peut juste se débarrasser d’une partie de l’armée…en envoyant 119 parachutistes se faire tuer en Centrafrique. Cela nous donnera peut-être les Accords de Douala.
Nous devons instituer un Etat de droit au Cameroun. On ne peut pas nous tromper aujourd’hui avec juste une Plate-forme électorale (que l’Opposition démocratique a même réussi à obtenir au Tchad…). L’Opposition institutionnelle de Biya a déposé un projet de CENI depuis 15 ans, ils n’ont pas arraché la moindre virgule ! Alors de quoi s’agit-il aujourd’hui : on pense qu’on va calmer le jeu par un tête à tête Biya-Fruh Ndi ? Est-ce que l’on instaure un véritable processus de démocratisation par un tête à tête ! Nous avons proposé qu’une autorité supra- nationale convoque une Assemblée Constituante avec tous les acteurs socio- politiques du Cameroun parce que dans leurs pays comme hors de chez eux, les africains n’ont aucun droit ; ils n’ont le droit de protection d’aucun gouvernement au monde et constituent, hier comme ce fameux février dernier, la lie de l’humanité : qu’il s’agisse d’un opposant tchadien ou de jeunes manifestants camerounais, nos morts à nous, ne comptent pas et on ne les compte pas !
Nous devons réorganiser une nouvelle Société au Cameroun et nous avons proposé que les quatre autorités traditionnelles qui ont encore un semblant de légitimité, assistées d’une autorité morale et religieuse procèdent à la mise en œuvre d’une Assemblée des Premières Nations non seulement pour mettre fin à la guerre des tribus mais surtout pour débloquer notre humanité parce que tous les Etats africains postcoloniaux appliquent systématiquement sur leurs populations les techniques d’anéantissement mises au point dans les camps d’extermination, des mécanismes de destruction de l’identité personnelle des gens.
Les Camerounais ne sont pas un camp de réfugiés pour nous assurer un minimum de riz, d’eau, de ciment, etc…en attendant le règlement du conflit !
Et Biya vit que l’affaire était compliquée…
C’est donc une histoire qui ne peut pas se résoudre sur un simple mouvement de la tête… Banalisez ces émeutes, minimisez cette insurrection tant que vous voulez si ça vous permet de survivre. Si le problème est toujours là, ça ne change pas grand-chose. On ne peut pas s’en sortir avec quelques bonnes intentions ni en rachetant l’opposant principal. Depuis un demi-siècle, nous combattons la désolation dans laquelle a sombré tout un continent, tout un peuple exclu du reste de l’humanité : on appelle cela la « marginalisation » de l’Afrique…La corruption n’en est qu’un indice, l’indice d’une tragédie humaine.
Nous sommes encore quelques uns à continuer la lutte contre ces régimes politiques parce qu’ils sont porteurs d’une démence qui se saisit de temps en temps d’une partie de notre population, quand elle décide d’éliminer, d’exterminer l’autre partie ; l’horreur qui en découle au cours d’affrontements comme ce qui s’est esquissé cette semaine de février : c'est-à-dire la violence à l’état pur.
Pour la grande majorité des Camerounais, réduire une telle fissure, une secousse de ce genre à une simple question de manipulation, est une grosse blague au regard du cauchemar de nos vies. Nous tenons cette chronique depuis dix semaines, vous n’avez pas idée du nombre de SOS que nous avons reçus ainsi que des vœux en retour au char des dieux, des cinq continents !
-------------------- Marie Louise Eteki-Otabela
mle_otabela@hotmail.com
http://mle.blogspirit.com
1- Cette place célèbre en Chine où l’image de ce jeune étudiant affrontant –seul les chars du régime – les mains nues, a fait le tour du monde le 4 mai 1989.
2- Jeucafra : Jeunesse Camerounaise Française, premier mouvement politique camerounais autorisé par le pouvoir colonial en 1938 et dirigé par Paul Soppo Priso.
3- Charles Van de Lanoitte, cité par Mongo Beti , 1977/1984 : 247-248
20:50 Publié dans chronique du mardi | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
11.03.2008
Quelque chose s'est passée

Après les évènements dramatiques et violents de février 2008 au Cameroun, tout a été dit et le contraire de tout…Mais rien n’a été résolu ! Peut-être n’y avait-il rien à résoudre, comme certains dans les allées du pouvoir s’évertuaient à le faire croire ! Ils n’en menaient pourtant pas large ces messieurs du RDPC et consort : les ministres avaient perdu la voix, le président était complètement enroué ; il a à peine pu sortir un son de 2 minutes. Qui a autorisé les hommes en armes de tirer sur les enfants ! Ils s’en sont donné à cœur joie. Le pouvoir se délègue, la responsabilité jamais. Nous avons l’obligation de tirer un bilan précis et de définir les responsabilités. Nous ne sommes pas tous responsables comme nous avons coutume de le dire pour noyer le poisson. Mieux, nous devons donner une réponse valable à la jeunesse et au pays. Et ce n’est pas la kyrielle de petites mesures énoncées en catastrophe à la suite d’un (rare) conseil de ministres non garanties d’ailleurs, qui en tiendront lieu. Quelque chose s’est passée. Il faut en prendre toute la mesure.
- Le pouvoir se délègue, la responsabilité jamais
Au Cameroun rien n’est jamais simple et très souvent l’embrouille tient lieu de talent politique. Tenez, rien que les acteurs en présence :
- un Etat-fiction moribond mais tueur
- un parti-Etat – le RDPC- qui implose et dont les complots se multiplient…
- une armée dépenaillée et incontrôlable, mais qui traque l’ennemi intérieur même au sein de son propre corps : on ne compte plus le nombre de clans souvent minés par la corruption et les trafics divers ;
- une opposition fabriquée sur mesure par le Pouvoir mais régulièrement disqualifiée
- une population surexploitée, affamée et exsangue, une jeunesse sans avenir.
A partir de ce cocktail tout peut arriver et les sociologues et autres analystes peuvent toujours causer de tout, et de rien, sur les causes principales de cette crise : les casseurs se retrouvent parmi tous ces acteurs et tous expriment un raz-le bol de nôtre société. La cause est donc dite mais a-t-elle été entendue ? Il faut croire, que l’on soit vert, blanc ou jaune, Tchadien, Camerounais ou Français, le problème des humains reste toujours existentiel. Peut-on se développer si l’on n’est pas, si l’existence précède l’essence comme disait Sartre ? Il est évident que la volonté de développement reste illusoire en Afrique tant que les Nations et les Etats n’existent pas. Ceci signifie un territoire défini et reconnu, sur lequel vivent des citoyens libres et indépendants –souverains- ayant choisi tout aussi librement de vivre ensemble ; une nation souveraine, régie par des lois et des règles constituées par eux-mêmes – la Constitution- dans un Etat de droit, entendu non pas seulement comme un corpus de lois mais surtout qui a la loi comme fondement de toute action.
Or ce qui est apparu avec ces « émeutes de la faim » c’est : un pays abandonné à lui-même …mais ça ce n’est pas nouveau. Un Etat illégitime mais répressif : s’il n’y avait rien de bien méchant, pourquoi avoir sorti l’artillerie de guerre ? Une nation uniformisée dans la misère : de tous les coins du pays ce « mouvement insurrectionnel » * est apparu presqu’en même temps : si certains Redépécistes ont tenté de dire que les allogènes ont cassé à Douala, ou à Yaoundé, qui a cassé à Bafoussam ou à Bamenda ? Un Peuple devenu son propre ennemi : on croyait qu’en démocratie « apaisée » l’armée était grassement entretenue pour protéger la Nation contre l’ennemi extérieur ! Un Pouvoir enfin, à bout de souffle : le moment de panique passé, on essaie après coup de faire croire que le discours de Biya n’était pas le discours de Biya ! On nous ressort même la thèse du vrai faux coup d’Etat : un classique du genre. Nos fameuses constitutions donnent tous les pouvoirs au président de la république. Or le pouvoir se délègue, la responsabilité jamais !
- Des « mesurettes » en guise de réponse
Les différents soubresauts (crise) qui secouent les pseudo-Etats africains périodiquement augurent un prochain accouchement. Les ruptures dont on parle sont déjà là, et la poche des eaux a déjà tout lâché, le bébé crie, gigote et veut tout casser pour passer. Le Cameroun, ni aucune ancienne colonie africaine ne peut faire l’économie d’une rupture que d’aucuns appellent révolution. En essayant de passer au forceps, on prend le risque de tuer le bébé.
Le scénario est réglé d’avance dans tous les pays du continent quand le peuple a décidé d’ en finir avec un régime politique. Les apprentis- penseurs du RDPC vont jusqu’à parler d’un complot (Grégoire Owona) : d’abord leur chef nous traite d’apprentis- sorciers et eux viennent maintenant, pour essayer d’atténuer l’insulte, parler de « certaines personnes qui auraient saisi l’opportunité de la grève des transporteurs…pour obtenir la chute du régime ».
Alors il faut rappeler à Fame Ndongo que nous étions 60 leaders des partis politiques et des associations à prendre l’engagement, sereinement un 13 mars 2003 de changer le régime politique du Cameroun. C’est à croire qu’il est interdit dans notre pays de changer de régime politique. Ils laissent entendre que l’on peut changer une Constitution qui ne convient plus…à une personne mais pas un régime qui ne sert plus 20 millions de personnes. Car si au bout de 50 ans d’un régime politique qui a mené notre pays à la ruine, la seule proposition est de continuer… « Œuvrons tous au progrès du Cameroun dans la paix et la démocratie apaisée » démocratie apaisée signifiant maintenant « expression des idées antagonistes dans le respect des normes républicaines », ce serait tout de même le comble de la bêtise.
Alors on va chercher l’argument Massu : la fameuse crise économique décrétée « sans précédent » depuis 1985 parce qu’à l’heure de la mondialisation, on ne peut plus voire l’œil de Moscou dans notre contestation de ce régime politique ; par contre, on nous accuse de « marginalisation des préoccupations économiques et sociales au profit des préoccupations bassement politiciennes » ! D’abord Monsieur le professeur, si l’on parle de « marginalisation de l’Afrique », j’aurai mieux compris si vous nous aviez accusés de « marginaliser » les préoccupations économiques des Camerounais ! Ensuite les Camerounais doivent savoir que si nous voulons sortir de ce régime, c’est justement parce qu’il est aujourd’hui évident pour tout le monde (aussi bien les représentants des pays « amis » que la jeunesse camerounaise) qu’avec votre gestion catastrophique des ressources de ce pays, vous ne pouvez plus rien faire pour améliorer les conditions de vie de vos compatriotes ; vous ne pouvez même pas assurer un Salaire Minimum Social à chaque travailleur comme la Conseil économique et social des Nations-Unies vous l’exige depuis 1999.Votre régime a institué la corruption généralisée comme mode de gestion économique aux fins de destruction de notre force de travail, de nos capacités d’agir et institutionnalisé de cet fait l’immoralité comme seule perspective pour toute une jeunesse. Vous avez réussi l’exploit de faire croire à la jeunesse de notre pays que le Mal est bien ! Laissez comme ça.
Mais quelque chose s’est passée cette fameuse semaine. Laissez-moi vous dire en quoi elle restera mémorable dans l’histoire du mouvement de libération de notre Peuple : vous avez reçu un carton rouge !
Marie Louise Eteki-Otabela
mle_otabela@hotmail.com
http://mle.blogspirit.com
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(*)Notez bien que cette appellation est du prof. Fame Ndongo
Dans le Messager du vendredi 7 mars 2008 : p.6
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06.03.2008
MANIFESTE pour une Assemblée Constituante

Crise politique au Cameroun, dérive totalitaire du RDPC, absence de crédibilité des leaders du mouvement social, autant de symptômes qui poussent certains à parler de l’échec des leaders politiques, d’autres à accuser comme d’habitude l’Opposition Camerounaise d’être absente. Je crois au rôle fondamental des partis politiques dans la vie démocratique, et je pense que ces constats, quelle que soit la portée qu’on leur donne, ne peuvent, en l’état actuel des choses, que nous engager dans la voie de la violence, de la guerre civile et même celle d’un génocide puisqu’il est programmé aussi dans un pays comme le notre depuis bien longtemps.
Le jeu politique est, en effet, perverti par des institutions nationales et internationales bien peu démocratiques, mais bien utiles à une mondialisation qui broie les nations et les peuples, détruit leur droit à disposer d’eux-mêmes comme le prouve les massacres quotidiens des Palestiniens ou le non respect de l’abstention record du Peuple Camerounais aux élections de Juillet 2007. Aujourd’hui, la priorité est de remettre en cause les règles de ce jeu pervers, de dépasser les cadres figés et moribond d’une situation sans autre perspective que l’aggravation des difficultés politiques et sociales.
La seule source de légitimité d’un pouvoir qui se veut démocratique est la volonté populaire. Réaffirmer cette évidence contre un régime qui la méprise de plus en plus passe par la tenue d’une Assemblée Constituante au Cameroun. Ce texte est le deuxième appel à se rassembler pour cet objectif.
L’état des lieux : combien de morts ?
Au cours des vingt cinq dernières années, la vie politique dans notre pays n’a cessé de dériver d’un fascisme dur –en chéchia - vers un autoritarisme mou que les fondés de pouvoir de ce système ont qualifié abusivement de démocratie « apaisée », la préoccupation fondamentale restant le conformisme à la mondialisation.
Pour sa part, le Parti au pouvoir au Cameroun depuis 1962, malgré quelques replâtrages, s’est montré incapable de s’opposer aussi faiblement que ce soit à la logique des intérêts financiers occidentaux qui dominent le monde, et fournissent même les cadres dirigeants « socialistes » : le directeur général de l’OMC et celui du FMI. C’est l’origine de la vie chère dans notre pays également. On ne saura jamais combien de morts elle vient de faire en quelques jours. Mais c’est ainsi que l’on a toujours interprété toutes les crises politiques en Afrique : les émeutes de la faim !
Bien sûr, des tendances critiques existent au sein du mouvement de résistance à cette logique d’appauvrissement implacable. Mais leur nature minoritaire et surtout leur incapacité à la rupture permettent aux dirigeants des pays comme le nôtre de maintenir tranquillement le statut quo tout en prétendant rassembler. Le RDPC rassemble qui exactement dans le peuple camerounais ?
Bien sûr aussi, d’autres partis professent un discours plus social ou plus progressiste. Mais, là encore, leur faiblesse relative les fait apparaître à leurs propres yeux comme des aiguillons du parti au pouvoir, à ceux des dirigeants patriotes comme des alibis et des forces d’appoint. Quel rapport de force, quel aiguillonnement, peuvent-ils d’ailleurs représenter dès alors qu’ils ont été obligé de faire allégeance aux institutions qui détruisent notre Peuple, ne le faisant apparaître que comme délinquants et apprentis sorciers .
Sur ces décombres, ces « ruines » multipliées, comme dit Monsieur Biya, l’urgence de reconstruire une Nation souveraine, un Etat de droit, une Nouvelle Société, avec la représentation politique des classes dominées est une impérieuse nécessité. Cependant, afin de sortir de l’impasse que représente ces trois réalités : une crise politique, une logique d’apartheid économique et une société délabrée moralement et physiquement, il nous faut une pensée, une Assemblée Constituante, et des moyens. Pourquoi pas les 25 milliards américains du MCC qui viennent de passer sous le nez de la bonne gouvernance ?
La pensée
La reconstruction de la pensée constitue la véritable priorité, l’enjeu qui conditionne tous les autres. Or, devant les obstacles dressés par l’idéologie dominante et ses instruments de propagande, toute véritable critique a du mal à trouver audience. Elle est « tapie dans l’ombre » comme dit Monsieur Biya. La vassalisation des esprits est très forte comme toujours dans les phases de crise aiguë, comme au temps où La Boétie écrivait son Discours de la servitude volontaire. Ils ont donc fermé télévision et radios… parce qu’il ne faut pas nous entendre. Il ne faut pas que le peuple nous voit !
Aucune action politique de reconstruction ne peut se faire sans la définition des oppositions fondamentales. C’est le préalable à la refondation du nécessaire jeu démocratique. De même, il y a deux siècles, il n’aurait pu y avoir de Révolution française sans les philosophes de la renaissance, puis des Lumières. Et la clarification de l’essentiel s’est faite sur la définition nette des lignes de rupture. Nous sommes quelques uns de ce point de vue, à avoir amené une contribution remarquable et remarquée, sous d’autres cieux...
Bien sûr, de nos jours, tous les citoyens camerounais sont des opposants. Mais nombre d’entre eux ont été pollués, intoxiqués par les dérives des dirigeants au pouvoir. C’est ainsi que sans aucun confort intellectuel, ils tentent d’utiliser les résultats de notre travail et en habiller leur pauvre rhétorique. L’important, c’est que nous ayons réussi à faire sortir le lion de sa tanière. Il a réapparu cette fois encore pour nous menacer non plus avec les armes légales* mais avec « les moyens légaux ». L’armée assiège le pays. Comme disait un vieux lion à Cuba ces jours-ci : les idées n’ont pas besoin d’armes.
S’opposer à la pensée dominante n’est pas une attitude extrémiste, mais tout simplement le jeu naturel de la démocratie, celle qui doit nous permettre de défendre les instruments de vie en société. Les émeutes qui viennent de paralyser le Cameroun pendant une semaine ont montré que, même sous un régime totalement fermé, la réponse populaire est parfaitement claire. Biya, sa Constitution et son régime empêchent de donner vie à ces nouvelles oppositions. Nous allons en sortir !
Marie Louise Eteki-Otabela**
mle_otabela@hotmail.com
publié le 4 mars dans "Le Messager"
P.S. Absolument nécessaire : mes condoléances aux familles qui ont perdu leurs enfants à l’occasion de la « mise en œuvre des moyens légaux ». Entre nous mesdames, on devrait faire « 8 mars mort » pour que force reste à la solidarité !!!
--------------------------(*) « Pour créer un climat de peur, le pouvoir dispose aussi de ce que M. Ahidjo appelait « les armes légales ». Par armes légales, il faut entendre les moyens de répression que le chef des interlocuteurs administratifs se donne par décret ou par ordonnance et qui lui permettent de faire échec mêmes aux décisions judiciaires(…) L’une de ces armes légales en matière d’information, s’appelle l’ordonnance n° 62-OF-18 du 12 mars 1962 portant répression de la subversion » Abel Eyinga, cité par nous, en 2001 :p.337.Ordonnance supposée abolie par la loi de 1990 !
(**)Ce texte est inspiré du Manifeste d’André Bellon pour une Constituante européenne dans la revue républicaine.fr
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Si on ne naît pas lion

Alors que la révolution cubaine est entrée le 1er Janvier dans sa 50e année, Fidel, le vieux lion nous lâche, disait Aramis, un Cubain cité dans le Journal Libération de jeudi dernier. L’Occident a donc fait des gorges chaudes sur le départ de Fidel Castro du Pouvoir tellement les occidentaux sont habitués au mode tragique de passation du pouvoir dans le Tiers-monde, et en Afrique en particulier. Ils vivent de ces guerres : protection des intérêts économiques, ventes d’armes, l’essentiel des informations, de la diplomatie, et autre opération humanitaire. La politique étrangère a fini par signifier « règlement des conflits », armés, si possible dès lors que l’on a admis que la politique c’est l’art de gérer les rapports de force.
Dictateur pour certains, héros pour nous, Fidel est la preuve vivante- même si ce n’est plus pour longtemps- que la libération nationale n’est pas juste un rêve qui implique d’avoir les moyens (argent et armes, s’entend chez nous) de faire la guerre : que l’on peut y arriver et rester en vie ! Que la révolution n’est pas juste une illusion : il aura été le modèle du révolutionnaire au pouvoir pour toute une jeunesse, pas seulement à Cuba mais aussi dans tous les pays du tiers-monde ! Il aura été capable après 50 ans de lutte acharné -368 tentatives de complots éventrés !- pour réaliser cette révolution, de quitter la présidence de son pays pour demeurer un simple député qui entend continuer à se battre avec l’arme des idées ! Nous en avons retenu au moins trois.
Eviter la guerre
Arrivé au pouvoir par la guérilla, Castro entreprend de faire de Cuba une puissance non-alignée. Ni pour ni contre les Américains et les Russes. Son projet est alors une révolution politique, économique et sociale comme dans la plupart de nos partis politiques même si nos détracteurs patentés se plaisent toujours à dire que l’Opposition ne propose rien. Par ses choix radicaux- chez nous le radicalisme est considéré comme une tare: on n’est pas réaliste !- Fidel s’aliène les Américains et dès 1961, Washington suspend ses relations diplomatiques avec la Havane. Naturellement, sous la guerre froide, Fidel se tourne alors vers Moscou. Il autorise en octobre 1962, l’installation sur son sol de missiles soviétiques après l’épisode célèbre des anti- castristes dans la baie des cochons, quand pour défendre les Cubains contre les Américains, Khroutchev a dû taper non pas du poing mais sa chaussure sur la table. La confrontation qui s’en est suivit avec les Etats-Unis, alors dirigés par John F. Kennedy, a failli mal tourner: les missiles furent retirés contre la promesse américaine de ne pas envahir Cuba. Fidel évita ainsi de faire massacrer son peuple et peut-être bien une troisième guerre mondiale.
Dictateur Fidel ? Sans doute pour certains cubains mais comme je disais à Noël Mamère –au téléphone lors du Contre-sommet France-Afrique au Cameroun, le jour de l’assassinat de Joseph Kabila, il va falloir faire la différence car si Kabila fut pour eux un dictateur, De Gaulle ne nous a pas libérés, nous, des totalitarismes que nous subissons jusqu’aujourd’hui : sauf que le président cubain peut se faire soigner chez lui et que Cuba exporte ses médecins.
C’est bien connu, la création artificielle de conditions de guerre civile a permis à tous les fascistes du monde d’arriver au pouvoir : nous, nous avons eu nos troubles en 1955. Ce qui est plus vrai, c’est que les concepts d’« ennemi objectif », l’ennemi intérieur - dont l’identité varie au gré des circonstances, si bien que, sitôt une catégorie liquidée, la guerre peut être déclarée à une autre- arrangent plus d’un dirigeant totalitaire africain. Yorongar et ses deux compatriotes viennent probablement d’être liquidés au Tchad : c’est à se demander si toute cette histoire de rébellion n’a pas été montée de toutes pièces juste pour se débarrasser de tous les leaders de l’opposition démocratique.
La force de l’idéologie
La violence organisée est le plus efficace des nombreux murs qui protègent le monde fictif des régimes africains. Elle se remet en place au Cameroun ces jours-ci : arrestations, censure des médias « privés », interdictions de manifestations autres que folkloriques ou commerciales, infiltration des réunions autres que tribales. Mêmes les sorties des femmes le 8 mars, ce n’est pas garanti ! Déjà deux enfants ont été tués, juste pour modifier une Constitution ?
Si «le peuple cubain est plus fidéliste que communiste », c’est parce que Fidel Castro a incarné l’idéal communiste depuis 50 ans. Nous tenons depuis dix ans à regrouper nos deux cent partis en trois grandes mouvances idéologiques (les néo-nationalistes-souverainistes, les socio-démocrates africains et tous les Nouveaux Mouvements Sociaux (dont le féminisme) pourquoi ? Parce qu’il faut une idéologie pour qu’un peuple se libère. Les leaders- même charismatiques- passent alors que les idées restent. La force d’une idéologie c’est que des milliers d’années après, elle peut continuer à éclairer l’action. A chacun sa perspective donc !
Sur quoi se fonde une alternative crédible au régime politique au Cameroun. Nous avons identifié la nature de ce régime : nous savons donc ce que nous ne voulons plus :
- le blocage de notre humanité au niveau de la tribu depuis des millénaires ;
- la tutelle économique de la France depuis des siècles et
- l’organisation des pouvoirs publics au service d’un seul homme : le président de la république depuis cinq décennies. C’est un peu comme si les français avaient voulu faire la révolution en 1789, en maintenant le roi sur le trône. .. Ce sont là des préalables pour engager un réel processus de démocratisation de notre pays.
Réflexions du camarade Fidel
Nous pensons que le féminisme peut conduire ce changement profond et total au Cameroun aujourd’hui parce que cette idéologie part de l’oppression personnelle de chaque femme pour préconiser une nouvelle Société, la moins oppressive possible pour tous les Camerounais. Même Mme Yao qui a déclaré en arrivant au pouvoir -par décret !- qu’elle ne savait pas que les femmes souffraient tant…a finit par se dire « féministe » en quittant le ministère du conditionnement des femmes. Tout le monde a une idéologie : seulement il y a des idéologies qui oppriment et d’autres qui libèrent. Il suffit juste d’en être conscient.
Le « fidélisme » va peut-être réussir là où la plupart des idéologies ont échoué jusqu’ici : passer le flambeau sans faire couler une goutte de sang. Déjà le camarade Chavez est à l’œuvre dans le projet des Etats-Unis d’ Amérique du Sud et « el Commandente » lui-même a promis qu’il continuera à écrire sous le titre des « réflexions du camarade Fidel » parce que « les idées n’ont pas besoin d’armes ».Combien de présidents africains peuvent en dire autant ? Cependant ils se prennent tous pour des lions. Comme aurait dit Simone : si on ne nait pas lion, on essaie de le devenir.
Marie Louise Eteki-Otabela mle_otabela@hotmail.com
Publié le 26 février 2008 uniquement sur le Net: lemessager.net
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Post-scriptum néanmoins très nécessaire :
Bien malin qui saurait distinguer dans la crise politique actuelle au Cameroun la différence entre les trois « non » : le non à la modification de la Constitution à la faveur d’un individu ou d’un groupe d’individus, le non à la vie chère et le non au maintien de Biya au pouvoir : le peuple camerounais souffre de tous ses maux et en meurt pareillement.
Debout les damnés de la terre !
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Les débats au fond

C’est Charles de Gaulle qui disait au cours d’une conférence de presse, le 31 Janvier 1964 qu’une Constitution c’est un esprit, des institutions et une pratique. Voilà au moins un leader politique que l’on ne peut qualifier ni de subversif ni d’opposant : ce général a libéré –avec le soutien du monde libéral…- son peuple du fascisme et a institué la 5è République…jusqu’à ce jour en France, sans que l’on ait jamais réellement pu qualifier le Gaullisme, la nature de ce régime. Mais tout le monde sait que l’esprit du Gaullisme , c’est d’abord la nécessité d’assurer aux pouvoirs publics l’efficacité, la stabilité et la responsabilité dont ils manquaient organiquement sous la troisième et la quatrième république , qualifiée elle de parlementarisme c’est ensuite une nouvelle répartition des rôles du président de la république , du gouvernement et du Parlement ; et enfin une pratique qui a montré que l’instrument ainsi mis en place répondait à son objet. S’il fallait faire un rapprochement pour éclairer notre opinion publique et édifier notre classe politique, je dirais que De Galle a créé nos Etats pour nous maintenir sous la tutelle de la France, nous a imposé des institutions au service de la France et depuis près de 50 ans, ça marche : l’Etat au Cameroun remplit parfaitement son rôle d’anéantissement réel et symbolique des enfants de ce pays. Il s’agit aujourd’hui d’en sortir.
Esprit es-tu là ?
Je crois que les Camerounais et même les Camerounaises –qui ne font pas la politique !- ceux qui se disent de la Société Civile et celles qui attendent le 8 mars, tout le monde a compris que l’enjeu véritable du débat sur la Constitution n’est pas d’être « pour ou contre » sa modification. Qu’il s’agisse des nostalgiques de Ahidjo ou qu’il s’agisse des frustrés de Biya, leur problème c’est : comment on va faire sans les parrains ?
- avec un Etat qui est d’abord une entreprise d’exclusion car au-delà de l’espace politique, il s’agissait de tenir les nègres à distance, hors humanité comme cela nous a encore été rappelé récemment à Dakar ;
- avec un Etat qui ne peut être considéré comme une nécessité économique malgré le mythe du « développement », beaucoup de gens découvrent seulement aujourd’hui qu’il s’est toujours agi d’un développement séparé : une sorte d’apartheid économique : la misère pour nous et la prospérité pour les entreprises étrangères ;
- avec un Etat qui fonctionne en réalité comme une entreprise « pénitentiaire » depuis que le peuple camerounais les affronté, les armes à la main, jusqu’aux Nations Unies, nous sommes classés les pires des africains : on ne joue même pas avec nous, comme ils viennent de le faire au Tchad, à la guerre civile...juste pour se débarrasser (définitivement peut-être ?) des opposants gênants !
Nous avons déjà connu ce dilemme à la veille de l’indépendance quand les nationalistes disaient « nous sommes pour une indépendance totale, immédiate et sans conditions », les socialistes (africains) de Charles Okala préconisaient eux- une indépendance progressive- le temps d’être prêts! Finalement, on confia le pays aux enfants d’Aujoulat qui se sont débrouillés comme on sait…
Aujourd’hui, nous sommes à nouveau devant cette impasse entre les héritiers qui veulent conserver l’esprit du régime et exigent que Biya réorganise les choses, sa succession en particulier avant son départ… les socio-démocrates de Fru Ndi qui estiment que leur tour est venu de ramasser ce pouvoir avec un Front du « Non » qui va du crétinisme parlementaire* à la « Société Civile » en passant par tous les opportunistes qui prétendaient jusqu’ici, que le Pouvoir est dans la rue !
Même la rue, Biya a fini
Or voilà que même la rue, Biya a fini : désormais, les partisans du « Power to the People », lèvent le poing de l’Assemblée Nationale après l’avoir levé avec Bouba Bello à l’extrême droite : on progresse ! On attendait à Douala, le fief de l’opposition, que les champions de la social-démocratie (version tropicale…) viennent lancer le mot d’ordre pour la Constituante que le Peuple Camerounais réclame depuis 50 ans. Nous avons dû nous contenter d’un timide appel, bien encadré d’ailleurs, par le Délégué à la Sureté provinciale, pour une « Conférence » constituante : est-ce la traduction en anglais de « Assemblée Constituante » ? Du coup, les professionnels de l’agit-propre, promus libérateurs du Peuple se sont perdus, une fois de plus en forêt Bassa, histoire de divertir le Peuple en donnant de quoi écrire à nos journalistes : tout ce cinéma n’émeut pas les vrai(e)s patriotes.
Nous sommes prêts à reprendre notre bâton de pèlerin pour proposer aux représentants des Nations-Unies dans notre pays non pas d’organiser un « Référendum fantôme » comme le souhaite Monsieur Moïse Wouatchui en faisant journée-morte- vêtus de blanc !- tous les samedis jusqu’à ce que Biya renonce à son projet de modification de la Constitution ; mais de démarrer la mise en place du Parlement des peuples au Cameroun.
« Avec l’établissement des institutions démocratiques dans les pays du monde entier, l’augmentation significative du nombre de nations démocratiques membres des Nations Unies, en particulier depuis la chute du mur de Berlin, et la création d’un fonds de l’ONU pour la démocratie, il était prévisible que, tôt ou tard, la question de la démocratie serait abordée à l’ONU ainsi que l’établissement d’une assemblée parlementaire des Nations Unies(…)Alors que le mouvement en faveur d’une assemblée parlementaire des peuples continue à prendre de l’ampleur et à gagner de la crédibilité, une chose est certaine : tôt ou tard, le rêve de démocratiser les Nations Unies se réalisera. C’est l’avenir de l’humanité ! »** Nous proposons que ce rêve commence par devenir réalité ici- au Cameroun- et maintenant.
Pour une ASSEMBLÉE DU PEUPLE AU CAMEROUN
La mise en place d'une assemblée du peuple parallèle à l’Assemblée nationale reste la seule solution pour sortir de l’impasse politique actuelle au Cameroun. Voici le cadre que les Nations-Unies proposent à cet effet : les dix-étapes pour l’organisation d’une assemblée du peuple locale:
(1) rassembler un groupe- noyau de base représentants le Peuple
(2) identifier les secteurs prioritaires qui posent problème et qui les concernent
(3) organiser ces gens qu’ils fassent une campagne nationale
(4) créer un comité de communications pour tenir chaque citoyen au courant
(5) engager la communauté internationale à organiser des programmes d’information avec des haut-parleurs
(6) faire participer d'autres organismes de la communauté, O.N.G.S et chefs traditionnels ;
(7) inclure des programmes éducatifs, culturels, des arts et des programmes de la jeunesse
(8) poursuivre les activités de mobilisation de fonds de ce groupe local
(9) organiser la sélection des délégués et des représentants aux assemblées du peuple régionales et nationale
(10) le tout dans un esprit de festivité !
Peut-on sincèrement amorcer ce tournant sans passer par le sang versé ? Voilà le pari et la réponse que se donnent les Camerounais et les Camerounaises aujourd’hui. La Réponse de Biya, elle ne paraît pas évidente.
Marie Louise Eteki Otabela
mle_otabela@hotmail.com
Publié dans le Messager du 19 février 2008
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(*) l’expression est de Roxa Luxembourg : in Social-démocratie et parlementarisme en 1904
(**) Bill McCarthy : La démocratie aux Nations –unies (sur le Net)
18:35 Publié dans chronique du mardi | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Le plus haut plafond de verre

Heureuse qui comme Hillary a vécu dans la nation la plus puissante du monde et croit de toutes ses forces que la Nation Américaine peut briser le plus haut plafond de verre(1) car disait-elle depuis octobre 2007 « c’est ce qu’on fait les Américains depuis 200 ans ».
Comme nous le rappelait son Excellence Janet E. Garvey l’autre soir à sa résidence à Yaoundé, le changement fait partie du tissus social Américain : « l’Amérique a survécu à une grande dépression et à deux guerres mondiales et a vu le mouvement des femmes, le mouvement syndicaliste, le mouvement des droits civiques ainsi qu’une immigration massive et l’âge de la technologie transformer sa société ».(…)Les américains connaissent (donc) le changement. Nous savons que le changement peut être difficile, effrayant et douloureux. Mais nous savons aussi qu’il est inévitable et nécessaire à la croissance de notre démocratie. L’Amérique nous a fait rater le coche une fois : nous sommes en droit aujourd’hui d’attendre d’elle le cadre pour une alternative.
Servir les intérêts d’un individu ou d’un groupe d’individus.
Or le problème des Camerounais, c’est que les Autorités en place à Yaoundé veulent modifier la Constitution juste pour « servir les intérêts d’un individu, ceux d’un groupe d’individus » et même ceux d’un groupe de pays. C’est une longue histoire…Disons pour faire court que : le Cameroun et le Togo- anciennes colonies allemandes- sont passés sous la tutelle des Nations Unies à la fin de la 2è guerre mondiale et la gestion de cette tutelle a été confiée à la France. Il appartenait donc aux mêmes Nations Unies de décider des conditions d’accession de ces deux territoires à leur indépendance. Qu’il s’agisse des textes de l’ Organisation des Nations Unies (article 16 de la Charte), qu’il s’agisse de l’ Accord de tutelle (en son article 5) ou enfin de la pratique suivie par les organes compétents de l’ ONU ( par exemple dans le cas du Togo qui accède à l’autonomie dès 1957, certes pas mieux loti aujourd’hui…), l’organisation d’une consultation électorale supervisée par les Nations Unies était la voie démocratique par laquelle le Cameroun devait accéder à l’indépendance. Mais la solution retenue finalement le 13 mars 1959, d’inspiration américaine, rejeta toute idée d’une consultation populaire…
C’est donc à la majorité de 57 voix (les pays occidentaux et l’Afrique du Sud) contre 24 abstenions (du camp socialiste, et en Afrique : le Maroc, la Tunisie, la RAU, le Ghana et la Guinée Conakry), que l’Assemblée des représentants du libéralisme a refusé aux Camerounais l’accession à l’indépendance, par la voie démocratique. Aussi l’ONU porte une lourde responsabilité dans l’institution de l’Etat au Cameroun. Car une consultation démocratique aurait amené les combattants nationalistes au pouvoir, au lieu que ce pouvoir soit remis aux forces conservatrices qui avaient combattu contre l’indépendance. Il faut rappeler ici que déjà, il ne s’agissait plus des seuls intérêts français au Cameroun. L’Amérique préféra promouvoir le « développement d’abord » dans les pays africains : histoire de nous protéger probablement du communisme !
Et l’ONU abandonna les Camerounais à la vindicte française. Ils seront massacrés par milliers en 1955 (2).Une Histoire qui continue jusqu’ aujourd’hui : en Côte d’Ivoire…au Tchad encore sous nos yeux ces jours-ci !
L’Assemblée Constituante : cadre d’un dialogue national.
Etant donné, comme dit son Excellence Mme Garvey que « les amis se disent la vérité » nous aimerions rappeler ici que le régime politique qui a été mis en place au Cameroun depuis les années 50/60 ne nous a jamais permis d’avoir une Constitution digne de ce nom et que les replâtrages successifs de cette Loi fondamentale n’ont jamais été le fait d’un « dialogue national dans lequel la voix de chaque parti politique, chaque organisation de la Société Civile ou d’affaires, des étudiants, des enseignants, des travailleurs, des journalistes-bref, chaque Camerounais, dans la mesure du possible- puisse être entendu sur une question d’une importance aussi capitale »(3).
Comme vous le savez, le Cameroun est un « lieu » qui a été créé et où des hommes et des femmes peuvent être ignorés, torturés, abattus, sans que pour autant ni les tourmenteurs ni les tourmentés, et encore moins les autres, étrangers – ici et à l’extérieur- ne s’avisent qu’il s’agit là de quelque chose de plus qu’en jeu cruel ou qu’une illusion absurde. Notre pays est ce lieu insoutenable où l’autorité des hommes qui détiennent la décision politique, par exemple celle de réviser la Constitution, leur violence s’efface pour ne laisser voir que des clans, des tribus, occupés à survivre, à mimer toutes sortes d’activités, ce que j’appelle : une sorte de camp de concentration au grand jour…(4)
La question Madame Garvey, comme je le disais en 2004 à l’Honorable Forbes –venu en observateur indépendant- des élections présidentielles, la question n’est pas ce que vous pouvez faire pour nous « assister » ou de nous « aider » car on a l’habitude de nous dire que l’existence d’un tel régime politique est d’abord l’affaire des victimes de ce pouvoir: c'est-à-dire des Camerounais eux-mêmes. Nous savons que vous êtes « à l’écoute du peuple camerounais » depuis qu’il a refusé les élections de Juillet 2007. Or dans un tel régime, le silence des masses est tel que l’on ne peut plus mesurer leur résistance qu’à ses multiples tourments. En d’autres termes, si vous attendez avec intérêt d’œuvrer de concert avec le Cameroun, comment savoir si cette fois, c’est pour renforcer notre résistance par la tenue d’une Assemblée Constituante, non pas pour renforcer « leur » démocratie apaisée dans sa préparation de la prochaine élection présidentielle.
Hillary 32 voix (de femmes) contre Obama 59 !
L’autre soir à votre résidence Excellence, j’ignore combien de femmes étaient présentes mais je parie que nous avons toutes voté pour Madame Clinton. Elle n’a eu que 32 voix contre 59 à Obama pour trois raisons.
Nous avons toutes des hommes dans notre vie: père, frère, mari, fils et même simplement ami. Ils peuvent être Blancs, Rouges, Jaunes ou Noirs…Ce qui est certain, c’est qu’aucun de ces hommes ne nous aimera jamais comme nous l’avons aimé. Les nôtres sont Noirs africains. On leur a « laissé » tout un Continent depuis des décennies et qu’est-ce qu’ils en ont fait ? Alors vous comprenez, Obama on vous le laisse : Black, intelligent, beau, tendance et très « people » ! Il peut même prendre la place de Clinton, Bush ou un autre cow-boy, héro de guerre. Nous on veut Hillary parce que c’est le temps des femmes.
Nous, on vote Hillary parce qu’elle a montré avec « l’ennemi principal » que le privé est politique : sa vie privée a fait le tour du monde… Nous voulons Hillary parce qu’elle a montré qu’une femme peut se relever de ce cataclysme psychologique, une arme plus redoutable que l’instinct maternel ! Nous voulons Hillary parce que les femmes ne viennent pas au pouvoir pour prendre la place de quelqu’un, ni pour les richesses d’un pays et encore moins pour dominer le monde. Elles y viennent pour féminiser, humaniser » le monde pour briser le plafond de verre qui opprime toutes les femmes.
Il y a trop longtemps que le changement social se limite à un changement d’homme. Nous voulons Hilary parce qu’elle a compris que l’Amérique est prête pour un autre changement ; qu’elle croit que les femmes conduiront ce changement afin qu’elles soient plus nombreuses parmi vos invités…au sommet des entreprises, des organisations, des institutions publiques. Nous voulons Hillary parce que ce serait un signal fort aux pays qui respectent peu ou pas les droits des femmes. Nous voulons Hillary parce que ce sera une alternance Homme-Femme à la tête de l’Etat le plus puissant du monde, un signal fort pour les Etats africains, comme le préconisaient les femmes Camerounaises en 2003 en lançant leur CRI.
Marie Louise Eteki-Otabel
mle_otabela@hotmail.com
Publié le 12 février dans Le Messager
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1- Le "plafond de verre" (glass ceiling en anglais), est une expression imagée pour désigner le phénomène de barrières invisibles qui entravent la carrière des femmes et dont la conséquence est la rareté de leur présence au sommet des entreprises, des organisations ou des institutions publiques ; repris sur le Net dans un texte de Stephen Collinson sur Cyberpresse.ca
2- Eteki-Otabela : 2001, pp.225-226 et suivantes
3- Allocution de son Excellence Mme Garvey à l’ occasion du Super Tuesday, 12 février 2008.
4- idem 2
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Ni Che Guevara ni sa mère

Il voulait internationaliser la révolution marxiste, en commençant par l'étendre de Cuba à toute l'Amérique latine. Mais l'exportation la plus réussie de Che Guevara est post-mortem, elle concerne des tasses à café des tee-shirts à son effigie. Icône de masse, Che Guevara pourrait pourtant retrouver en France et peut-être aussi chez nous une certaine contemporanéité politique. Le débat est ouvert sur Internet*. Il y a ceux qui pensent que ça permet ensuite aux jeunes de se renseigner sur son combat et d'avoir envie de faire la révolution" et qui admettent l'air de rien que le marketing est un outil de transmission acceptable. Et il y a ceux pour qui c’est un véritable scandale : une sorte de désacralisation de la figure du révolutionnaire : la vente de cette image à une telle échelle c'est le Capitalisme (ou L'impérialisme si bien décrit par le Commandante au discours de L'ONU 1964). « Et je reste convaincu que s'il n'avait pas été tué, il aurait tout simplement interdit la "propagande" -comme vous dites- de son image. Il est vrai que des millions de personnes portent son image, son étoile révolutionnaire ou même l'insigne communiste sans en connaître la signification, cela est bien sur inadmissible ... »
J’ai personnellement rencontré des jeunes gens à Douala au Cameroun, qui portaient ces tee-shirts mais qui ne connaissent rien du Che.Ni son itinéraire ni sa pensée. Sur mon insistance ils (deux d’entre eux) ont fini par me répondre qu’on ( ?) leur a quand même dit de s’en méfier : comme quoi, Big Brother a toujours l’œil… au moins en post-colonie.
C’était l’idole de notre jeunesse, celle qui s’affichait révolutionnaire. Je doute qu’aujourd’hui l’effigie de vos « 20 personnalités les plus appréciées des Camerounais » soit portée un jour avec autant de fierté par notre jeunesse. C’est bien connu chez nous, il n’y a que deux critères qui font de vous une « personnalité » : le décret ou l’argent ! Or si je vous dis qu’il y a parmi « nos » hommes politiques, (aucun nom de femme ne vient évidemment à l’esprit) des gens à qui je ne donnerai même pas mes chaussures à cirer, vous allez trouver qu’on se vente. Alors je suis allée sur le Net voir ce que ces personnalités ont produit. Le résultat est étonnant : entre un Tsimi Evouna qui a zéro référence (en triturant son nom, on arrive péniblement à 72 !) et un Hamadou Ali qui sort en tête de notre liste avec 251.000 références, il y a de quoi s’interroger. Peut-être qu’en Takala et Muyenga vous comprendrez mieux.
C’est l’histoire de la hyène qui se régalait d’un chien mort. Et chaque autre hyène qui passait et qui lui demandait : « où donc as-tu trouvé une si tendre pitance ? ». Gros malin, il leur répondait : « mais à côté de la rivière, il y en a pleins d’autres ». Les hyènes y couraient à toute vitesse. Au bout d’un moment la hyène fini par lâcher son morceau pour foncer elle-même à la rivière! Il parait que l’histoire est plus connue sous le label de « l’arroseur arrosé ». A force de vouloir cacher nos véritables hommes et femmes politiques, à force de ne promouvoir que les noms des leaders dont on n’a jamais entendu même le son de la voix- la politique cela se fait sur la place publique et pas seulement dans les anti- chambres à jouer les éminences grises…on finira par lâcher la proie pour son ombre. Que notre polytechnicien (JJ Ekindi 956) soit presqu’à égalité avec notre populiste de service (Ekane Anicet 944) confirme le célèbre dicton : il ne faut pas être sorti de polytechnique… pour faire carrière politique au Cameroun. Car au registre de la popularité, Marafa Hamidou Yaya (9 440 alors qu’il devrait être le plus impopulaire des ministres !) n’a rien à envier au plus grand des Opposants (Ni John Fru Ndi
9 520). A moins que nos experts en sondage ne confondent popularité et plus connu ! Entre Che Guévara et Ntone Ntone, il n’y a pas match.
Vous me direz que personne ne connaissait la stature historique de notre président avant que son non moins illustre prédécesseur ne révèle son nom : tradition oblige !
De grâce, quand on n’est pas sûr du sens d’un palmarès, il vaut mieux s’abstenir. A moins que chacun n’aligne les noms de son village aux fins de… marketing politique.
Au Cameroun chacun se prend pour une « personnalité » dans son micro espace. On oublie qu’aujourd’hui, la politique se fait à l’échelle planétaire. C’est hors de nos frontières que se joue aussi le sort du pays. Le village –fût-il Douala ou Yaoundé- n’en subit que les effets. Ce qui nous tue, ce n’est pas seulement nos querelles d’apprentis-sorciers mais c’est également le fait de ne pas compter, de ne pas être présents là où les « vraies choses » se décident. Il faut arrêter de jouer à papa-maman à la cour de récréation ! Quand un gosse peut arriver à détourner des sommes astronomiques tout seul…dans une banque pendant que nous faisons tout un tapage à propos d’un maigre –faux budget national, d’une « opération épervier », on a envie de rire. Il y en a qui ne s’en prive pas, à propos de nos pays : « quelqu’un m’a dit que… » le Tchad aurait été offert comme cadeau de mariage !
Evidemment, s’il nous faut 50 ans pour être capables de tenir une simple Assemblée Constituante, c'est-à-dire le B-A BA pour un pays, combien de temps nous faudra-t-il pour être parmi les Nations (de ce monde) qui comptent ? Chacun peut faire le calcul : ce n’est pas une règle de…tripartite, c’est une question politique.
Marie Louise Eteki-Otabela
mle_otabela@hotmail.com
Publié le mardi 5 février 2008
P.S.
Décidemment, il y a comme une sorte de mimétisme entre la France et le Cameroun. Les députés français se réunissent ce matin à Versailles pour tenter de faire passer un Traité que le peuple français a rejeté : la Constitution européenne, vous vous souvenez ? On ne sait plus ici qui est le mauvais élève de qui !
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(*) Sur le Net au blog politique de Fluctuat.net
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05.03.2008
Il est réaliste de vouloir l'impossible

Un raciste, certainement, a fait circuler il y a quelque temps déjà parmi les gens qui lisent encore au Cameroun, un texte disant que la meilleure façon de cacher quelque chose aux nègres, c’est de l’écrire. Je n’écris pas pour me cacher. C’est eux qui n’arrivent même pas à prononcer le nom de Tsonga. J’essaie juste de dire que nous avons été là aussi et que nous avons le devoir de l’inscrire dans notre réalité sociale. La Société civile, c’est du réalisme, quand elle existe. La mobilisation de notre peuple, c’est du réalisme, quand ça arrive. Des gens sérieux aujourd’hui, c’est cela qui semble relever de l’impossible, dans notre pays.
La Société Civile, du réalisme.
Tous les gens qui nous veulent du bien, et il y en a ; et ceux qui se cachent derrière Biya et ceux qui se revendiquent de la Société Civile, souvent ce sont les mêmes, ils sont tous d’accord pour accuser les partis politiques de l’Opposition. Comme si hors RDPC, on est forcément de l’Opposition. Là aussi nous avons été jusqu’à réussir l’exploit de faire apparaître au moins deux Oppositions : une institutionnelle, faites des « héritiers », qui veut juste réformer le régime. Cette Réforme commence par : après Biya, c’est notre tour, ou plus précisément, après Biya, c’est moi ! Donc venez vous mettre derrière moi ; pour cause : « Biya must go ». Ceux-là sont forcément contre la modification de la Constitution article bla-bla-bla. On les attendait, pour mettre le « Non » à la Une. Nos « non » à nous, ça compte pour des prunes. L’autre Opposition, (la vraie, n’ayons pas peur des mots) donc certains d’entre nous et même si nos partis politiques tiennent dans une cabine téléphonique, affaire de famille oblige, nous avons signé un protocole depuis 2003 qui disait que notre objectif commun est de changer le régime politique au Cameroun. Nous étions 60 leaders politiques et sociaux. Plus que Biya n’en a jamais eu. On peut nous accuser de tout, sauf d’avoir trahi le Peuple Camerounais. Alors, que nous proposent les nouveaux leaders politiques sortis de la Société civile ? De venir s’amasser derrière l’Opposition institutionnelle pour grossir le rang du non : autrement, « vous serez marginalisés » ! La grosse affaire. Ils oublient juste une chose. La marginalité, ça nous connaît.
La mobilisation par les meetings, les marches, rien que du réalisme.«
Nous sommes nombreux à avoir combattu ce pouvoir d’abord de l’extérieur…la diaspora des années 60, c’était nous ; puis certains sont venus « intégrer les masses » pour la révolution. Nous avons consacré notre vie à cette mobilisation. Autant dire que les monographies, les articles sur « l’Etat » au Cameroun, c’est un peu aussi l’histoire de notre vie racontée par d’autres …parfois par ceux de notre bord, mais le plus souvent pour décrire les institutions, pour donner la parole au Pouvoir. Cette Assemblée Constituante, c’est pour une fois , l’ Etat au Cameroun vu et vécu de l’ autre côté, de notre côté : du côté des résistants. Ceux qui pratiquent la marginalité subversive. Avant d’être un acte politique souverain, cette démarche scientifique a d’abord été un mode de vie qui a consisté, à partir du refus du système de façade, à se construire une marginalité, une sorte d’observatoire du véritable système tout en étant à l’intérieur du système de façade. A partir d’une radicalité de remise en cause systématique, il s’agissait d’y être en même temps à l’affût de la moindre donnée susceptible de nous éclairer sur l’expérience de vie que nous partageons avec au moins quinze millions de gens. En me constituant marginale comme d’autres se constituent prisonniers, nous sommes quelques uns à avoir bénéficié pendant des années du statut de « subversif …»
(…)Le résultat, c’est une vie de discussion, de confrontation permanente, de prise de position
( écrites ou orales), de manifestation suscitées ou organisées, de participation, de soutien au moindre signe d’éveil dans le sens de l’intérêt général, de remise en question systématique de l’ adversaire quels que soient sa fonction, sa position sociale ou son sexe ; le courage de l’ interpeller, le décryptage des codes écrits et oraux d’une société pendant 20 ans (discours, écrits, événements, faits divers, actualité, etc) ; finalement , une intuition formée par la familiarité avec cette société, avec sa tragédie, les plaintes obsessionnels des gens sur cette tragédie, leur constat d’impuissance »*. Et peut-être enfin, par delà cette sorte de d’audace intellectuelle, composante indispensable de l’esprit scientifique, la politique du pourquoi pas, qui nous a amené depuis 10 ans à entreprendre, d’approfondir cette expérience de vie commune.
Des gens sérieux par contre, cela relèverait-il de l’impossible ?
La question se pose donc aujourd’hui de savoir comment identifier les gens qui partagent cette expérience de vie commune et surtout comment les amener à accepter de participer à la mise en œuvre de cette Assemblée constituante. Prenons le risque de nous tromper. Mais je suis certaine que :
Nous avons dans ce pays quatre autorités dont la légitimité ne fait de doute que dans la mesure où sa contestation même est inscrite dans l’ordre de ces nations premières : il y a au Nord un Lamido, à l’Ouest un Sultan, au Centre une Reine et au littoral, un Prince ; il y a même une autorité morale, Cardinal de son état, qui vient de se libérer des contraintes d’organisation de l’Eglise !
Nous avons dans ce pays des penseurs de renommée internationale encore en vie : citons quelques contemporains comme Eboussi Boulaga, Jean-Marc Ela, Théophile Obenga et même des jeunes premiers comme Achille Mbembe, etc.
Nous avons dans ce pays des Compagnons aux traditions séculaires de bâtisseurs dans tous les domaines de notre vie nationale et dont l’expertise a été remarquée jusque dans les fiches de l’Organisation des Nations-Unies, avec des preuves palpables et avérées de leur ingéniosité. Je ne parle pas seulement ici du bâtiment, mais aussi des secteurs aussi stratégiques que l’énergie, l’eau, l’écologie, les communications, l’exploration planétaire, etc.
Nous avons dans ce pays une majorité de femmes qui ont des trésors d’amour à mettre au service de la Nation si nous décidons d’en former enfin une. Rien de sérieux ne peut se faire sans elles.
Nous avons, présents dans ce pays, des représentants de la fameuse Communauté internationale : ils ont pris le parti de la France – la pauvre, elle sortait d’une guerre- dans les années 50, rien d’indique qu’ils prendront celui de Biya aujourd’hui : ils sont témoins que son régime participe d’une incurie et d’une incompétence qui ne peuvent mener qu’à la ruine de leurs intérêts.
Nous avons dans ce pays une armée prête à « retourner les fusils », comme disait Jean Ziegler** pour devenir enfin une armée citoyenne.
Nous avons dans ce pays une jeunesse, certes matée par 50 ans de répression mais comme toutes les jeunesses du monde, elle commence à présenter des signes d’impatience : il ne s’agit pas de l’envoyer au devant des canons. Nous avons le devoir de lui proposer un avenir.
Certainement que notre Peuple, celui des champs et des bidonvilles - sans oublier la diaspora, attend juste un signal dans sa quête de la « terre promise ». Une Assemblée Constituante cela se négocie. Ce n’est pas une déclaration de guerre. C’est de l’ordre du réalisable, ce n’est pas un rêve impossible.
Marie Louise Eteki-Otabela
mle_otabela@hotmail.com
Publié le mardi 29 Janvier dans le Messager
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(*) Eteki-Otabela, 2001 : pp 20-21
(**) Jean Ziegler : Retournez les fusils, au Seuil, 1980.
22:47 Publié dans chronique du mardi | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Je veux que tu sois

Pour consoler les Africains, on nous dit souvent que l’Histoire d’un Peuple s’inscrit dans la durée. La « longue durée », ça va chercher dans le passé mais ça s’inscrit aussi dans l’avenir. Des voix autorisées nous ont définitivement fossilisés. Nous avons de ce fait un sérieux problème : il nous faut des gens sérieux pour nous en sortir. Ce qui se passe actuellement relève, disons d’un malentendu : chacun y va de son interview, de sa déclaration, de ses marches sans parler des interdictions et des manœuvres d’intimidation. D’accord nous sommes à l’ère de la communication. Cela ne signifie pas n’importe quelle gesticulation stérile. Pour tenir une Assemblée Constituante, il nous faut des gens qui participent du savoir universel, des gens qui ont à leur actif des réalisations de portée nationale, des gens qui représentent au moins notre identité commune même parcellaire. Ce n’est pas ce que nous avons sous les yeux.
Une image d’Epinal.
Voici comment certains humains sur cette Terre nous voient encore aujourd’hui:
« l’Afrique est le pays de la substance immobile et du désordre éblouissant, joyeux et tragique de la création. Les nègres, tels nous les voyons aujourd’hui, tels ils ont toujours été. Dans l’immense énergie de l’arbitraire naturel qui les domine, ni le moment moral, ni les idées de liberté, de justice et de progrès n’ont aucune place ni statut particulier. Celui qui veut connaître les manifestations les plus épouvantables de la nature humaine peut les trouver en Afrique. Cette partie du monde n’a, à proprement parler, pas d’histoire. Ce que nous comprenons en somme sous le nom d’Afrique, c’est un monde anhistorique non développé, entièrement prisonnier de l’esprit naturel et dont la place se trouve encore au seuil de
l’histoire universelle »(1). Les odeurs de Chirac à côté, c’était du petit lait !
Pour le reste, c'est-à-dire les « nouvelles élites françaises » dont certaines sont africaines… « l’ Afrique est essentiellement rurale, féérique et fantôme, mi-bucolique et mi-cauchemardesque, peuplée de paysans, faite d’une communauté de souffrants qui n’ont rien en commun sauf leur commune position à la lisière de l’ histoire, prostrés qu’ils sont dans un hors-monde- celui des sorciers et des griots, des êtres fabuleux qui gardent les fontaines, chantent dans les rivières et se cachent dans les arbres, des morts du village et des ancêtres dont on entend les voix, des masques et des forêts pleines de symboles, des poncifs que sont la prétendue « solidarité africaine», « l’esprit communautaire », « la chaleur » et « le respect des aînés. »(2) Ils ont progressé un peu : on nous parle actuellement de « politique de civilisation ». Cela ne vous rappelle pas une certaine « mission » civilisatrice ?
Je tiens à ma photo. J’essaye donc de dire ici que je ne me reconnais pas de communauté ni avec cet Afrique-là ni avec ces Africains nè-greffiés ; que mon féminisme, relève aussi bien de ma grand -mère- paysanne !- que de Simone de Beauvoir. Si nous collectionnons quelques spécimens de masques dans une forêt de symboles, c’est par pur « Correspondances » comme disait l’autre- dans un restaurant, où se répondent depuis 10 ans le bon goût, un parfum d’éternité devant l’immensité de la mer. Rien à voir avec l’Afrique de Sarkozy. Rien à voir avec l’insoutenable légèreté de l’image que Nathalie (3) nous a présentée cette semaine.
La façon africaine d’être humain c’est une pyramide nommée Kéhops, un des passages obligés des grands de ce monde… C’est vrai que nous sommes tombés bien bas depuis le temps des pharaons. Vous savez, quand on tombe d’une pyramide ça fait mal mais ce n’est pas comme si l’on sortait de rien. C’est tout notre problème avec l’Occident et ses fondés de pouvoir en Afrique : nous savons d’où nous venons, pas eux ! Voilà pourquoi nous avons baptisé Cheik Anta Diop, le dernier des pharaons. Il voulait renouer avec nos racines de Grandeur. Après avoir construit le pays le plus puissant du monde, les Noirs africains vont peut-être réinscrire dans la réalité sociale des Etats- Unis d’ Amérique cette autre façon d’être humain…Nous disons que ça peut aussi commencer par chez nous. Avec la mise en œuvre de cette Assemblée Constituante, nous avons là une occasion en or de montrer à la face du monde que l’humanité peut fonctionner sur d’autres valeurs et être enfin une humanité moins souffrante.
Une pyramide nommée Assemblée Constituante.D’abord, nous devons réunir toutes les personnes qui ont déjà démontré de trente six mille manières que les Africains n’ont pas toujours été nègres. Tous Ces camerounais et Camerounaises qui ont produit des œuvres extraordinaires dans tous les domaines de la vie sont actuellement présents dans l’encyclopédie du savoir universelle d’aujourd’hui que l’on appelle Internet. Juste un exemple : si vous tapez « Eteki-Otabela Marie Louise» dans le moteur de recherche « Google », vous auriez eu au 26 décembre 2007, 2540 références en 0,36 secondes, dont une particulièrement intéressante : mon livre « le totalitarisme des Etats africains, le cas du Cameroun » est classé dans la bibliothèque du Collège Interarmées de Défense de l’Armée française sous le descripteur : art de la guerre…(4)
Ensuite si nous admettons que « les manifestations les plus épouvantables de la nature humaine se trouvent en Afrique », il faut bien convenir que ces manifestations ont pour nom : l’esclavage, la colonisation et les fascismes africains et qu’elles trouvent leur origine dans notre relation à l’ Occident…Ce dernier estime- comme dans toute fausse relation amoureuse – que pour être soi , il faut nier, tuer l’autre : il est vrai que les hommes de ce continent ont été jusqu’à mutiler les femmes pour les « avoir » pour toujours! Cependant, à chaque extermination, à chaque interdiction, à chaque assassinat, commence toujours une nouvelle vie, une nouvelle tentative, une lueur d’espoir qui surgit et se met en quête de son humanité, de notre humanité détruite par ces pouvoirs. Il suffirait juste une fois, une seule fois, comme par le miracle des imprévisibles hasards de l’amitié et de la sympathie ou encore la grande et incalculable grâce de l’Amour, qui affirme avec Saint Augustin : « je veux que tu sois »(5), sans pouvoir donner de raison précise à cette suprême et insurpassable affirmation pour que dix, quinze, les vingt millions de Camerounais et de Camerounaises et peut-être même plus d’Africains basculent du « monde du mourir » à la vie, sortent de la « vallée de la mort » et renouent avec la créativité humaine.
Enfin, j’ai appelé cela une Assemblée Constituante parce qu’il s’agit de refonder notre pays, de réaffirmer nos fondamentaux : arracher notre Souveraineté nationale à la France, instituer un Etat de droit avec séparation réelle des trois pouvoirs, et indépendance
du quatrième, afin de freiner la tentation de toutes sortes de limitation du droit à l’information ; une passation du pouvoir moins aléatoire et moins tragique pour sortir de « l’immense énergie de l’arbitraire naturel … » Réorganiser une Société plurielle sur la base d’un Nouveau Contrat social. Ça prend –comme disent les Québécois, au moins un décret étranger à faire abolir, une fonction (présidentielle ?) à bannir, et … des tribus à libérer de l’emprise des quatre nations premières. Cela s’appelle faire la politique autrement.
Marie Louise Eteki-Otabela
e-mail : mle_otabela@hotmail.com; publié le mardi 22 janvier 2008
1- Extraits de la critique cinglante qu’Achille Mbembe a fait du discours du président français à Dakar ;
2- Le « respect des aînés » que nous souhaitait récemment un autre poncif…
3- « Je vois du soleil dans tes yeux », de Nathalie Etoke, aux Presses de l’ Université Catholique d’Afrique Centrale, janvier 2008
4- http://www.biblio.college.interarmées.defense.gouv.fr/Document.htm&numrec=0310
5- Citation de Hannah Arendt reprise dans la conclusion de ce fameux « livre de guerre », chez l’ Harmattan, 2001.
09:55 Publié dans chronique du mardi | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
03.03.2008
L'autre façon d'être humain

Le Peuple Colombien résiste à un régime politique. Hugo Shavez, nouveau président du Vénézuela , élu démocratiquement, réussit à négocier – en paix- avec cette organisation la libération de deux otages de la manière la plus légale possible. Fort de cet exploit, il propose que cette résistance soit reconnue comme telle et ne soit plus qualifiée d’organisation terroriste. Il y a des précédents : en Palestine, au Zimbabwe. Le président Shavez a une grande ambition pour les Etats d’ Amérique du Sud.
Pour l’instant le Pouvoir colombien ne veut rien entendre.
Le Peuple Camerounais aussi résiste à un régime politique. Il a refusé de la manière la plus légale qui soit d’élire une nouvelle Assemblée Nationale le 22 Juillet dernier. Se prévalant de cet exploit, trois propositions lui sont faites actuellement : une déclaration de guerre contre les tenants de ce régime, un Contre-pouvoir et une Assemblée constituante.
Le Pouvoir camerounais passe outre ce taux d’abstention record et se prépare à faire voter par une Assemblée illégitime la modification de la Constitution afin que le Président Biya se représente illégalement en 2011 et reste président à vie en se donnant les moyens d’installer lui-même son successeur !
1- Le CODE* annonce une série de mesures « pour conjurer le mauvais sort du Biyaisme : des cellules opérationnelles clandestines ( ?!) au désir de renverser Paul Biya par tous les moyens possibles y compris, les expéditions punitives, la confiscation des biens » et comme il fallait s’y attendre, par…la délation : nous sommes là en plein délire de la gestapo de feu papa Fochivé ! Bref, les Camerounais ne savent plus à quel saint se vouer et chacun y va de son couplet.
2- La création d’un Contre-pouvoir
La proposition d’Abel Eyinga est intéressante parce que dit-il, « je ne suis candidat à rien… ». Il faut reconnaître que pour beaucoup, c’est la lutte pour le leadership qui mine l’Opposition camerounaise depuis les années 90. C’est vrai que la tradition dans notre mouvement de résistance veut que si tu n’es pas « premier de classe », c'est-à-dire à l’initiative d’une action, tu n’y participes pas ! Et ceux qui reprennent le discours du Pouvoir là-dessus estiment qu’en face du président du RDPC, il n’y a personne. Tout ce que nous avons fait depuis 20, 30, 40 ans ça ne compte pas. Il va falloir rafraîchir notre mémoire collective sur nos 50 ans de… prouesses individuelles mais aussi collectives face à ce régime.
Hélas en politique un contre-pouvoir ne se créé pas : il existe (sous un Etat de droit) ou il n’existe pas (sous un Etat totalitaire). En science politique cette « chimère insaisissable** » a un nom : la Société Civile. Or notre drame est qu’en 50 ans d’existence de cet Etat-ci, même la Société Civile a été confisquée sinon détruite. Résultat tout le monde fait de bons diagnostiques de la situation mais personne ne prescrit un remède approprié.
3- la tenue d’une Assemblée Constituante
C’est une revendication historique et fondamentale de notre Peuple : nous la réclamons depuis les années 50…elle nous a été encore refusée dans les années 90…C’est le droit de tout Peuple à disposer de lui-même et à réaffirmer cette souveraineté en tant que Nation. Nos nations premières doivent réaffirmer que nous voulons constituer une seule et même Nation… Qu’aujourd’hui, on ne puisse plus parler ni d’une consultation générale ni d’une conférence nationale souveraine, l’Assemblée Constituante reste incontournable si nous voulons entrer dans l’Histoire (de l’humanité) autrement que comme esclaves, colonisés et donc sous-tutelle de nos dominateurs – qui de cet fait, peuvent se permettre de « décréter » quand nous pouvons avoir un Etat, un président, comment cet Etat doit fonctionner, et nous traiter comme l’a fait dernièrement le nouveau président des Français ***.
C’est un cadre de concertation sur notre vécu ensemble. Ce n’est pas un nouveau processus électoral (ni un référendum ni une élection présidentielle anticipée) : tout le monde ne peut pas en être et pourtant elle doit être représentative…chaque citoyen, chaque citoyenne doit se sentir représenté(e). Mais à partir de quelles données ? Actuellement chacun joue avec les mots. Même une entreprise fait son inventaire périodiquement. Il n’y a même pas un recensement pour savoir qui est électeur au Cameroun ? Qui est Camerounais ? Quels sont les instruments pour mesurer les scores. Tout se passe comme si nous sommes une abstraction. Une candidate à qui l’on dit tu peux présenter ta candidature, on étudie son dossier mais au moment de voter, elle n’est pas sur la liste électorale : on met sur les listes qui on veut en disant que les gens refusent de s’inscrire.
C’est la coordination d’un certain nombre d’initiatives. Cette coordination doit être absolument indépendante du pouvoir et des institutions actuelles (ni Tripartite, ni une organisation clandestine). Ce n’est pas non plus une organisation de plus (ni autorisation, ni plan d’action ne seront nécessaires) mais il faut la mettre en œuvre. Nous ne pouvons faire l’économie de cette Assemblée Constituante parce que c’est elle qui va définir, les données de base qui permettront de savoir qui représente quoi, c’est elle qui peut permettre de sortir de l’impasse actuelle sur tous les plans, nous aider à trouver des solutions aux problèmes et aux tares que nous avons accumulées depuis des décennies, etc.
Ce n’est donc pas juste une nouvelle « idée » de Mme Eteki comme semblaient s’en réjouir nos jeunes journalistes l’autre jour, entendu comme « une pure vue de l’esprit », donc rien d’inquiétant. Il s’agit de prendre notre courage à deux mains et de refonder notre vécu ensemble sur cette terre, notre mère-Patrie …dont on ne sait même pas actuellement où elle commence et où elle finit. Bakassi ? Guinée Equatoriale ? Cette Assemblée Constituante peut aussi bien décider que « le Cameroun n’est plus le Cameroun… Mboua Massok estime d’ailleurs que s’appeler « Crevette » n’a rien d’un attribut digne de nos martyrs. Il s’agit d’inscrire dans notre réalité sociale cette autre façon d’être Camerounais. Et pourquoi l’autre façon d’être humain ne commencerait-elle pas chez nous, pour embraser les Etats- Unis
d’Afrique et se répandre jusqu’aux Amériques. C’est cela pour moi, avoir une grande ambition pour son pays.
Marie Louise Eteki-Otabela
mle_otabela@hotmail.com
Publié le 15 Janvier 2008 dans le Messager
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Notes :
(*) Collectif des Organisations Démocratiques et Patriotiques des Camerounais de la
Diaspora.
(**) L’expression est de Karl Marx.
(***) Discours de Dakar du président Français, Nicholas Sarkozy.
13:20 Publié dans chronique du mardi | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
olympiades au char des dieux

Elle s’appelait Olympes, du nom d’une montagne que les dieux s’étaient réservée : les hommes lui ont coupé la tête pour avoir voulu mettre l’amour, la beauté et le courage au fondement de la politique, c’était en 1789 dans un pays nommé la France.
Elle s’appelait Bénazir, l’irremplaçable : elle voulait faire de son pays un Etat moderne ; libérer son peuple de toutes sortes de fanatismes : les hommes lui ont tiré une balle dans la nuque (!) pour ne pas avoir à l’affronter une troisième fois.
Le jour se lève : il va falloir la remplacer.
Notre peuple à nous a refusé de voter en juillet dernier.
Depuis 5 siècles on lui dit « tu gagneras ton…à la sueur de ton front » mais nous continuons à travailler comme des Nègres, c'est-à-dire pour rien ou pire pour d’autres !
Depuis 50 ans on lui dit « vous êtes indépendant » mais nous savons tous que c’est faux !
Depuis 25 ans Paul Biya nous raconte les mêmes histoires à chaque discours:tenez sa dernière découverte : les violences contre les femmes !
« Enfin, il serait souhaitable que disparaissent au sein de notre société les multiples manifestations d’incivilité, telles que les violences faites aux femmes et…aux enfants, le manque de respect aux personnes âgées, la brutalité qui caractérise les désaccords de toute nature dont les conséquences sont parfois dramatiques »
Si notre président découvre à 78 ans que guillotiner une femme, assassiner une femme…n’est qu’une manifestation d’incivilité ! Si notre président, parce que personnellement concerné, préconise enfin du respect pour les personnes âgées, et que la brutalité qui caractérise sa politique n’a que des conséquences dramatiques pour notre Peuple et notre pays, mieux vaut tard que jamais.
Le discours totalitaire a ceci de particulier qu’il ne peut s’appréhender au niveau du contenu. Il n’ y a rien à comprendre, rien à analyser dans le message de fin d’année 2007 du président; cela ne sert à rien d’essayer d’y trouver un sens, une signification quelconque : ce qui compte c’est de nous anéantir, de continuer à assassiner et son peuple et les femmes camerounaises in vitam æternam. Pire, d’aucuns souhaitent même qu’il organise le massacre et comment cela doit continuer à se passer après lui…comme ce fût le cas pour son illustre prédécesseur !
Voilà pourquoi des partis politiques ont dit : « il faut envahir le stade »
Voilà pourquoi le très traditionnel Ngondo (l’Assemblée des Sawa) a dit : « Paï o Madiba* »
Biya est bien obligé de reconnaître que : l’ heure est à l’action
Mais quelle action au bout de 25 ans d’un pouvoir sans partage et d’une gestion catastrophique du pays ? On cherche en vain une moindre réalisation qui restera attachée au nom de Paul Biya.
Voilà pourquoi les femmes Camerounaises ont lancé un Appel pour une Assemblée Constituante. La construction d’une démocratie doit être le fait de personnes représentant toute la diversité des opinions de l’ensemble des citoyens (de l’Union, disent actuellement les Européens). De plus, une Constitution démocratique doit être établie par une assemblée indépendante des pouvoirs en place. L’histoire montre qu’un processus existe pour cela, il se nomme Assemblée constituante.
Dans sa déclaration solennelle des droits de la femme et de la citoyenne, Olympe de Gouges disait il y a trois cents ans que :
Toute société, dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution ; la Constitution est nulle, si la majorité des individus qui comp

Opération "100 femmes au parlement", le combat continue.
REPONSE SUR ECOVOX 


