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06.03.2008
Le plus haut plafond de verre

Heureuse qui comme Hillary a vécu dans la nation la plus puissante du monde et croit de toutes ses forces que la Nation Américaine peut briser le plus haut plafond de verre(1) car disait-elle depuis octobre 2007 « c’est ce qu’on fait les Américains depuis 200 ans ».
Comme nous le rappelait son Excellence Janet E. Garvey l’autre soir à sa résidence à Yaoundé, le changement fait partie du tissus social Américain : « l’Amérique a survécu à une grande dépression et à deux guerres mondiales et a vu le mouvement des femmes, le mouvement syndicaliste, le mouvement des droits civiques ainsi qu’une immigration massive et l’âge de la technologie transformer sa société ».(…)Les américains connaissent (donc) le changement. Nous savons que le changement peut être difficile, effrayant et douloureux. Mais nous savons aussi qu’il est inévitable et nécessaire à la croissance de notre démocratie. L’Amérique nous a fait rater le coche une fois : nous sommes en droit aujourd’hui d’attendre d’elle le cadre pour une alternative.
Servir les intérêts d’un individu ou d’un groupe d’individus.
Or le problème des Camerounais, c’est que les Autorités en place à Yaoundé veulent modifier la Constitution juste pour « servir les intérêts d’un individu, ceux d’un groupe d’individus » et même ceux d’un groupe de pays. C’est une longue histoire…Disons pour faire court que : le Cameroun et le Togo- anciennes colonies allemandes- sont passés sous la tutelle des Nations Unies à la fin de la 2è guerre mondiale et la gestion de cette tutelle a été confiée à la France. Il appartenait donc aux mêmes Nations Unies de décider des conditions d’accession de ces deux territoires à leur indépendance. Qu’il s’agisse des textes de l’ Organisation des Nations Unies (article 16 de la Charte), qu’il s’agisse de l’ Accord de tutelle (en son article 5) ou enfin de la pratique suivie par les organes compétents de l’ ONU ( par exemple dans le cas du Togo qui accède à l’autonomie dès 1957, certes pas mieux loti aujourd’hui…), l’organisation d’une consultation électorale supervisée par les Nations Unies était la voie démocratique par laquelle le Cameroun devait accéder à l’indépendance. Mais la solution retenue finalement le 13 mars 1959, d’inspiration américaine, rejeta toute idée d’une consultation populaire…
C’est donc à la majorité de 57 voix (les pays occidentaux et l’Afrique du Sud) contre 24 abstenions (du camp socialiste, et en Afrique : le Maroc, la Tunisie, la RAU, le Ghana et la Guinée Conakry), que l’Assemblée des représentants du libéralisme a refusé aux Camerounais l’accession à l’indépendance, par la voie démocratique. Aussi l’ONU porte une lourde responsabilité dans l’institution de l’Etat au Cameroun. Car une consultation démocratique aurait amené les combattants nationalistes au pouvoir, au lieu que ce pouvoir soit remis aux forces conservatrices qui avaient combattu contre l’indépendance. Il faut rappeler ici que déjà, il ne s’agissait plus des seuls intérêts français au Cameroun. L’Amérique préféra promouvoir le « développement d’abord » dans les pays africains : histoire de nous protéger probablement du communisme !
Et l’ONU abandonna les Camerounais à la vindicte française. Ils seront massacrés par milliers en 1955 (2).Une Histoire qui continue jusqu’ aujourd’hui : en Côte d’Ivoire…au Tchad encore sous nos yeux ces jours-ci !
L’Assemblée Constituante : cadre d’un dialogue national.
Etant donné, comme dit son Excellence Mme Garvey que « les amis se disent la vérité » nous aimerions rappeler ici que le régime politique qui a été mis en place au Cameroun depuis les années 50/60 ne nous a jamais permis d’avoir une Constitution digne de ce nom et que les replâtrages successifs de cette Loi fondamentale n’ont jamais été le fait d’un « dialogue national dans lequel la voix de chaque parti politique, chaque organisation de la Société Civile ou d’affaires, des étudiants, des enseignants, des travailleurs, des journalistes-bref, chaque Camerounais, dans la mesure du possible- puisse être entendu sur une question d’une importance aussi capitale »(3).
Comme vous le savez, le Cameroun est un « lieu » qui a été créé et où des hommes et des femmes peuvent être ignorés, torturés, abattus, sans que pour autant ni les tourmenteurs ni les tourmentés, et encore moins les autres, étrangers – ici et à l’extérieur- ne s’avisent qu’il s’agit là de quelque chose de plus qu’en jeu cruel ou qu’une illusion absurde. Notre pays est ce lieu insoutenable où l’autorité des hommes qui détiennent la décision politique, par exemple celle de réviser la Constitution, leur violence s’efface pour ne laisser voir que des clans, des tribus, occupés à survivre, à mimer toutes sortes d’activités, ce que j’appelle : une sorte de camp de concentration au grand jour…(4)
La question Madame Garvey, comme je le disais en 2004 à l’Honorable Forbes –venu en observateur indépendant- des élections présidentielles, la question n’est pas ce que vous pouvez faire pour nous « assister » ou de nous « aider » car on a l’habitude de nous dire que l’existence d’un tel régime politique est d’abord l’affaire des victimes de ce pouvoir: c'est-à-dire des Camerounais eux-mêmes. Nous savons que vous êtes « à l’écoute du peuple camerounais » depuis qu’il a refusé les élections de Juillet 2007. Or dans un tel régime, le silence des masses est tel que l’on ne peut plus mesurer leur résistance qu’à ses multiples tourments. En d’autres termes, si vous attendez avec intérêt d’œuvrer de concert avec le Cameroun, comment savoir si cette fois, c’est pour renforcer notre résistance par la tenue d’une Assemblée Constituante, non pas pour renforcer « leur » démocratie apaisée dans sa préparation de la prochaine élection présidentielle.
Hillary 32 voix (de femmes) contre Obama 59 !
L’autre soir à votre résidence Excellence, j’ignore combien de femmes étaient présentes mais je parie que nous avons toutes voté pour Madame Clinton. Elle n’a eu que 32 voix contre 59 à Obama pour trois raisons.
Nous avons toutes des hommes dans notre vie: père, frère, mari, fils et même simplement ami. Ils peuvent être Blancs, Rouges, Jaunes ou Noirs…Ce qui est certain, c’est qu’aucun de ces hommes ne nous aimera jamais comme nous l’avons aimé. Les nôtres sont Noirs africains. On leur a « laissé » tout un Continent depuis des décennies et qu’est-ce qu’ils en ont fait ? Alors vous comprenez, Obama on vous le laisse : Black, intelligent, beau, tendance et très « people » ! Il peut même prendre la place de Clinton, Bush ou un autre cow-boy, héro de guerre. Nous on veut Hillary parce que c’est le temps des femmes.
Nous, on vote Hillary parce qu’elle a montré avec « l’ennemi principal » que le privé est politique : sa vie privée a fait le tour du monde… Nous voulons Hillary parce qu’elle a montré qu’une femme peut se relever de ce cataclysme psychologique, une arme plus redoutable que l’instinct maternel ! Nous voulons Hillary parce que les femmes ne viennent pas au pouvoir pour prendre la place de quelqu’un, ni pour les richesses d’un pays et encore moins pour dominer le monde. Elles y viennent pour féminiser, humaniser » le monde pour briser le plafond de verre qui opprime toutes les femmes.
Il y a trop longtemps que le changement social se limite à un changement d’homme. Nous voulons Hilary parce qu’elle a compris que l’Amérique est prête pour un autre changement ; qu’elle croit que les femmes conduiront ce changement afin qu’elles soient plus nombreuses parmi vos invités…au sommet des entreprises, des organisations, des institutions publiques. Nous voulons Hillary parce que ce serait un signal fort aux pays qui respectent peu ou pas les droits des femmes. Nous voulons Hillary parce que ce sera une alternance Homme-Femme à la tête de l’Etat le plus puissant du monde, un signal fort pour les Etats africains, comme le préconisaient les femmes Camerounaises en 2003 en lançant leur CRI.
Marie Louise Eteki-Otabel
mle_otabela@hotmail.com
Publié le 12 février dans Le Messager
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1- Le "plafond de verre" (glass ceiling en anglais), est une expression imagée pour désigner le phénomène de barrières invisibles qui entravent la carrière des femmes et dont la conséquence est la rareté de leur présence au sommet des entreprises, des organisations ou des institutions publiques ; repris sur le Net dans un texte de Stephen Collinson sur Cyberpresse.ca
2- Eteki-Otabela : 2001, pp.225-226 et suivantes
3- Allocution de son Excellence Mme Garvey à l’ occasion du Super Tuesday, 12 février 2008.
4- idem 2
00:35 Publié dans chronique du mardi | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

Opération "100 femmes au parlement", le combat continue.
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